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Les calculs de Navin Ramgoolam

31 août 2008, 00:00

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En demandant au speaker du Parlement de convoquer les députés le 19 septembre prochain, Navin Ramgoolam, le Premier ministre, a lancé les spéculations. Un senior minister confirme l?agenda. « Il sera bien question de la présidence de la République ce jour-là », révèle-t-il. Sans s?aventurer à en dire plus. Ainsi, le 19, le pays découvrira qui sera le prochain président. Et ce choix obéira directement à la stratégie politique que le Premier ministre entend mener en attendant les prochaines élections générales et au-delà. Ramgoolam a plusieurs cartes en main. Voici les calculs auxquels il procède avant d?en abattre une?

Elu pour cinq ans en 2003, le mandat de l?actuel président, sir Anerood Jugnauth (SAJ) s?achève le 30 septembre, sur une note grinçante. En effet, SAJ a cette semaine critiqué la « couyonade » qu?a été la nomination de deux vice-Premiers ministres supplémentaires par Ramgoolam en 2005 en promettant de « reprendre la question » bientôt avec ce dernier. Une évolution inattendue dans les relations très cordiales « voire complices » constatées entre les deux hommes depuis deux ans. Cette attitude est-elle annonciatrice du départ confirmé de SAJ ? Alors même que les tentatives de rapprochement entre le Parti travailliste (PTr) de Ramgoolam et le MSM dirigé autrefois par SAJ sont régulières ? C?est fort probable?

Une alliance bleu, blanc, rouge

Premier calcul. Des nostalgiques de la mythique alliance bleu, blanc, rouge des années 80 veulent voir le MSM rejoindre le gouvernement pour aller chercher la part de l?électorat traditionnel du PTr échaudée par la vie chère et les réformes économiques du gouvernement Ramgoolam. Et ainsi maintenir la popularité de celui-ci. Des membres de deux partis ont longtemps pensé que cette stratégie ne pourrait s?accompagner que d?un maintien de SAJ au Réduit. La situation n?est plus aussi claire. S?il y a une alliance avec le MSM, il n?est pas possible d?imaginer le Travailliste Ramgoolam, coincé entre deux Jugnauth, le père à la State House, le fils à l?hôtel du gouvernement comme vice-Premier ministre?

En effet, Navin Ramgoolam, tout en consolidant ses bases rurales, doit encore pouvoir maintenir une certaine popularité parmi les composantes minoritaires de la population issue essentiellement des circonscriptions urbaines. Où l?adversaire le plus coriace du jour, le MMM, semble jouir d?une lente, mais certaine montée en puissance. Ramgoolam a beau avoir Xavier-Luc Duval comme numéro 3 du gouvernement, n?empêche, le maintien de SAJ à la présidence signifierait que les plus hauts sommets de l?Etat : présidence, Premier ministre, speaker de l?Assemblée resterait aux mains d?une communauté majoritaire plus hégémonique que jamais. Au moment même où la Fédération des créoles mauriciens du père Grégoire milite pour une plus grande participation des minorités au sein de l?Etat. SAJ n?entre pas dans les calculs à long terme de Ramgoolam. C?est donc une solution de rechange qui doit être trouvée.

Deuxième calcul. Le rechange, Ramgoolam l?a peut-être sous la main en la personne du fidèle Angidi Chettiar, figure du PTr, et actuel vice-président. Sauf que l?ancien trésorier du PTr n?est qu?un poids plume de la politique. De plus, il partage le même handicap que SAJ. Car il n?arrivera pas à représenter la main tendue de Ramgoolam envers les minorités du pays. Mais Angidi a d?autres atouts. Dont sa très grande fidélité, qui de l?avis des travaillistes, ne l?empêcherait pas d?agir comme Karl Offman. Ce dernier, élu à la présidence en 2002, avait accepté d?occuper les fonctions jusqu?en septembre 2003. Date à laquelle il démissionnait pour laisser la place à SAJ.

C?est à ce même calcul qu?a procédé Ramgoolam et de nombreuses autres têtes pensantes au PTr. Cette solution a un double avantage. D?abord, elle dégage un précieux temps de réflexion pour Ramgoolam. Inutile de se précipiter dans un choix définitif lourd à défendre en cas de configuration politique changeante. Avec Chettiar à Reduit, Ramgoolam peut observer les rapprochements entre le MSM et le MMM. Et soupeser sa propre stratégie de rapprochement avec l?un des deux. Tout en réfléchissant entre-temps au meilleur candidat possible à la présidence lors de la campagne électorale des prochaines élections générales.

Troisème option : Le statu quo

Toutefois, même si c?est une solution intérimaire, Ramgoolam pourrait ne pas se contenter d?installer Chettiar sur le très court terme. En sachant que la santé du vice-président, âgé de 79 ans est jugée fragile par les membres du PTr.

Et qu?il pourrait, au cas où il serait appelé à assumer la fonction de chef de l?Etat, ne pas pouvoir assurer toutes les fonctions officielles auxquelles il doit assister au pays et à l?étranger.

D?où le troisième calcul de Ramgoo-lam. Celui du statu quo. Le quatrième chapitre de la Constitution explique que le président et son adjoint restent tous deux en fonction jusqu?à l?élection des nouveaux élus. Ramgoolam peut donc de manière tout à fait légale décider de ne rien faire, en laissant SAJ rester en fonction au-delà du 30 septembre. Et en ne proposant pas au Parlement d?élire un nouveau président. Faut-il encore qu?Anerood Jugnauth se prête au jeu. A la fin de son mandat, il peut aussi choisir de rentrer à La Caverne.

Depuis l?annonce de la convocation du Parlement pour le 19 septembre, de hauts dirigeants du PTr ont fait remarquer que de nombreux projets de loi sont en fait prêts. Et que Ramgoolam peut décider dans les jours à venir de prolonger son délai de réflexion, en inscrivant un débat sur un projet de loi à l?ordre du jour, et ce à la dernière minute.

La surprise du chef

Des membres influents des états-majors du MMM et du MSM souhaitent toujours un rapprochement avec le PTr. Dans ces circonstances, un statu quo pourrait faciliter d?éventuelles tractations sur le choix d?un futur président ou vice-président en cas d?une alliance avec un parti d?opposition. Mais comme le dit Paul Bérenger, le leader du MMM, le Premier ministre peut être « imprévisible ». C?est pourquoi il peut s?être livré à un quatrième calcul.

C?est peut-être la surprise du chef. Qui démontrera la volonté de Ramgoolam d?envoyer par avance un signal fort aux minorités du pays. En installant au Réduit une personne, au parcours politique étoffé, et issue des minorités. C?est une garantie sur l?avenir, une preuve de l?attachement de Ramgoolam à la représentativité des minorités aux plus hautes fonctions de l?Etat. Avec même une sécurité de mandat en cas de défaite du camp de Ramgoolam aux prochaines élections générales. En effet, la procédure de destitution du président est lourde. Ce qui le préserverait contre les éventuelles velléités revanchardes d?un nouveau gouvernement.

Les calculs sont faits. Reste maintenant à savoir lequel des quatre Ramgoolam a préféré. Il semble toutefois, que vu la conjoncture actuelle, une solution intérimaire s?impose. Ramgoolam a besoin de temps pour peaufiner sa stratégie politique et éventuellement son choix d?alliance. Pour cela, il pourrait faire de Chettiar son Karl Offman. Confirmation le 19 septembre.

L?OPPOSITION ATTEND AU TOURNANT

« J?ai ma propre prévision, mais attendons de voir qui Ramgoolam proposera. » C?est l?affirmation de Paul Bérenger, leader de l?opposition, invité à commenter, samedi, les tractations autour du poste de président de la République. Et qui remplacera sir Anerood Jugnauth ? Bérenger esquive la question en répondant par une litote : « Vu la personnalité de Ramgoolam et ses agissements dans le passé, il est difficile de savoir. » Bref, pour le leader du MMM, Ramgoolam est un homme imprévisible.

Et les mauves ont-ils un candidat favori ? « Par respect pour la République, nous n?allons exprimer aucune préférence », lâche le leader de l?opposition.

Le 19 septembre lorsque le Premier ministre présentera la motion pour désigner officiellement le remplaçant éventuel de SAJ, le MMM choisira d?être présent à l?hémicycle de l?Assemblée nationale « si le candidat désigné fait honneur à la République. Et probablement ce jour-là, par déférence, nous n?allons pas poser de Private Notice Question », annonce Paul Bérenger.

Quant au MSM, lors de sa conférence de presse de samedi, son état-major ne s?est pas prononcé sur la question des présidentiables.

QUESTIONS A REX STEPHEN, JURISTE

« Une question de personnalité »

L?exercice de la présidence cahote sur les chemins poussiéreux des honneurs et de la routine. Comment moderniser la fonction de chef d?Etat ?

Tout dépend de ce que l?on entend par moderniser. S?il s?agit de donner plus de pouvoirs au président de la République - je pense qu?il en a suffisamment -, il faut réviser la Constitution. Mais s?il s?agit d?apporter un sursaut de dynamisme présidentiel, là, c?est une question de personnalité. Soit le titulaire du poste possède ce dynamisme, soit il ne l?a pas. Personne n?a vraiment d?emprise là-dessus.

Notre Constitution n?empêche pas le président de nourrir le débat public sur des sujets d?intérêt général. Dans les faits, ce n?est pas le cas. Pourquoi les présidences sont-elles si effacées ?

Cette discrétion n?a rien de négatif en soi. Le président est un symbole d?unité, de rassemblement, il se doit d?être au-dessus de la mêlée. Donc, il ne peut pas intervenir à tout bout de champs. Cela dit, rien ne l?empêche de s?exprimer sur des questions d?intérêt général. Mais là encore, je crois que c?est une question de personnalité.

Aspirer à une présidence « impliquée », est-ce donc trop en demander ?

Tout le problème est de trouver le bon équilibre : s?impliquer tout en respectant le caractère neutre et impartial de la présidence.

A force de neutralité, le président n?a-t-il pas aujourd?hui l?image d?un personnage artificiel, d?un monarque enfermé dans sa tour d?ivoire ?

Deux éléments concourent à cette image. D?abord, les pouvoirs exécutifs du président sont limités. Ensuite, les moyens à sa disposition ne sont pas clairs. Sa mission, elle, l?est. Le président est le garant de la Constitution, il veille à la bonne marche des institutions, au respect des droits et des libertés des citoyens. Mais comment ? Avec quels moyens ? Le flou demeure.

La présidence a toujours approuvé, à une exception près, tous les projets de loi depuis 1992. Cette docilité vous inspire quel commentaire ?

Logique. Le président n?est ni élu par le peuple, ni même par un collège électoral. Et s?il renvoie un projet de loi, celui-ci ne pourra faire l?objet d?un second « veto » présidentiel. Cela explique l?usage exceptionnel de cette pratique.

L? « ethnicité » influence le choix du président. Y voyez-vous une vertu démocratique ou une verrue archaïque ?

Ce réflexe est très pernicieux, pire qu?une verrue. Au nom d?une soi-disant réalité mauricienne, on justifie des aberrations.

LES BIEN-AIMES DU TROTTOIR

Ah ! si les Mauriciens choisissaient leur président? Le candidat, ils l?ont déjà. Aussi lorsque prend l?envie de se livrer à un micro-trottoir, rares sont les silences perplexes. Au contraire, Monsieur Tout-le-monde aime à défendre sa « préférence », son « favori », son « chouchou » pour les plus câlins des supporters.

Alors, qui ? Pour le savoir, rendez-vous à la sortie des bureaux, vendredi à Port-Louis. Premier constat : la shortlist du Premier ministre s?étire comme un chat au soleil.

Khaudeer, 30 ans, verrait bien à la tête de l?État? Paul Bérenger. « Li ena boukou lexperians, li kapav met un pe lorde », justifie-t-il. Zehra, étudiante en informatique, double-clique : « Un ancien Premier ministre, ça le fait. »

Autre grosse cote : Cassam Uteem. Le « président idéal », aux yeux Reshma. Ses atouts ? « Classe » et « compétence », résume la jeune mère. Pascal, assureur, la rejoint : « Uteem a fait ses preuves comme président. C?est le plus important, non ? »

Pas pour Jessen. Ce banquier nommerait plutôt au château du Réduit « quelqu?un qui n?a jamais fait de politique, une femme de préférence ». « C?est sûr qu?une femme apporterait un souffle nouveau », renchérit Rosyda, secrétaire de direction. Elle ajoute, rieuse : « Une présidente, ça oui ! Notre Obama à nous ! »

Remontant le Jardin de la compagnie d?un pas franc, Raman fait valoir d?autres arguments. « Donne sa poste la ene sinoi. Zot meme ki fer sa pays la monte ekonomikmen », tonne cet ancien haut fonctionnaire en joignant le geste à la parole.

Port-Louis bouderait à ce point les favoris ? Kapeshwar, helper de son état, remet les pendules à l?heure. « Bizin repren bonhomme Jugnauth. Li kon bien travay la. En plis, li ena ene bon kontak ek Premier minis. » Emporté par son élan, Shalil le cleaner balaie l?idée même d?une relève : « Sel Jugnauth kompran job la. »

Louis aurait pu s?étrangler. « Mo konne bien parkour de l?Estrac**, prévient ce chauffeur. Li ene boug kale. Bizin ene dimoune koume sa pou represente nou pays. » Didier, fonctionnaire, en est convaincu. « De l?Estrac, c?est le choix de la prestance et du changement ». Et vous, qui nommeriez-vous ?

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