Publicité

Mon entreprise fait maison

31 août 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Travailler chez soi, le bon filon ? Même si à Maurice cette voie est encore fragile, en Europe, le phénomène est actuellement en plein essor.

Mais qu?est-ce qui peut motiver des hommes et des femmes à travailler à la maison, au juste ? Quelques raisons évidentes sautent aux yeux : plus de patron sur le dos, finies les relations houleuses entre collègues, et bonjour le travail à son propre rythme et la liberté !

Mais avant de se réjouir, il est important de ne pas négliger des réalités importantes. Car travailler à la maison engendre nécessairement un changement de vie, et ce, peu importe la situation familiale. Changement de vie, mais pourquoi ? Parce que tout d?abord, la personne qui travaille à son domicile ne sera présente chez elle que physiquement. En effet, même si elle est là, cela ne signifie pas pour autant qu?elle est disponible.

« Il y a autant de pression chez moi que si je travaillais à l?extérieur, car les attentes sont les mêmes. Le client doit être satisfait », confirme Marie-Anne Baissac Staheli, directrice de Home Deco, un home business spécialisé dans la fabrique d?appliques décoratives. « Mon atelier est à la maison donc forcément les gens qui vivent chez moi s?adaptent », ajoute-t-elle.

De plus, travailler chez soi peut devenir un véritable casse-tête chinois lorsque les enfants s?en mêlent. Entendre les pleurs et les chamailleries de ses enfants alors qu?on recherche désespérément le calme, peut être une entrave au travail. Donc, pour le bon fonctionnement de son entreprise, il est primordial de ne pas négliger cet aspect lorsqu?on décide de travailler à domicile.

Le bouche-à-oreille pour réussir

Par ailleurs, être son propre patron implique une tout autre organisation. Avant au bureau, tous les acteurs nécessaires à l?évolution de l?entreprise exerçaient sous le même toit et les tâches étaient imparties par un supérieur hiérarchique. Mais la donne change lorsqu?on lance son business à domicile. En effet, on doit se débrouiller seul ou faire appel à des services externes.

À cela s?ajoute la nécessité de trouver de nouveaux clients pour assurer un revenu fixe minimum pour son bien-être et celui de ses proches. Car si auparavant, dans l?entreprise la clientèle était acquise, aujourd?hui, c?est à la personne qui travaille chez elle d?aller vers les autres et de se montrer sous son meilleur jour. Et souvent, le bouche-à-oreille est le meilleur moyen pour réussir à faire décoller sa petite entreprise à domicile.

« Cela fait longtemps que je travaille à mon propre compte chez moi. J?ai hérité d?une recette familiale de piments de mes parents. Et je l?ai commercialisée. Je vis de ces ventes depuis plus de 20 ans. Les gens qui apprécient ce que je fais en parlent à leurs amis etc. Il me faut vendre plus de 50 pots par jour pour subvenir à mes besoins », témoigne Marcelino Malepa, habitant de Quatre-Bornes.

Et quand travailler à la maison se développe en une véritable entreprise, le pari est gagné ! C?est le cas de Guito Quevauvilliers qui a son business de céréales à domicile. En fait, il découvre, grâce à des amis américains, une recette atypique de barre de céréales. Et c?est avec les moyens du bord ? un four à micro-ondes, des ustensiles de cuisine communs et une machine à sceller les sachets pour envelopper les céréales ? qu?il réalise ses premières productions. Et comme Guito Quevauvilliers souhaite privilégier les produits naturels, les céréales sont réalisées sans additifs ni conservateurs. De fil en aiguille ses produits sont appréciés et Guito a dû agrandir son business pour répondre à la demande. Un joli parcours qui pourrait donner des idées à certains...

JEANNOT LANCIN, LA REUSSITE DANS LE MIEL

Quand il a découvert une ruche dans son jardin, Jeannot Lancin a tout de suite su qu?il était tombé sur la poule aux ?ufs d?or. « Au début, je ne savais pas du tout comment faire, car je ne suis pas un apiculteur né ! Mais je me suis documenté sur le sujet et j?ai investi dans du matériel, surtout dans les habits de protection ! Quand j?ai pu remplir mon premier bocal de miel, j?étais ravi », raconte Jeannot Lancin avec fierté. L?entrepreneur a ensuite mis le cap sur les plages, pas trop loin de chez lui, pour vendre son miel aux touristes. « J?ai même mis une pancarte sur le portail de ma maison. Et les mêmes touristes revenaient tous les ans. Puis ils en ont parlé à des amis d?amis et c?est ainsi que j?ai commencé à vivre de ce business. »

En plus du miel, Jeannot en compagnie de son épouse, Sylvie, vend des achards et des piments faits maison. Même s?il n?est pas milliardaire, Jeannot affirme qu?il arrive à vivre normalement dans sa maisonnette, car il n?a pas d?enfants. « Je n?aurai jamais pu travailler toute la journée dans un bureau à Port-Louis. Avec mon miel, je suis toujours en contact avec la nature. »

NEELESH ET SUNEELAH RAMASAWMY, LE BUSINESS EN FAMILLE

Une entreprise familiale à domicile, il n?y a rien de mieux pour renforcer les liens. Et Neelesh et Suneelah en sont conscients. Leur entreprise, Ads Embroidery, est spécialisée dans la draperie brodée. À l?initiative de ce projet, Devy Thathaya, la mère de Suneelah, qui adorait la broderie. Consciente de son succès en partie dû au bouche-à-oreille, la famille Ramasawmy a décidé de monter une petite entreprise qui, aujourd?hui, a fait ses preuves. Des draps et des torchons délicatement brodés font le bonheur des clients qui ne se gênent plus pour frapper à la porte de leur maison. Les pièces sont vendues à bas prix et l?entreprise familiale vit de ses bénéfices. « Ce qui est bien, c?est que tout se passe chez nous. Le patron, c?est nous, et nous travaillons sans stress. Nous sommes même allés à l?île de la Réunion pour présenter notre travail lors d?une foire. »

CORINNE BISOONAUTH : « UN CHALLENGE DIFFICILE, MAIS? »

Des petits cadres décoratifs faits main. C?est avec fierté que Corinne Bissoonauth nous les présente. Cette femme sympathique débute dans le home business et avoue trouver le challenge difficile. C?est alors qu?elle travaillait pour une grande enseigne de prêt-à-porter australienne, que Corinne décide de se mettre à son compte. « J?ai toujours beaucoup bricolé de mes mains. Puis un jour, je me suis dit comme tant d?autres, pourquoi pas moi ? Cela ne me coûte rien d?essayer de se débrouiller et de lancer sa propre affaire. » Et pour faire ses « tableaux-cadres », Corinne fouille un peu partout et utilise tout ce qu?elle peut recycler pour les transformer en objets de décoration.

Même si sa maison est devenue son terrain de bataille, l?entourage de Corinne a l?air de très bien vivre la chose.

« Finalement, je suis là tout le temps et tout le monde est content ! De plus, je ne fais pas de bruit, je travaille à même le sol et je n?utilise aucune machine pour faire mes tableaux », explique-t-elle tout sourire. Cette semaine, c?était la première fois qu?elle exposait son travail dans une foire. Et Corinne a désormais hâte d?être à la prochaine exposition, car elle n?a pas dit son dernier mot !

JOVANNA SHAM ET SES BIJOUX « MADE AT HOME »

Quand Jovanna Sham s?est inscrite il y a quelques mois dans un atelier d?artisanat de la SEHDA, elle était loin de se douter qu?elle se lancerait dans son propre business à domicile. Pourtant, cette jeune femme enthousiaste a progressivement nourri l?espoir de vendre ses propres objets un jour. Et aujourd?hui, elle y croit dur comme fer à son petit commerce. Elle compte bien se faire un nom avec ses magnifiques colliers artisanaux fabriqués avec des morceaux de noix de coco. Jovanna affirme volontiers qu?il n?y a rien de mieux pour elle que de travailler tranquillement à la maison, même si elle reconnaît que ses ?uvres ne lui permettent pas encore de vivre pleinement de son commerce.

« Je viens de commencer, et c?est très dur. Je ne peux pas dire que je peux compter sur mes bijoux pour faire vivre ma famille.

Mais j?essaie de me faire connaître et j?ai l?espoir que mon entreprise grandira davantage dans les mois à venir. »

Néanmoins, Jovanna est tout de même parvenue à mettre en vente ses produits dans les boutiques touristiques de l?île et surtout dans celles situées à l?aéroport. Que du bonus pour cette mère de famille qui préfère bosser chez elle pour prendre soin de son fils. Jovanna travaille tous les jours une demi-journée et se consacre à sa famille ensuite. « Même si je bosse chez moi, je reste disponible pour mes proches. »

RUBY VEERAPEN, LA DECO COMME GAGNE-PAIN

Sourire éclatant et vivacité à toute épreuve, Ruby Veerapen est une passionnée de décoration et de création en tous genres. Et même si la concurrence est rude, ce petit brin de femme sait comment s?y prendre pour se démarquer des autres. « La décoration, c?est un domaine infini. Mais je pense qu?il est bon de se spécialiser dans un domaine particulier pour progresser. Mes créations sont pour tout le monde, mais elles sont adressées particulièrement aux hôtels.

Je travaille avec Le Labourdonnais et le Dinarobin actuellement, et je livre mes objets déco pour des mariages, etc. »

Ses objets déco, ce sont des fleurs naturelles en pot et des miroirs décorés. Ruby travaille à domicile et prend toutes les décisions de chez elle. « Je suis plus tranquille à la maison, je n?ai personne sur mon dos pour me dire ce que je dois faire. J?ai deux enfants qui m?aident volontiers. Quelquefois, j?ai recours à l?aide des enfants du SOS Village qui n?est pas loin de chez moi. Tout le monde m?aide et c?est formidable », confie-t-elle. Son matériel, Ruby le commande à des fournisseurs et grâce à ses objets de décoration, elle arrive à gagner sa vie.

QUESTIONS A AMEDEE DARGA, PRESIDENT D?« ENTERPRISE MAURITIUS »

« En business, ce n?est pas ce qu?on aime faire qui compte »

Que conseillez-vous à une personne qui souhaite lancer son business à domicile ?

L?enjeu est le même pour une entreprise à domicile ou ailleurs. Dans tous les cas, il faut une étude mûre et réfléchie pour aboutir à des résultats positifs. Trop de gens se lancent dans les affaires à l?aveuglette, car elles sont mal conseillées. Tout projet de création d?entreprise commence par une idée. Qu?elle naisse de l?expérience, du savoir-faire, de la créativité ou d?un simple concours de circonstances, l?idée prend souvent la forme d?une intuition ou d?un désir qui s?approfondit.

Je dis toujours aux gens de ne jamais lancer une entreprise en se disant : « J?adore faire ceci ou cela, alors je crée ma boîte ». En général, cela ne marche jamais. L?étude de marché est importante, ainsi que sa faisabilité commerciale. En matière de business, ce n?est pas ce qu?on aime faire qui compte.

Beaucoup de gens créent leur entreprise à la maison. Est-ce que tout est permis ?

Tant que l?entreprise n?engendre pas de nuisances sonores et de pollution, il n?y a pas vraiment de restrictions. Mais tout n?est pas permis non plus ! Tout ce qui peut mettre en danger votre vie et celle des autres est interdit. Par exemple, il y a beaucoup de personnes à Maurice qui se sont lancées dans la pâtisserie. Il faut savoir qu?en matière de nourriture, les normes sont rigoureuses. Et des règles ont été mises en place par les différents ministères. C?est pour cela que si vous n?obtenez pas de Business Card, vous êtes plus enclin à des sanctions.

Comment obtenir cette Business Card et à quoi donne-t-elle droit ?

Il faut se rendre au Business Registration Card de votre district, muni de votre carte d?identité et de l?objet de votre entreprise. Ensuite, vous devrez payer Rs 100 pour obtenir la Business Card. Celle-ci vous permettra d?obtenir plus facilement un apport financier auprès des organismes bancaires. C?est toujours mieux que d?être livré à soi-même.

Pensez-vous que travailler chez soi est un bon filon ?

C?est un moyen comme un autre de gagner sa vie. On commence à la maison et après, cela peut devenir un projet intéressant, à une plus grande échelle. Ce n?est pas négligeable. Ce système est très intéressant quand on est producteur, et que l?on n?a pas à se soucier du marché. Je connaissais une dame qui créait des objets de décoration qu?elle revendait ensuite à quelqu?un qui se chargeait de les placer sur le marché. Ainsi, elle évitait tout le côté commercial et ses ennuis.

Publicité