Publicité
A un ami sans souci
C?est l?image de cette marionnette dont les fils s?emmêlaient inévitablement. Plus je faisais d?efforts pour démêler l?écheveau et plus le piège à fils se refermait au point de devenir inextricable et de nécessiter l?intervention des mains magiques de ma maman.
C?est ainsi que je me représente mon ami Fred pris au piège des contradictions de la vie. Ses efforts pour sortir la tête hors de l?eau ont fini par le conduire à dénouer brutalement ces problèmes restés sans solution et ainsi, les fils qui le retenaient à une jolie vie - que lui ne voyait plus que comme voie étroite et sans issue.
J'ai connu tous les états, du refus à l?abattement en passant par la colère et la culpabilité. Afin de sortir du désespoir, je me suis fait un serment simple. Je l?ai appelé le serment « Pas de souci » en souvenir de sa formule fétiche qu?il assortissait d?un sourire enjôleur et d?un clin d??il complice. Mais il en avait plein des soucis. Et dans nos vies, il y a peu de place pour les soucis, surtout pour ceux des autres et encore moins pour ceux qui semblent être si intimes qu?on préfère les occulter.
Peut-on continuer à vivre ainsi, à marcher côte à côte sans prendre le temps de s?arrêter, de noter les cernes et le sourire triste ? Sans prendre le temps de tendre la main ou simplement de dresser une oreille? Comment envier la voiture du voisin sans souligner le rythme effréné de sa vie qui lui laisse peu de place pour le bonheur ?
Désormais, je fais le serment de ne laisser aucun souci sans attention, aucun chagrin sans consolation, aucun message sans réponse, aucun ami sans nouvelle ... Je ne veux pas que ma vie se résume à une accumulation de possessions ou d?honneurs futiles, à du temps uniquement consacré à courir après le temps, à une somme de petites indifférences qui additionnées font une tonne d?ignorance et d?égoïsme.
Il n?y aura ni fleurs, ni couronnes, ni monument, ni inscription juste, en mémoire de toi mon ami. Un coin de mon c?ur ne battra que pour l?Amitié, celle qui tient les yeux ouverts et ne ferme jamais la porte sur les soucis de ceux qui comptent. Je veille.
Carole Grass Ramalingum
(En hommage à un ami qui s'est suicidé)
Publicité
Publicité
Les plus récents