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Mon cousin? mon amour

17 août 2008, 00:00

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Mon cousin? mon amour

«J?ai épousé mon cousin à l?âge de 17 ans, nous avons eu quatre enfants et nous sommes heureux », déclare Maryse, 55 ans, mariée à son cousin germain Cyril. Des couples comme Maryse et Cyril, il en existe plusieurs à Maurice. Le mariage entre cousins, ou endogamie, bien que tabou dans notre société, n?en reste pas moins très répandu. « Déjà à l?époque (1970), les gens voyaient mal ces unions consanguines. On parlait d?enfants handicapés. Ma belle-mère, qui était aussi ma tante par alliance, voyait d?un mauvais ?il cette union. Mon cousin et moi n?avons jamais eu peur et nous ne nous sommes jamais inquiétés de ces choses », raconte Maryse.

Certes, proposer à sa tante de devenir sa belle-mère n?est pas évident. Chez celle de Cyril, la belle-mère de Maryse, cette demande a déclenché quatre ans d?hostilité. « Si ma mère n?y voyait pas d?inconvénient, ma tante ou ma belle-mère, s?y opposait. Nous avons lutté pendant quatre ans, mais c?est face à la détermination de son fils que ma belle-mère a accepté notre union », explique Maryse.

L?endogamie est aussi pratiquée dans les sociétés où l?on choisit son partenaire à l?intérieur du groupe auquel on appartient. C?est, par exemple, le fait de choisir son conjoint au sein de son environnement géographique, de la classe sociale à laquelle on appartient, ou encore du métier que l?on exerce, mais aussi de la religion que l?on pratique. Enfin l?endogamie peut s?appliquer au sein de son univers familial, c?est le cas lorsqu?il s?agit de mariage entre cousins. En effet, certaines familles la pratique et la recherche parfois systématiquement.

C?est le cas de tribus nomades, qui étant isolées, finissent par se marier entre cousins. Ainsi, la communauté bédouine à Bekaa, au Liban, a un style de vie nomade. Cette communauté se déplace avec ses troupeaux dans le désert syrien, et de par cette isolation géographique, les mariages consanguins sont fréquents et 47 % des épouses de bédouins sont des cousines directes.

Des risques de maladies

Ces unions consanguines sont souvent vues d?un mauvais ?il de part les risques de maladies qu?elles peuvent engendrer sur les enfants issus de ces relations. « Il y a beaucoup de maladies qui sont transmises par les gènes. Un enfant possède la moitié des chromosomes de son père et l?autre moitié de sa mère. S?il y a une maladie dans la famille, l?enfant aura deux fois plus de chance d?être atteint », explique le docteur Ishaq Jowahir, président de la Private Medical Practitioners Association.

Ainsi, les maladies transmissibles et plus fréquentes à Maurice sont les cas de diabète, d?hypertension, mais aussi des maladies liées au c?ur. « A Maurice, beaucoup de personnes développent ces maladies, car les mariages consanguins sont fréquents », ajoute le médecin.

Parmi les populations qui pratiquent l?endogamie, on retrouvera davantage de maladies de types récessives.

« Concernant l?hérédité récessive, les deux géniteurs peuvent être porteurs d?un gène malade. Dans ce cas, la maladie peut sauter une génération et c?est la génération suivante qui sera malade. En revanche, dans le cas d?une hérédité dominante, l?enfant reçoit directement le gène malade », explique le docteur Ishaq Jowahir.

Malgré les risques que peuvent comporter ces unions, il arrive que des familles les accueillent de manière positive. En effet, Jocelyne mariée depuis 31 ans au cousin de sa mère nous raconte : « Eddy avait perdu sa mère, alors il vivait avec nous. On était tout le temps ensemble, mais c?est à l?âge de 15 ans que l?on a commencé à ressentir une attirance l?un pour l?autre », se rappelle Jocelyne.

Un jour Eddy décide de passer à l?acte et avoue à Jocelyne son amour. « Eddy m?a dit qu?il allait demander ma main à ma mère. Tout le monde a accepté cette union en disant qu?Eddy était un bon garçon », explique-t-elle.

« Cette relation n?avait rien de dangereux »

Très souvent, ces relations débutent à l?âge tendre, au moment où l?on connaît ses premiers émois sexuels ou amoureux avec un cousin ou une cousine. Des relations secrètes qui restent souvent des amours clandestins. A l?image de Jason (prénom modifié) qui raconte avoir eu une attirance pour l?une de ses cousines durant son adolescence. « On a vraiment sympathisé lors d?un mariage. J?avais 17 ans et on était très attiré l?un par l?autre et on s?est laissé prendre au jeu. Pendant deux ans, on a vécu une relation, mais notre famille n?était pas au courant et ne l?a jamais su. On n?était pas amoureux, on voulait juste s?amuser », précise Julien.

Si aujourd?hui Julien a pris ses distances avec sa cousine, il n?en reste pas moins convaincu que cette relation n?avait rien de malsain et ne comportait aucun risque. « Aujourd?hui, nous ne sommes plus ensemble, tout simplement parce que nous nous sommes rendu compte que nous n?étions pas amoureux. Mais cette relation n?avait rien de dangereux », ajoute-t-il.

Certes, des couples à l?image de Maryse et Cyril ou encore Jocelyne et Eddy, n?ont rencontré aucune difficulté dans leurs vies respectives. Mais leurs enfants et petits-enfants ont des ancêtres en communs et subissent une réduction du nombre réel d?ancêtres. Par exemple, Maryse et Cyril qui sont cousins germains, ont eu quatre enfants. Ces derniers ont bien quatre grands-parents, mais ont en revanche deux arrière-grands-parents différents au lieu de quatre habituellement. Ce rapport entre le nombre d?ancêtres réel et le nombre d?ancêtres théorique est nommé l?implexe des ancêtres.

« J?ai épousé mon cousin, mais le mariage reste ce qu?il est, avec ses hauts et ses bas. Qu?il s?agisse de son cousin ou d?un autre, le mariage reste quelque chose de merveilleux qui nécessite la même implication pour tous », conclut Jocelyne.

PHARAON, S?UR ET EPOUSE

Des unions ou des mariages entre membres d?une même famille étaient chose courante dans des civilisations anciennes. Certaines ne se limitaient pas au mariage entre cousins et cousines germains, à l?image des Pharaons qui devaient épouser leurs s?urs. Ainsi, selon la mythologie égyptienne, le sang qui coule dans le corps du pharaon est un sang divin qui lui provient de son ancêtre, le Dieu Horus. En d?autres termes, la fonction pharaonique repose sur le droit divin qui se transmet par le sang. Ainsi, l?héritier de la couronne doit être né de la Grande épouse royale, étant elle-même d?ascendance divine. Le futur pharaon est dans ce cas d?origine divine de par son père et sa mère. Par exemple, Geb et Nout, mais aussi Osiris et Isis, sont des exemples d?incestes. Par ailleurs, il y a aussi eu des mariages consanguins entre un pharaon et sa fille ou ses filles. A l?image d?Akhénaton et de Ramsès II.

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