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Un film compromettant pour les frères Chady
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Un film compromettant pour les frères Chady
Les enquêteurs de l?ICAC sont en présence d?un nouvel élément dans l?affaire Chady. Ils s?intéressent en effet au versement d?une somme de 60 000 dollars par la firme Boskalis à la compagnie Yash Raj Film International. Cette transaction, qui date de 2006, concernerait l?achat des droits de diffusion d?un film issu des studios bollywoodiens pour le compte de Blockbuster Video Network Ltd.
Le frère de Siddick Chady, initialement convoqué la semaine dernière par la commission anti-corruption, sera finalement entendu cette semaine. Il devra non seulement s?expliquer sur ce nouvel élément, mais aussi confirmer si le code d?identification mentionné sur un fac-similé correspond bien à un compte en banque appartenant à sa compagnie, Blockbuster Video Network Ltd, et hébergé par une banque britannique. Cette dernière n?a, pour sa part, toujours pas fourni à l?Independent Commission against Corruption (ICAC) les renseignements demandés sur le propriétaire de ce compte.
D?autre part, Eshan Chady devra fournir des explications quant au numéro de fax retrouvé sur le premier fac-similé. L?appareil à qui a été attribué ce numéro, se trouverait, selon les enquêteurs, dans un bureau de la compagnie appartenant aux frères Chady.
« Si cela se vérifie, ils ne pourront nier que ce document leur était destiné », explique-t-on du côté de l?ICAC.
L?affaire a éclaté au grand jour après qu?un fac-similé, daté du 10 octobre 2006, a été récemment rendu public. Selon les informations contenues sur ce document, l?un des frères Chady aurait reçu, de la société Boskalis International, un pot-de-vin de 25 000 dollars (Rs 675 000), versé sur un compte bancaire en octobre 2006. Et ce, après que cette société néerlandaise a décroché, deux mois auparavant, un contrat de Rs 500 millions pour le dragage du port. « Le fax ne mentionnait que ?M. Chady?. Il n?y avait pas de prénom. L?enquête menée par l?ICAC donne à penser qu?il pourrait s?agir de Siddick Chady, qui n?est autre que le président de la MPA », explique un observateur, proche du dossier.
Le principal concerné, qui a nié posséder un compte bancaire à l?étranger, n?a d?ailleurs montré aucune réticence au souhait des enquêteurs de l?ICAC de vérifier ses transactions bancaires. Ces derniers ont ainsi obtenu d?un juge un ordre leur permettant de vérifier les « données bancaires » du président de la MPA et de certains de ses proches. Pourtant, à ce jour, toutes les institutions bancaires concernées ne leur ont toujours pas remis les informations demandées. Il faudra attendre encore quelques jours pour savoir si les limiers parviennent à trouver un lien avec la société néerlandaise.
De plus, la commission anti-corruption a également obtenu l?autorisation de passer au crible les appels téléphoniques effectués par Siddick Chady. Ceux-ci pourraient permettre aux autorités mauriciennes de savoir s?il a eu des contacts avec la société Boskalis International, installée aux Pays-Bas.
Autre zone d?ombre sur laquelle travaillent les limiers, le passeport perdu de Siddick Chady. Celui-ci l?aurait en effet « égaré » alors qu?il était en voyage à l?étranger. Une « coïncidence » à laquelle ne croient aucunement les enquêteurs. Ils pensent que ce document de voyage aurait pu leur en apprendre plus sur les récents déplacements de l?homme d?affaires. « Il est difficile de croire qu?il ait pu perdre son passeport justement au moment où il est mis en cause dans une affaire de corruption. La commission devra s?y prendre autrement pour s?enquérir de ses voyages », fait-on comprendre du côté de l?ICAC.
« Il est serein et collabore avec les autorités »
La commission, qui est pour l?heure encore au stade de la collecte d?informations, n?écarte pas la possibilité d?entendre à nouveau le président de la MPA.
Siddick Chady s?est, depuis le début de l?affaire, défendu d?avoir obtenu de l?argent de la société Boskalis International. « Il est serein et collabore d?ailleurs volontiers avec les autorités », laisse entendre son entourage. Et d?ajouter : « Il n?a rien à se reprocher. L?on essaie, une fois encore, de salir son image. »
SIDDICK CHADY, OU LE GOUT DU RISQUE
Chez Siddick Chady, pas de demi-mesure. Homme d?affaires avisé, il investit gros et prend des risques. Une stratégie qu?il applique à la politique, dans laquelle il s?engage au côté du Parti travailliste (PTr).
Dynamique, ce médecin de formation se fait remarquer durant son mandat de député dans la troisième circonscription en tant qu?organisateur de manifestations de rue. Sa proximité avec les habitants de sa région lui vaudra d?être élu en 1995. Il se voit confier le portefeuille de l?Environnement, avant d?être posté au ministère des Infrastructures publiques. Il se retrouve, cinq ans plus tard, sur les bancs de l?opposition. Mais plus pour longtemps.
Siddick Chady, qui fait face à quelques déboires financiers, choisit de prendre ses distances du PTr et siège en indépendant. Il lorgne un temps du côté du MMM, chose que certains, chez les rouges ne lui pardonneront jamais. Élections générales de 2005 : l?homme d?affaires n?obtient pas de ticket. Cependant, quelques mois plus tard, il se voit confier la présidence de la Mauritius Ports Authority (MPA), et ce malgré l?opposition de certains.
« S?il a été nommé à la MPA, c?était pour le remercier de son allégeance au PTr durant toutes ces années », souligne un député rouge.
Chady, de nouveau en selle, veut imprimer sa marque. Il veut gérer la MPA comme il gère ses affaires : seul. Une attitude qui lui vaudra de se faire taper sur les doigts par son ministre de tutelle, Xavier-Luc Duval. Les relations entre les deux hommes sont tendues. Mais Chady tient bon.
Il croit en sa bonne fortune, persuadé qu?il se sortira de cette mauvaise passe.
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