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Beijing : ce qui importe

17 août 2008, 00:00

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Beijing : ce qui importe

Michael Phelps est-il un homme ou un dauphin ? On aura beau écarquiller les yeux devant les ralentis des divers plans du cube d?eau, mais il s?avère difficile de cerner avec précision le talent et l?appétit d?ogre du jeune nageur, devenu une légende interplanétaire. Souvent, aux sempiternelles questions des journalistes ébahis, le sportif le plus titré des Jeux olympiques remet les choses dans leur juste perspective : « Manger, dormir et nager, c?est tout ce que je sais faire. »

Le journal « The Guardian » apporte un éclairage en révélant le secret alimentaire de Phelps : ce jeune homme de 23 ans ingurgite pas moins de 12 000 calories, soit six fois les besoins nutritionnels d?un adulte normalement constitué. Mais derrière les repas, il y a un travail de forçat, une rigueur que ce soit a l?entraînement comme dans la vie.

Aujourd?hui, Phelps incarne, à lui tout seul, la célèbre expression latine « Citius, Altius, Fortius », que Pierre de Coubertin a adoptée pour en faire l?adage des Jeux olympiques. Bien évidemment, le plus important, a-t-il insisté, « n?est pas de gagner mais de participer », car ce qui est important n?est pas le triomphe, mais le sentiment de s?être bien battu. C?est normal qu?on voudrait tous être comme Phelps, qui devance désormais au palmarès historique Paavo Nurmi, Larysa Latynina, Mark Spitz et Carl Lewis.

Hyper-médiatisés, les JO ont toujours fait l?objet de tentatives de récupérations politiques ou de passions nationalistes. Aux États-Unis, CNN commente que la moisson d?or de Phelps dépasse les pays, les continents et les peuples. Le nationalisme américain tente de minimiser l?avance considérable de la Chine en termes de médailles d?or, fait état de soupçons sur l?âge véritable des gymnastes chinoises?

Dans la fièvre de la compétition, la fraternité olympique affichée des jeux est souvent mise de côté pour évoquer une cause ou un régime. Les règlements des JO sont clairs : pas de politique aux jeux.

Mais c?est en fait un pari difficile : le monde d?aujourd?hui est un rapport des forces qui se redéfinit sans cesse. Et la politique finit toujours par s?emparer du symbole olympique. Hitler a utilisé les JO à des fins de propagande. En 1972 à Munich, il y a eu l?horreur de la tension toujours permanente entre Israël et la Palestine. Plus tard, de nombreux pays africains avaient choisi de boycotter les Jeux olympiques pour protester contre le régime d?apartheid sud-africain. Les États-Unis et 64 autres délégations ont boycotté les Jeux de Moscou en 1980 à cause de l?intervention soviétique en Afghanistan. Aujour-d?hui, pas loin de Beijing, se livre un conflit militaire multimodal entre la Russie et la Géorgie, doublé d?une redoutable bataille médiatique.

Durant des périodes de tension entre les peuples du monde, il est important de profiter des jeux pour rappeler le symbolisme olympique : les cinq anneaux s?entrelaçant représentent l?union des cinq continents et la réunion des athlètes du monde entier aux Jeux olympiques. S?il est évident que la Chine expose et explose sa modernité à la face du monde, il ne faut pas que ces jeux amplifient la tension? Au contraire, c?est l?occasion de tomber en admiration non seulement pour Phelps, Buck-land, Powell ou Liu Xiang, Zoran Milosavljevic, Yelena Isinbayeva, mais également pour tous ceux qui les affrontent, en tenant en haleine des peuples entiers.

Ces hommes et femmes représentent toute la diversité du monde.

Et c?est ça qui importe, au-delà de tout le reste?

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