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La guerre des? caniveaux

17 août 2008, 00:00

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Avis contraires et échanges : le Parlement est lieu de débats, et la population ne devrait pas s?en étonner. Mais dans l?éternelle lutte entre le gouvernement et l?opposition, les mêmes préceptes que la guerre sont observés. Si tous les coups sont permis, c?est surtout le mantra « blâme pour blâme, scandale pour scandale » qui prime.

Mais dans leur quête de toujours surenchérir, les principaux partis politiques sombrent actuellement dans de bas tiraillements. Et à défaut de réels débats, les attaques personnelles débordent sur l?asphalte. À coup de fact-finding committee (FFC), de dénonciations en tous genres et de demandes de démissions, l?Alliance sociale (AS) et le Mouvement militant mauricien (MMM) continuent à alimenter les passions en ce moment.

Le récent affrontement en date : Paul Bérenger, le leader de l?opposition, défiant l?assurance du Premier ministre, et qui dépose un document au speaker à l?Assemblée nationale. Il accuse le ministre de la Justice, Rama Valayden, d?avoir fait libérer sur parole une personne arrêtée par la police. Des allégations faites sous l?immunité garantie par l?Assemblée nationale.

« La population veut connaître la vérité. Il y a de nombreux cas où Valayden a fait preuve d?ingérence et même le Premier ministre s?est montré embarrassé mardi dernier à l?Assemblée nationale pour expliquer le comportement et l?attitude de son ministre de la Justice », commente Rajesh Bhagwan, le secrétaire général du MMM. Mais quand les membres de l?AS demandent à ce que Paul Bérenger fasse de même hors de l?hémicycle, ce dernier ne bronche pas.

Mais cet affrontement fait une victime collatérale : la députée de la majorité, Nita Deerpalsing. Lors des échanges parlementaires, agrémentés de commentaires, la députée de la majorité se voit infliger un « rod ene mari pou li marier do » du leader de l?opposition. Cette déclaration est le dernier épisode d?une série d?attaques et de parades entre le gouvernement et l?opposition. Une opération de « mud-slinging » qui sombre de plus en plus dans une bassesse indigne des parlementaires.

« C?est le résultat de leur incompétence »

« Au MMM, nous avons toujours été constants dans notre politique et dans notre approche pour régler les problèmes du pays », s?en défend toutefois Rajesh Bhagwan. « Nous n?en faisons pas une affaire personnelle contre les ministres. C?est le résultat de leur incompétence. »

Du côté du gouvernement, même son de cloche : « Il est important de souligner que le gouvernement continuera à faire la lumière sur tous les cas de l?ancien régime qui, selon nous, comportent encore des zones d?ombre », poursuit un ministre de l?AS.

Cette actuelle saga commence avec l?arrivée au pouvoir de l?AS en juillet 2005. Le fraîchement nommé ministre des Finances, Rama Sithanen, fait alors un bilan effrayant de l?ancien régime. Ce dernier aurait caché des « squelettes » dans les placards de l?Etat. Situation chaotique à la Business Park of Mauritius Ltd (BPML), perte de Rs 2 milliards entre 2000 et 2005 au Central Electricity Board, Rs 1 milliard de dettes à la State Trading Corporation? autant de « scandales » avec lesquels Rama Sithanen tient l?opposition en respect.

La « mauvaise gestion » de l?ancien régime est tellement excitante pour l?AS, que celle-ci met sur pied un comité chargé de faire le suivi sur ces « squelettes ». Cette campagne culmine avec la mise sur pied d?un FFC qui se penche sur l?affaire BPML.

Dans un premier temps, l?opposition s?est contentée de crier à la démagogie. Mais c?était sans compter les failles exposées, tour à tour, de Rajesh Jeetah, ministre du Commerce de l?AS, et Dharam Gokhool, ministre de l?Education. « Les scandales sont légion et à répétition au sein du gouvernement », martèle Rajesh Bhagwan. « On se rappellera de l?affaire du lait Amul avec Rajesh Jeetah. Puis, cela s?est enchaîné avec le problème Desbro en passant par la situation à l?intérieur d?Enterprise Mauritius. »

Une technique pour gagner du temps

Les Private Notice Questions (PNQ) fusent, de même que les demandes de démission. Mais une histoire chassant une autre, l?opposition s?emmêle les pinceaux et peine à faire pression efficacement. Le ministre du Commerce conserve son portefeuille de ministre même après l?affaire de l?Eastern University, une institution de la famille Jeetah qui a obtenu le titre d?université dans des circonstances nébuleuses. Le manque d?unité de l?opposition est flagrant, car elle n?arrive pas à pleinement saisir ces opportunités.

S?ensuit alors le cafouillage des inondations dans le sillage du cyclone Gula, qui provoque mort d?homme. Face à la véhémence de l?opposition, le gouvernement nomme un FFC pour situer les responsabilités. Une technique pour gagner du temps et contrer les attaques de la partie adverse, selon certains.

Combattre le feu? par le feu

Mais la défense du gouvernement subit un revers inattendu. Les passages du rapport du FFC sur BPML concernant certaines personnes mises en cause ont été modifiés par la Cour suprême.

La raison évoquée : ces personnes n?ont pas été entendues pour donner leur version. Une violation de la dimension « juste et raisonnable » qu?on attend d?un tel comité. « Le gouvernement a reçu une gifle magistrale de la Cour suprême. Toutes ces allégations faites à l?égard de l?ancien gouvernement sont le produit de la fabrication », poursuit Rajesh Bhagwan.

Au niveau de l?AS, on se dissocie des auteurs du rapport. « Ce n?est pas notre rôle de convoquer des responsables devant ce FFC. Nous avons demandé des comptes par rapport à BMPL et sur Mauritius Telecom », déclare un haut officiel du gouvernement. « Il nous fallait faire la lumière sur ces dossiers. Personne ne nous fera croire que tout avait été fait dans la transparence la plus complète. »

Etrange coïncidence, dirait-on : les attaques et défenses des uns et des autres se ressemblent. Ainsi, face à l?offensive que mène actuellement le MMM contre Rama Valayden, il n?est pas étonnant que ce dernier combatte le feu? par le feu. En réplique à la bataille médiatique menée par Paul Bérenger, l?Attorney General a fini par signifier son intention de poursuivre ce dernier en justice pour diffamation.

Et comme pour ne pas laisser tomber une composante de l?AS, un comité a été mis sur pied pour ressortir d?autres « squelettes » ? moins excitants toutefois ? laissés par l?ancien régime. Selon certaines sources, cette unité est chargée de déterrer des informations sur la surconsommation des téléphones et des voitures de fonction par les ministres du précédent gouvernement.

En fin de compte, les convictions politiques sont mises au placard, de même que les questions d?importance économique et sociale. Pour faire simple, on vise les personnes, on les attaque dans leurs derniers retranchements, en espérant fragiliser leur position dans une circonscription. Cette formule a d?ailleurs l?air de marcher. Car toutes ces ramifications sur Rama Valayden ont fini par mettre la circonscription n° 19 en ébullition. Ainsi se résument les débats politiques à Maurice.

ÇA SE BOUSCULE A STANLEY-ROSE-HILL

Le MMM contre-attaque. En effet, comme le fief de son leader a été investi par les partisans du Mouvement républicain (MR) depuis les élections générales de 2005, les mauves descendent dans la circonscription n°19, Stanley-Rose-Hill. Ils comptent ainsi contrer l?action du MR et plus particulièrement son leader Rama Valayden. Le parti organisera un meeting régional mercredi au bar Chacha, à Rose-Hill. Paul Bérenger, ainsi que le deputy leader, Jayen Cuttaree, n?entendent, effectivement pas céder un pouce de terrain à Rama Valayden et au MR.

De son côté, Valayden estime qu?au vu de son action et de son bilan, il pourrait faire basculer cette circonscription dans le camp de l?Alliance sociale. Par ailleurs, cette semaine lors de l?inauguration de la foire de Plaisance, les ministres James Burty David et Anil Bachoo ont défendu l?Attorney General avec force. Et, au cours d?une conférence de presse, la direction du MR a soutenu Valayden et pris à partie les dirigeants du MMM, plus particulièrement Paul Bérenger.

Après l?escalade verbale entre les deux mouvements politiques, il est fort à parier que les réunions nocturnes et autres activités politiques vont s?enchaîner au cours des prochains mois. Et ce, sous le regard attentif des dirigeants des autres forces politiques, notamment Navin Ramgoolam et Pravind Jugnauth.

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