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Miroverre ou une passion de Marcel Lagesse
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Miroverre ou une passion de Marcel Lagesse
L?on dit souvent mais sottement que nul n?est irremplaçable ou encore et plus stupidement que nos cimetières sont remplis de personnes indispensables. Je voudrais simplement qu?on me dise qui remplace Marcel Lagesse dans la promotion de l?artisanat et des métiers d?art à Maurice ? Qui remplace Pierre Renaud ou Lucien Masson dans la presse mauricienne ? Qui remplace Georges André Decotter aux villes s?urs ? Qui remplace Robert Edward Hart ou Marcel Cabon dans l?animation de la littérature mauricienne ? Qui remplace le Cercle Littéraire de Maurice ? Qui remplace Jean Delaître à la MBC/TV ? Qui remplace Guy d?Arifat dans la polémique journalistique ?
Il y a un quart de siècle, l?express rend hommage à Marcel Lagesse, à l?occasion de l?ouverture d?un nouveau showroom de Miroverre, à Moka. Vingt-cinq ans après, cette modeste enseigne symbolise toujours le travail de qualité, une impeccable organisation, l?ambition des Benvenuto Cellini, la conscience professionnelle, omniprésente autant chez la dernière recrue que chez le maître d??uvre, la personnification de ce que doit être un artiste mauricien, Marcel Lagesse, qui est aussi, et en passant, en 1983, un de nos architectes les plus talentueux. Que ceux qui en doutent, aillent revisiter la plus élégante mais aussi la plus priante de toutes nos églises, celle dédiée à Notre Dame du Bon Secours, au Trou d?Eau Douce. Là, tout est pierre, lumière et prière...
A la genèse de Miroverre, cet homme, cet artiste, ce Mauricien exemplaire qui confesse modestement et humblement son «ambition de vouloir bien faire». Fasciné, entre autres par le verre, il crée Miroverre en 1963. Auparavant, pour s?initier à tous les secrets du verre et des miroirs, il sacrifie six mois de sa profession architecturale, pour apprendre le métier dans les miroiteries de Paris. Faut le faire ! De tous temps, la gravure sur verre le fascine. Tout comme les échantillons contemplés et admirés par lui, dans la Ville Eternelle.
Il fait la connaissance d?une vieille famille française, possédant une industrie de gravure sur verre et détenant un secret de fabrication, remontant tout simplement à la Renaissance. Il achète le brevet et y fait son apprentissage. Il reprend ses expériences, à Maurice, avec ses premiers ouvriers. Ils arrivent rapidement à des résultats encourageants et même satisfaisants. Ses partenaires français ne tardent pas à lui décerner un compliment qu?il attendait anxieusement et qui le comble de joie : «Vos ouvriers mauriciens n?ont rien à envier à nos meilleurs artisans français. Ils sont aussi talentueux, sinon meilleurs».
D?où lui vient cette passion pour le verre ? C?est un matériau noble par excellence et que manient talentueusement ses 40 artistes ouvriers (ou l?inverse), doués, patients, triés sur le volet. Marcel Lagesse ne tarit pas d?éloges devant l?ouvrier mauricien. «Il est un artiste hors pair, à condition d?être motivé et d?être bien encadré».
Une anecdote à propos de Marcel Lagesse. Un matin, il sort de chez lui et découvre, au bord de la route, un gang de notre défunte DWC. Ces travailleurs de relève sont visiblement oisifs et attendent «Anne, ma s?ur Anne...» Marcel Lagesse passe son chemin, s?en va à un quelconque rendez-vous, rentre chez lui deux ou trois heures après, pour constater que, au bord de la route, c?est toujours «le Soleil qui poudroie et l?herbe qui verdoie». Marcel Lagesse rentre chez lui. Mais le meneur d?homme chez lui se révolte. Ces heures d?oisiveté, multipliées par autant d?hommes du gang, le révoltent. Il va à leur rencontre et s?enquiert de leur inaction : Gangman pencore vini ek matériaux et zoutils. «Venez et voyez», leur dit-il, reprenant à son compte l?antique exhortation d?un charpentier de Nazareth. Il les conduit à Miroverre et leur offre une visite guidée. Ils en sortent émerveillés et lui confient : «Si nous ti éna ène chef couma ou, DWC ti pou faire miracle lors miracle...» Et elle n?aurait pas eu besoin de fermer ses portes. Une bonne entreprise c?est d?abord un bon chef d?entreprise. Un bon établissement scolaire c?est avant tout un bon maître d?école ou un bon recteur. Un bon ministère c?est, bien sûr, un bon secrétaire permanent. Une bonne ville c?est forcément un bon maire. Un bon gouvernement c?est évidemment un bon Premier ministre. Un bon chef de gouvernement c?est de toute évidence un électorat, sachant voter, sans préjugé aucun, pour le meilleur candidat aux fonctions de PM. Nous avons le gouvernement et la défunte DWC que nous méritons amplement.
Mais Miroverre c?est davantage que des miroirs aussi splendides que ceux en vente à Venise. C?est aussi de magnifiques lustres en fer forgé. Ce sont les répliques de la plus fine porcelaine de la Compagnie des Indes. Ce sont des lampes de toutes sortes, des panneaux décoratifs, des vitraux, des tables, des dalles de verre de couleur, des plats de toutes sortes, des saladiers, des trophées, des cendriers, des objets décoratifs. Comme dit le charpentier de Nazareth : «Demandez et l?on vous donnera...»
Miroverre perdure, aujourd?hui encore, le rêve et la passion de son fondateur, Marcel Lagesse qui, sa vie durant, professa que le travail bien fait ennoblit l?Homme. Il suffit de croire en l?Homme...
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