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Une cheminée qui a fait du chemin
Elle se tient là. Seule et isolée. Droite et fière. Elle n?a pas toujours été ainsi. Livrée au passage du temps, aux intempéries, la cheminée de Bonne-Terre vient de retrouver sa fraîcheur après deux ans de travaux. Un sauvetage entrepris par SOS patrimoine en péril.
Et si le feu a à nouveau brûlé dans cette cheminée cette semaine, Jean-François Guimbeau, responsable de SOS patrimoine explique que cela n?a été possible que grâce aux généreux donateurs qui ont réuni la somme nécessaire aux travaux, soit Rs 200 000. mais pourquoi la sauver, alors qu?elle constituait une menace pour les enfants de pensionnaires, ainsi que les religieuses de la congrégation ?
Il s?agit d?un vestige du patrimoine sucrier urbain. «Une sentinelle de 15 mètres de haut», comme l?a décrite Marie-France Chelin-Goblet, également de SOS patrimoine en péril, dans une allocution historiquement détaillée, à l?issue d?une cérémonie fort simple marquant la rénovation de cette cheminée.
«Bonne-Terre
est l?un des rares
vestiges sucriers
de cette région urbaine,
devenant
ainsi un lieu
de mémoire»
Elle a donc expliqué que la cheminée de Bonne-Terre faisait jadis partie de l?usine sucrière qui a existé en ces lieux de 1840 à 1875.
Le voisinage de l?époque compte alors les sucreries de Palma, Solférino, Mon-Désir et Réunion. C?est à l?emplacement actuel de l?hôpital Victoria à Candos, que se trouvait la sucrerie de Mon-Désir. Celle de Clairfonds était située sur le terrain actuel du Gymkhana. L?usine de Réunion a, elle été remplacée par une usine de textile.
Bonne-Terre est l?un des rares vestiges sucriers de cette région urbaine, devenant ainsi un lieu de mémoire, devait dire Marie France Chelin-Goblet.
L?histoire de Bonne-Terre commence, a-t-elle raconté, quand Nicolas Doger de Spéville, natif de Metz, en France, écrivain principal des colonies, arrive dans l?île en 1772 et obtient une concession dans cette région.
En 1804, Pierre Autard devient le propriétaire. Mais ce n?est qu?en 1840 qu?une sucrerie est érigée par les Dupré. Un relevé du commissaire civil des Plaines-Wilhems datant de juillet 1844 montre que Dupré avait 15 ex-apprentis, dont une femme. De 1848 à 1873, la propriété change de main plusieurs fois. La vocation sucrière de Bonne-Terre se termina en 1875, date de sa dernière coupe où elle fut centralisée sur Clairfonds.
C?est sur ces mêmes terres que fonctionne une distillerie. Après la première guerre mondiale, Maurice Martin, député et ingénieur agricole, encouragea les morcellements de propriétés sucrières et c?est ainsi que les terres de Bonne- Terre furent morcelées.
Germaine Leclézio, épouse Langlois, et sa soeur Simone Leclézio, furent les dernières propriétaires. Pendant les années de guerre, Germaine Langlois recueillit un nourrisson abandonné sur sa propriété. Elle va créer par la suite une crèche, assistée de sa soeur, Alix Harel et Jean Margéot ? aujourd?hui cardinal.
Une beurrerie s?installe sur les lieux vers 1930, grâce aux bons services de Noël Edwin Mounien. Le cyclone Carol en 1960, n?épargna pas cette cheminée dont la couronne se brisa. Un ficus dévastateur l?enroba peu à peu de ses raciness qui s?étendirent jusqu?à l?intérieur de son long «cylindre» occasionnant des chutes de pierres et elle disparut sous un épais manteau de feuillage. Par la suite, les soeurs Leclézio firent don de leur propriété à la congrégation des Filles de Marie.
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