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Pékin réunit le monde
<B>Par Robert D?ARGENT</B>
Le monde entier s?est donné rendez-vous dans la capitale chinoise pour dix-sept jours de compétitions sportives, compétitions voulant dire ici la forme la plus élevée, dans certains cas la plus parfaite, de l?expression corporelle, le corps en mouvement, énergie intelligente disant la vie qui l?habite dans l?espace qui l?abrite.
Il ne faut pas se leurrer toutefois. Cet idéal n?est pas vierge de tout défaut. Il y a, dans cette quête du haut niveau, la présence indésirable du dopage, le poison du mercantilisme, la recherche assoiffée du pouvoir. Le sport de haut niveau s?est construit un empire et ils sont nombreux à rêver d?une vie de pacha.
Ces travers mis à part, les Jeux Olympiques demeurent une expérience unique puisqu?ils bâtissent un monde en miniature l?espace d?une compétition sportive. La Terre entière, avec ses races, ses cultures, ses religions différentes, est réunie. N?est-ce pas là une belle invitation à prendre conscience du destin commun d?une humanité dont les différentes composantes ne sont pas toutes toujours maîtresses de leur présent en raison d?inégalités et de déséquilibres qui mettent en péril l?avenir même de la race humaine ?
Les richesses sont concentrées en effet entre les mains d?une poignée de nations alors que la faim, la soif et tous les besoins vitaux sont les mêmes partout dans le monde. Les déséquilibres, dont les résultats de l?impact irréversible et inconsidéré des entreprises humaines sur l?environnement, représentent une menace grandissante. Et pire, dans un monde où tout est régi par l?argent, ceux qui n?en possèdent pas ont l?impression tout simplement de ne pas en faire partie.
Le baron Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux Olympiques, avait un idéal. C?est au nom d?un idéal identique ? un idéal qui est en fait une nécessité pour ne pas dire un droit, celui de la vie - qu?il faut espérer que la réunion de toutes les composantes de la race humaine puisse permettre cette prise de conscience qu?il est temps de revoir les rapports qu?entretient l?homme avec son semblable et son environnement et surtout concevoir un mode de vie où l?argent serait remplacé par l?amour et la fraternité plutôt que des relations humaines qui ne sont finalement que des relations commerciales régies par l?unique souci du profit à tout prix.
Le physicien Michio Kaku, titulaire de la chaire de physique théorique au City College de New York, se basant « sur l?échelle cosmique des civilisations de Kardashev, nomme civilisation de Type O (zéro) la société humaine encore immature incapable de contenir ses penchants autodestructeurs, dépourvue d?unité politique, puisant son énergie de composés organiques non renouvelables et mettant en danger sa propre atmosphère ». (Gilles Pinon, Fatima, un ovni pas comme les autres ?)
Le salut est-il indissociable de « l?éthique d?une civilisation supérieure » ? (ibid.) Y parvenir passe inévitablement par l?unité de la race humaine. Le sport la réalise en ce moment même à Pékin. Il faut espérer qu?elle puisse durer et passer de situation exceptionnelle et ponctuelle à normalité et jette par là même les bases du renouveau.
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