Publicité

Rama Valayden : Pouvoir de nuisance

10 août 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Imaginons que la lettre de démission de l?« Attorney General », au lieu d?atterrir au « Prime Minister?s Office », avait été adressée, comme requis par la loi, à la présidence de la République. Sir Anerood Jugnauth aurait sans doute froidement officialisé la démission, et le fauteuil du ministre de la Justice aurait été déclaré vacant, conformément à la teneur de la lettre.

Et que serait devenu Rama Valayden ? Quel rôle aurait-il joué dans le paysage politique, lui dont le parti n?est qu?un poids plume sur l?échiquier ? Aurait-il vraiment choisi de mater ses adversaires du MMM au n° 19 pour finalement arracher une victoire électorale aux législatives, ou aurait-il cédé aux sirènes des mauves et, comme Madun Dulloo, après avoir mis son parti au frigo ?

Navin Ramgoolam n?est pas dupe.

Si Rama Valayden a pris le temps de rédiger une lettre de démission, c?est qu?il s?est senti acculé. D?ailleurs ne confiait-il pas à la presse : « Je me sens attaqué de toutes parts. » Pour-quoi à ces attaques, a-t-il opté pour la fuite en avant ? Était-ce uniquement le caprice d?un enfant gâté ?On ne le saura sans doute jamais.

Le problème avec les lettres de démission qui sont ravalées, c?est qu?elles ne sont jamais révélées au public électeur. Les mots et formules d?usage qu?utilisent les ministres démissionnaires dans leurs missives fictives sont jalousement tenus secrets dans l?antre du pouvoir. Ici, tout s?exprime en « off-record ». On concocte, par la suite, des « face saving devices » pour le public. Par exemple, une ingérence ministérielle dans les affaires de la police peut prendre la forme d?une intervention motivée par un souci de respect des droits humains des interpellés.

Mais chaque cas est unique en son genre tragicomique. La démission avortée de Rama Sithanen peut accessoirement être comparée à celle de Rama Valayden, sur la forme ou en jouant sur le prénom commun. Mais au fond, le contexte diffère grandement entre les deux cas.

Si dans celui de Sithanen, il est clair que Ramgoolam a dû utiliser tout son charme pour retenir le grand argentier dans un but essentiellement économique ? sans son pilote, l?économie mauricienne, qui était dans une zone de fortes turbulences, aurait piqué davantage du nez ! Mais dans le cas de Rama Valayden, s?il conserve son fauteuil, c?est pour des raisons strictement politiciennes.

La « nuisance value » du leader du MR se mesure en fait quand il est sur l?asphalte, aux côtés de l?homme de la rue. Dans un contexte politique encore flou, à deux ans des prochaines échéances électorales, Valayden peut être un os dur. Le fait qu?il ait été ministre de la Justice, membre du cabinet, a sans doute intensifié son pouvoir de nuisance politique. Il est devenu un danger potentiel pour le pouvoir actuel.

En compagnie de Madun Dulloo et de Harish Boodhoo, Rama Valayden, il ne faut pas l?oublier, a été l?un des principaux artisans de l?Alliance sociale qui a su « déboulonner » Paul Bérenger du pouvoir, tout en l?éloignant du MSM.

En privant de sa liberté politique le leader du MR, Ramgoolam garde sous contrôle une nuisance potentielle.

À une période où tout est encore possible, le Premier ministre se doit de garder toutes les cartes à portée de main. Quitte à les redistribuer à la veille du scrutin de 2010. Si Rama Valayden est « sensible », Ramgoolam, lui, est encore plus sensible? à son hégémonie au pouvoir. Le remplacement, ou pas, de sir Anerood Jugnauth du Réduit donnerait une indication de sa stratégie qui s?inscrit définitivement dans le long terme et qui tente de brasser le plus large possible.

Publicité