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Quand le poisson manque à l?appel
Ces derniers temps, le poisson est une denrée rare : aucune pêche miraculeuse n?atterrit dans nos assiettes. Et les consommateurs et certains restaurants se plaignent même de la pénurie de produits frais.
« Si cette pénurie de poisson continue, je vais devoir modifier les menus de mon restaurant. » Pour Amarnath Lutchmon, directeur du Foley?s, un établissement deux- étoiles de la région Nord, les difficultés d?approvisionnement ont démarré voilà presque un an. Capitaines, rougets ou cordonniers, les espèces les plus recherchées, viennent à manquer et s?achètent au prix fort sur le marché.
À de telles conditions, difficile de négocier au détail, sachant que les grands hôtels sont très friands de poissons frais. Et que les pêcheurs rechignent à casser les prix. En attendant de changer ses menus, la recette de Lutchmon, c?est le poisson surgelé !
Les grands noms de la restauration, eux, ne s?en font pourtant pas un sang d?encre. Ils mettent le prix fort pour avoir les meilleurs produits. « On gonfle les tarifs à l?achat, et on passe ensuite la note aux clients », reconnaît à demi-mot un restaurateur de la capitale.
Il faut casser la tirelire</B>
Car les touristes et les clients aux portefeuilles bien garnis en redemandent. Idem pour les spécialistes de sushis et autres fruits de mer : aucune pénurie de poisson en vue, annoncent-ils. « Mais en période de mauvais temps, nous avons quelques difficultés », concède un chef.
Et là, il faut casser la tirelire.
De manière chronique, le pays fait face à un manque important de poisson. D?ailleurs, la Seafood Week qui aura lieu la semaine prochaine sera, entre autres, axée sur le moyen d?améliorer l?approvisionnement du pays en produits halieutiques (qui concernent la pêche NdlR). Les industriels de la pêche ne cachent pas, quant à eux, leur inquiétude. « Trop de réglementation », lâche Ah Kin Ip Kwok Sheung, président du groupe IKS, un des principaux fournisseurs de poisson sur le marché local. « Nous avons suffisamment de bateaux pour pêcher, mais l?industrie piétine. D?un côté, nos mers regorgent de poisson, de l?autre les consommateurs n?en ont pas assez. Il faut libérer nos bateaux et nous laisser travailler en paix », tempête-t-il.
Les poissonniers, eux aussi, rament. Au marché central de Port-Louis, l?ambiance est morose. Les tables sont presque vides. C?est le blues hivernal. « Comme la mer est plutôt mauvaise en hiver, les pêcheurs ne sortent plus. Alors, les produits de la mer commencent à manquer », expli-que un commerçant, comme pour se justifier. Si le cordonnier se vend en été à Rs 60 la livre, en basse saison il coûte Rs 70. Face à la valse des étiquettes, les quelques clients tentent de négocier.
Été ou hiver, Raffick Rambocus n?en a cure. Il a une bonne quarantaine d?années d?expérience dans la vente du poisson et n?y voit aucun avenir. « Lorsque je prendrai ma retraite, aucun de mes proches ne me succédera. Et c?est tant mieux. Mes enfants sont bien mieux lotis dans d?autres secteurs d?activités. Quelle que soit la saison, jour après jour, il n?y a plus de poisson à vendre et je serai bien obligé de déposer le bilan », se désole-t-il.
Changer de goûts et d?habitudes</B>
Et si la solution se trouvait dans les fer-mes marines et l?élevage des poissons ? « Si le poisson sauvage continue à manquer, on va devoir utiliser des produits d?élevage », reconnaît un vendeur. Une quasi-évidence, tant la ressource marine semble menacée : par la pollution comme la surexploitation. « Mais les produits aquacoles d?eau douce mettent plus de temps à être écoulés sur le marché », poursuit le commerçant. « La clientèle les apprécie moins. »
Les Mauriciens sont friands de poissons d?eau salée. Faudrait-il qu?ils changent de goût et d?habitudes alimentaires ? Sans doute, s?ils veulent continuer à manger du poisson.
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