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Leurs enfants grandissent en prison

10 août 2008, 00:00

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De leur petite enfance, ils ne retiendront peut-être que les murs froids de leurs cellules. Pour être exact, des cellules de leurs mères. Car ces dernières, condamnées pour délits de drogue ou d?agression, ont choisi d?emmener leur progéniture avec elles, derrière les barreaux. Jenny (*), mère célibataire, est emprisonnée à Beau-Bassin depuis deux ans pour possession de drogue. Elle confie avoir connu des mois difficiles.

« Mon enfant, qui a deux ans, mais aussi ceux des autres détenues ont beaucoup souffert du froid. Nous avons obtenu des couvertures supplémentaires, mais ce n?était pas suffisant », raconte-t-elle d?une voix à peine audible. Certes, un médecin est disponible. Mais, aux dires des travailleurs sociaux, il n?est pas facilement joignable lorsqu?un enfant tombe malade en pleine nuit. « Il est parfois arrivé d?attendre plus de deux heures avant qu?il n?intervienne », s?indigne l?un d?eux. Un problème que la prison a promis de régler au plus vite.

Dans ces conditions, pourquoi choisir d?emmener son enfant avec soi en prison ? Jenny avoue n?avoir pas eu d?autre alternative : « Je n?avais aucun proche à qui le confier et d?ailleurs, il n?était qu?un nouveau-né et avait besoin de moi. » Une décision qu?elle dit amèrement regretter aujourd?hui. Ses journées, Jenny les passe avec son enfant. De longues heures entre les quatre murs de la minuscule cellule. À un moment de la journée cependant, les mères se rassemblent et laissent gambader leurs petits dans la pièce commune. Elles partagent alors leurs soucis et échangent des conseils.

<B>« Je fais payer mes erreurs à mon enfant »</B>

Quand arrive l?heure de regagner sa cellule, Jenny n?a plus qu?à observer son fils, endormi et blotti contre elle sur la petite couchette. Tout comme les autres détenues, elle ne sort avec son petit garçon que quelques heures par semaine, lors de promenades dans la cour. « Je suis consciente de faire payer à mon enfant mes erreurs », se désole la jeune femme.

Actuellement, sept femmes et leurs enfants cohabitent à la prison de Beau-Bassin, dans un espace plutôt propret et relativement bien aménagé. Un chiffre qui fluctue au gré des détentions provisoires. Ils vivent en marge des autres prisonnières, mais sont néanmoins soumis aux mêmes conditions de vie. « Ce n?est pas toujours facile. Il nous faut être inflexibles avec ces femmes qui ont commis des délits graves, tout en faisant en sorte que cela n?affecte pas leurs enfants », explique une gardienne, qui compte une dizaine d?années de métier.

Les surveillantes régissent l?établissement pénitentiaire d?une main de fer, mais ne restent pas insensibles au sort de leurs petits pensionnaires. « Qu?il y ait des enfants, rend la prison un peu plus humaine, même si ce n?est, bien entendu, pas un endroit pour eux », confie une autre garde-chiourme Des enfants, elle en a vu défiler, lâche-t-elle, « un trop grand nombre ». Certains ont même vu le jour derrière les hauts murs de la prison.

Heureusement, leurs conditions de vie sont « correctes ». Les travailleurs sociaux qui les côtoient régulièrement s?accordent à le dire aujourd?hui. Cela n?a pas toujours été le cas. Des organisations non-gouvernementales (ONG) qui travaillent avec les détenues, expliquent avoir négocié ferme avec la direction pour qu?elle assouplisse sa position. « Le nouveau commissaire des prisons s?est montré très sensible à nos arguments. Les détenues peuvent désormais se procurer des couches, mais aussi du lait et de la nourriture adaptés à leurs enfants », souligne Michael Sandapen, coordinateur de l?association « Kinouété ».

Des déplacements sous forte escorte

Autre point positif : les enfants en âge d?être scolarisés se rendent chaque matin dans une école maternelle gérée par une municipalité. Les déplacements se font sous escorte. Des officiers en civil les accompagnent le matin et les récupèrent dans l?après-midi. « Les Welfare Officers de la prison font de gros efforts pour que ces enfants ne soient pas stigmatisés.

Ils se font discrets et ne portent pas d?uniforme », souligne Michael Sandapen.

Malgré toutes ces avancées, de nombreux travailleurs sociaux ne cachent pas qu?ils préféreraient voir ces enfants confiés à des familles d?accueil jusqu?à ce que leurs mères aient purgé leur peine. La législation en vigueur autorise les femmes à garder leurs enfants en détention jusqu?à l?âge de cinq ans. Une fois cet âge atteint, ils sont confiés à leur famille, une famille d?accueil ou placés dans l?un des abris gérés par le ministère de la Femme.

Un changement radical de cadre de vie qui a des répercussions psychologiques sur ces enfants. « La séparation peut être un moment très difficile à vivre si l?enfant n?y est pas bien préparé. Déconnecté de l?extérieur, il peut se renfermer sur lui-même et avoir peur du monde du dehors. C?est pour éviter de tels problèmes que les autoritécarcérales, de concert avec les associations, mettent tout en ?uvre pour que cela se passe en douceur », précise un officier de la Child Development Unit (CDU). Reste que personne ne sait vraiment s?ils oublieront un jour les murs froids qui ont encagé leurs premières années.

(*) Prénom modifié

Association « Kinouété » :

Toujours aux côtés des détenus

Kinouété est une association créée en 2001 par Sophie de Robillard.

Son objectif est de faciliter la réinsertion des ex-détenus, hommes ou femmes, dans la société. « L?association a, dans un premier temps, été un groupe de parole et d?écoute pour les femmes. Mais face à leur demande, on a étendu et développé nos activités. Nous proposons des thérapies individuelles et des suivis avec la famille », explique Sophie de Robillard, directrice.

La structure a aussi développé des ateliers de formation. « Ils s?organisent en collaboration avec la prison des femmes », souligne-t-elle. Il y en a quatre, un premier destiné à la coiffure, un deuxième à l?esthétique, un troisième à l?informatique et un dernier à l?artisanat. Kinouété compte quatre membres, dont trois à temps complet et une psychologue à temps partiel.

Son travail débute bien avant la sortie de prison des détenus. Elle est en relation avec les prisonniers et leur apporte une aide : « On agit à l?intérieur et à l?extérieur, précise Sophie de Robillard. Lorsque les prisonniers sortent, nous venons les voir et les aidons dans certaines démarches comme la recherche d?un emploi. »

« C?est toujours à la demande de la personne que nous la prenons en charge, précise-t-elle. Nous sommes déjà intervenus sans le consentement du prisonnier et les choses se sont passées difficilement.

Il faut que la personne ait la liberté de choisir et la volonté de s?en sortir. »Actuellement l?association suit une cinquantaine d?hommes et de femmes.

« Les ex-détenus sont suivis durant cinq à six mois. Mais, ce n?est pas un laps de temps défini pour tous. Pour certains, il sera plus long et pour d?autres, plus court. Nous avons actuellement le cas d?une femme qui nous a demandé de continuer à la suivre », ajoute Sophie de Robillard.

Par ailleurs, l?association agit aussi auprès d?enfants dont les parents sont en prison, et s?occupe actuellement d?une mère emprisonnée avec son enfant :

« Lorsque nous accueillons une ex-détenue mère de famille, nous accueillons aussi ses enfants. Nous organisons des sorties durant leurs vacances scolaires, par exemple », explique la directrice.Autant d?actions nécessitent un financement important. Une large part est assurée par l?Empowerment Programme, et le reste par des partenaires privés. « Gérer une telle association réclame beaucoup de moyens. Nous avons besoin de fonds pour aider au mieux ces personnes et développer nos activités », conclut Sophie de Robillard. Pour contacter Kinouété, vous pouvez appeler le 217.34.84/85/86.

Ailleurs en Europe

● France : L?enfant peut rester près <de sa mère jusqu?à 18 mois. À Fleury-Mérogis par exemple, douze cellules sont réservées aux femmes enceintes et douze autres aux mères et leurs enfants. C?est la plus grande structure française d?accueil des mères ou futures mamans. Elles sont assistées en permanence par des assistantes maternelles.

Irlande : L?âge limite des enfants pouvant résider auprès d?un parent incarcéré est de neuf mois, voire un an dans certains établissements pénitentiaires. La détention d?une mère avec son bébé est évitée le plus souvent possible par l?administration. Aucun aménagement spécial n?est prévu.

Allemagne : Des unités spécialisées existent dans neuf établissements avec des capacités d?accueil de 2 à 23 places. Généralement, les mères gardent leurs enfants jusqu?à 3 ans. Parfois, ils restent jusqu?à 6 ans, âge de la scolarisation. Les conditions de vie varient. La prison d?Aichach, en Bavière compte, par exemple, dix appartements de 20 m2.

Pays-Bas : Une unité mères-enfants existe depuis dix ans à Sevenum. Elle dispose de cinq chambres à coucher doubles, d?un séjour, d?une cuisine ouverte et d?une aire de jeux. Durant la journée, les enfants vont dans des structures extérieures à proximité de la prison pendant que leurs mères travaillent. Elles récupèrent leurs enfants à 16 h 45 à la crèche.

Danemark : La prison ouverte de Horserod comporte un pavillon « couples et familles », où des enfants sont détenus avec leur mère ou leur père. Les enfants sont nés avant ou pendant l?incarcération de leur(s) parent(s). Ils peuvent être gardés jusqu?à l?âge de 3 ans au maximum. Un espace jeux est aménagé dans le jardin.

Source : http://prisons.de.femmes.free.fr

<B>En chiffres</B>

<B>5 </B>C?est l?âge maximal jusqu?à lequel un enfant peut être « condamné » à rester auprès de sa mère en détention. Ensuite, il est obligatoirement placé à l?extérieur, dans une famille ou une structure d?accueil.

<B>7 </B>enfants grandissent en prison à Maurice avec leurs mères. C?est le chiffre avancé au 30 juillet 2008 et il comprend quatre garçons (sept mois, huit mois, un an et trois ans. Mais aussi trois filles, âgées de quatre, deux et un an.

<B>2</B> C?est le nombre d?enfants séropositifs élevés par leurs mères séropositives en prison. Ces derniers reçoivent des soins particuliers et réguliers.

<B>11</B> C?est le plus grand nombre d?enfants détenus dans la prison pour femmes de Maurice. Un chiffre recensé en mars 2008, comprenant sept garçons et quatre filles.

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