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Le business des Jeux olympiques

10 août 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les accros au sport auront du mal à décrocher de leur poste de télé du 8 au 24 août. A défaut d?assister sur place aux Jeux olympiques (JO), ils ne rateront pas une miette des compétitions sur le petit écran. Mais derrière l?effervescence mondiale qu?entraînent les JO, se cache une machine de guerre : celle du business et des nombreux acteurs qui entrent en jeu pour faire de cet événement, un booster conséquent pour le chiffre d?affaires de grandes marques internationales.

Coca-Cola, McDonalds,Visa International, Kodak, Samsung, pour ne citer qu?eux, ont payé au moins 64 millions d?euros pour devenir partenaires des JO. Soit un tiers de plus que les JO d?Athènes en 2004 affirme le magazine économique américain Forbes.

Mais le plus impressionnant reste les sommes déboursées par les chaînes de télévision. Ainsi, pour les Jeux de Pékin, les revenus de la retransmission des épreuves olympiques pour le Comité international olympique (CIO) s?élèveront à plus de 1,730 milliard de dollars !

Les JO d?Athènes avaient, eux, rapporté 1,494 milliard de dollars. Pour avoir une petite idée des enjeux financiers et d?audimat, les précédents Jeux avaient été retransmis dans 220 pays avec 35 000 heures de couverture pour 3,9 milliards de téléspectateurs de par le monde !

Sans surprise, les chaînes de télévision américaines sont celles qui déboursent le plus. C?est bien connu, les États-Unis sont les principaux consommateurs de programmes sportifs dans le monde. A titre d?exemple, en 2000, lors des Jeux de Sydney (Australie), la chaîne NBC avait dépensé quelque 700 millions de dollars pour obtenir l?exclusivité de la retransmission sur le territoire américain, puis quelque 800 millions pour la couverture d?Athènes. Pour Pékin, ce sera 900 millions de dollars. Un record.

Vous vous demandez pourquoi ces chiffres ne sont pas tenus confidentiels ? C?est tout simplement parce que le CIO met à disposition sur son site Internet un dossier d?information sur le marketing olympique. Ce qu?on y lit : la liste détaillée de toutes les subventions, contributions et autres efforts financiers consentis par les sponsors officiels ou encore les chaînes de télévision soucieuses de retransmettre les Jeux en exclusivité.

Des chiffres qui impressionnent le commun des mortels : c?est la loi du business.

<B>Bonne opération pour la Chine</B>

Les Jeux devraient aussi être une bonne opération pour la Chine, qui a empoché 529 millions d?euros en droits de retransmission TV et 210 millions en sponsoring. A ces gains s?ajoutent également la vente de billets et de souvenirs, bien que les prix soient cependant relativement bas. Le billet le moins cher s?achète en effet à 30 yuans (environ Rs 120) et les étudiants chinois peuvent même avoir accès à certaines compétitions pour un montant de 10 yuans (environ Rs 40).

Le Comité olympique chinois estime cependant que toutes ces rentrées d?argent pourront couvrir les coûts opérationnels de l?événement. Pékin devrait également profiter durant plusieurs années des nouveaux stades, des huit lignes de métro supplémentaires et de son nouveau terminal aéroportuaire de 900 000 mètres carrés construits en prévision des Jeux. La ville devrait aussi accueillir 200 millions de touristes annuels supplémentaires par rapport aux années précédentes, dont 30 millions en provenance de Hong Kong, de Macao et du reste du monde. On estime que chaque touriste étranger devrait en outre dépenser en moyenne 666 euros dans la capitale, contre 111 euros pour le touriste chinois.

Les infrastructures : Des stades grand luxe</B>

Les autorités chinoises n?ont en tous cas pas lésiné sur les dépenses en ce qui concerne les infrastructures sportives. Le stade national de Chine à Pékin, surnommé « Le nid d?oiseau » en raison de sa structure et qui doit accueillir la cérémonie d?ouverture ainsi que la plupart des compétitions d?athlétisme, a coûté près de 300 millions d?euros. Il a été conçu pour accueillir 91 000 personnes.

Le Water Cube (photo), un complexe aquatique flambant neuf, a lui représenté une dépense de 140 millions d?euros, tandis que le stade de football de Shenyang, où les Belges affronteront le Brésil et la Chine, a coûté la modique somme de 100 millions d?euros.

Mais ce sont surtout les investissements indirects, 11,5 milliards d?euros, qui ont constitué le gros des dépenses.

Les infrastructures routières, ainsi que l?aéroport et le métro de Pékin ou les installations électriques et de distribution d?eau ont en effet dû faire l?objet d?une importante mise à niveau et de rénovations. Les autorités ont également dû agir pour réduire la pollution dans la ville en plantant des arbres en de nombreux endroits. Toute une série d?investissements qui tôt ou tard auraient sans doute pu voir le jour, mais qui ont été accélérés pour l?accueil des Jeux.

<B>Nike et Adidas se livrent bataille</B>

La compétition fait rage dans les différents stades, mais également entre les divers équipementiers. Nike et Adidas se livrent une bataille sans merci. Selon l?article de Tom Van Riper publié dans le quotidien français Le Figaro Sport Business du 4 juin 2008 dernier, ces deux géants de la basket et du vêtement de sport prévoient que la Chine deviendra sans aucun doute le deuxième plus grand marché après les Etats-Unis.

Dans plusieurs communiqués de presse, le groupe Adidas aurait déclaré que les Jeux de Pékin seraient un moyen de regagner du terrain par rapport à son concurrent de toujours Nike. Selon différents rapports, Adidas a payé environ 63,4 millions d?euros en espèces et en dons de produits pour les droits de partenariat.

La société fournit des tenues aux athlètes, emploie des bénévoles et des agents techniques, et sponsorise des jeux interactifs sur Internet mettant en lumière plusieurs athlètes chinois, afin de placer sa marque sur le devant de la scène. De son côté, Nike a choisi une autre méthode, en se consacrant comme d?habitude au sponsoring d?athlètes spécifiques. Et ça marche. Pour bon nombre des 3 000 athlètes appartenant à l?écurie Adidas qui concourront à Pékin ? un tiers du total ? le port des trois bandes d?Adidas se limitera au podium. Pendant le jeu, ils seront dans une tenue? Nike.

Et chez nous ?</B>

Bien que ce ne soit pas l?explosion commerciale, Maurice n?échappe pas à la règle. Certaines enseignes profitent des JO pour proposer au public différentes prestations. Comme Imperial China qui avait prévu vendredi dernier un menu spécial de gala à Rs 888 et poursuivra peut-être cette opération pendant les compétitions.

Au Shooters, à Port-Louis, des écrans géants ont été installés pour permettre aux clients de suivre les JO.

De leur côté, Parabole Maurice et Canal Satellite ont mis en avant dans leurs campagnes publicitaires les chaînes qui proposent les programmes des Jeux les plus intéressants, ainsi que des spots à la télévision.

Quant à Ph?nix Beverages Ltd, distributeur de la marque Coca-Cola, qui est le partenaire officiel des Jeux, elle va sûrement engranger plus de bénéfices pendant les Jeux. Même si elle se contentera d?afficher un spot publicitaire pendant l?entracte du journal des Jeux de Radio One, sur d?autres radios et sur les chaînes de la MBC.

Visa, qui sponsorise les JO, a voulu rendre hommage aux athlètes ayant pris part aux Jeux olympiques et Paralympiques, aux nouvelles étoiles montantes et aux mentors sportifs. Ceux-ci ont donc porté un toast en l?honneur des JO de Beijing 2008 au Shooters, vendredi dernier.

<B>Les deux questions qu?on se pose tous

■ Combien gagnent les athlètes vainqueurs pendant les JO ?</B>

Les rémunérations varient selon les comités olympiques nationaux. Par exemple, en France pour une médaille d?or, les gains sont de 50 000 euros, 20 000 euros pour une médaille d?argent et 13 000 euros pour une médaille de bronze. Ensuite, l?athlète reçoit des primes des sponsors et toutes les retombées publicitaires liées à l?utilisation de son image.

Du côté de chez nous, il est difficile de savoir combien les Mauriciens gagneront s?ils remportent une épreuve, car c?est le ministère de la Jeunesse et des Sports qui fixe le montant de la récompense. Et cette information est confidentielle. Mais une chose est sûre, l?athlète qui remportera une médaille, peu importe laquelle, touchera un beau pactole, car aucun sportif mauricien n?a ramené de médaille olympique à ce jour.

Combien coûte l?entrée aux JO? </B>

Les tarifs des billets sont très variés. Pour les matchs préliminaires, il faut compter entre 30 et 300 yuans (entre Rs 120 et Rs 1200). Pour les finales, de 60 à1 000 yuans (entre Rs 240 et Rs 4 000). Les billets de la cérémonie d?ouverture vont de 200 à 5 000 yuans (entre Rs 800 et Rs 20 000), et ceux de la cérémonie de clôture oscillent entre 150 et 3 000 yuans (entre Rs 600 et Rs 12 000).

<B>Magalie KINZONZI</B>

<B>Alain Louyot, directeur des rédactions du magazine « L?Expansion »

« Quand on côtoie le danger de près, on réalise combien la vie a un prix »</B>

Grand reporter français, lauréat du prix Albert Londres en 1985... Le directeur des rédactions de L?Expansion nous donne ici une leçon d?humilité, une inspiration pour vivre intensément. Rencontre avec Alain Louyot qui a fait une petite pause soleil chez nous il y a quelques jours.

Il y a des gens qui laissent sur leur passage un sillage particulier. Alain Louyot fait partie de ceux-là. Son nom ne vous dit rien ? Il est en fait le directeur des rédactions d?un grand magazine français, L?Expansion et il était en vacances à Maurice la semaine dernière à l?hôtel Merville. Alain Louyot a un parcours jalonné d?expériences. Il a été pendant 17 ans grand reporter au magazine Le Point, il a ensuite été un des rédacteurs en chef du magazine L?Express (français), il a visité plus d?une centaine de pays, a connu des guerres, écrit des livres, eu des discussions avec Yasser Arafat et il est tous les jours au c?ur des grands enjeux de l?humanité... Mais l?homme n?a pas pour autant la grosse tête. Ce qui le fait avancer : les choses sérieuses de la vie, mais aussi celles qui lui tiennent à c?ur. Car son expérience de la vie l?a rendu quelque peu philosophe.

<B>Vous avez reçu en 1985 le premier prix Albert Londres qui, à l?époque, récompensait les reportages étrangers. Vous êtes maintenant membre permanent du jury de ce prix. Vous avez publié plusieurs bouquins. Quelle est la clef de votre réussite ? </B>

D?abord, la chance. Ne pas avoir de chance dans le métier de journaliste, c?est une faute professionnelle. Un journaliste doit être là au bon moment, trouver la bonne personne. Il lui faut être curieux, se tourner vers l?extérieur. Notre métier nous demande de vivre la vie des autres et après la nôtre. Et on est journaliste 24 heures sur 24, on reste à l?affût même quand on est en vacances.

En fait, ce n?est pas un métier que l?on choisit pour la richesse. Je suis sûr que mon fils aîné gagne plus que moi. L?argent est ailleurs et la richesse est dans les rencontres que l?on fait. Un journaliste m?a dit un jour : « Que ferions nous si nous n?avions pas été journaliste, nous serions obligés de travailler. » A bien voir, le journalisme est un beau métier où l?on est payé pour s?instruire.

<B>Vous avez couvert des grands conflits internationaux. Pourquoi l?actualité internationale vous branche-t-elle autant ? </B>

J?ai toujours été curieux de connaître les raisons qui amènent aux conflits. La guerre a quelque chose d?intéressant, même si elle ne peut jamais être intéressante. C?est que lorsqu?on côtoie le malheur et le danger d?aussi près, on réalise combien la vie a un prix. Et les gens dans cette situation sont plus authentiques, on ne triche pas, les relations humaines sont plus fortes. J?ai couvert plusieurs guerres : la révolution iranienne, l?assassinat de Sadat, je suis allé au Mozambique, au Tchad, j?ai suivi l?arrivée de l?ayatollah, les conflits israélo-palestiniens, je suis allé en Afrique du Sud à l?époque de l?apartheid, j?ai vu la famine en Ethiopie?

Ça change l?homme et sa vision de la vie.

<B>Enfants victimes, enfants bourreaux. Votre dernier livre « Les enfants soldats » traite des ces derniers à la guerre. Est-ce un sujet qui vous tient à c?ur ? </B>

Absolument. C?est terrible l?endoctrinement des enfants soldats. En fait, on a toujours utilisé les enfants dans la guerre.

D?ailleurs les mots « enfant » et « infanterie » ont la même origine latine. Vous connaissez la chanson Trois jeunes tambours s?en revenaient de guerre. Les enfants sonnaient la charge à la guerre, ils étaient à l?avant et étaient les premiers tués. Et dire que nos enfants jouent à la guerre sur leur Playstation alors qu?il y a des gosses qui meurent pour de vrai ailleurs !

<B>On dit que la presse écrite est en crise, que le Web prend le pas sur celle-ci. Cela vous inquiète-t-il ? </B>

Le grand patron d?Orange, un homme au fait de toutes les technologies m?a confié qu?il préfère tenir son journal entre les mains. Je pense que l?écrit et le Web vont vers une complémentarité. Le Web peut être comme un service après-vente du journal. Mais c?est vrai qu?au niveau de la presse écrite, on est dans une période de « wait and see ».

<B>Et que pensez-vous de la presse people ? </B>

On a la presse qu?on mérite. Ce qui est inquiétant ! Les gens deviennent de plus en plus égocentriques. Ils ferment les yeux sur ce qui se passe à l?étranger. A une époque, ce qui se vendait le mieux, c?était l?actualité internationale. Ce qui se vend aujourd?hui, c?est Carla Bruni. Et pourtant, pour l?avenir de la planète, il est plus important de savoir qui est Obama plutôt que les aventures de Carla Bruni.

<I>Le journalisme est un beau métier où l?on est payé pour s?instruire.</I>

<B>Quelles sont vos lectures préférées ? </B>

J?ai une lecture très éclectique. En ce moment, je lis beaucoup sur l?adoption à cause de mon livre. Je vais publier bientôt aux éditions Périn un livre sur l?histoire de l?adoption. Je commence à partir de l?histoire de Romulus et de Rémus, je traite des trafics d?enfants, des adoptions? bref, j?analyse le côté historique et contemporain de l?adoption.

Sinon, je lis les grands romanciers américains comme les écrivains français classiques. J?aime les descriptions dans les livres de Flaubert. J?aime les mots et je trouve qu?il y a une jouissance à trouver le bon mot. Je vais également sortir aux éditions Grasset un livre sur l?histoire de ma famille.

<B>Mais où trouvez-vous le temps de faire tout ça ? </B>

La guerre vous apprend que la vie est courte, qu?il faut la vivre au maximum. Il y a tant de choses à découvrir. Tous ces gens que je n?ai pas rencontrés, tous ces paysages que je n?ai pas admirés.

<B>Et comment se passent justement ces vacances chez nous ? Pourquoi avoir choisi Maurice ? </B>

J?ai eu 60 ans il y a quelques jours. J?ai eu envie d?offrir à mes deux derniers fils un beau voyage qui fait rêver. C?est mon premier voyage à Maurice. Quelque part, les journalistes ne s?intéressent pas aux pays heureux. On dit que les peuples heureux n?ont pas d?histoire. Mais il y a toujours des choses à apprendre. J?ai vu vos débats parlementaires à la télé et j?ai été très impressionné par la vivacité des membres. C?est signe d?une démocratie vivante. J?ai causé avec un chauffeur de taxi et il m?a dit qu?un employé d?usine pouvait toucher Rs 4 000 par mois. C?est incroyable. Ça vous fait réfléchir parce qu?ailleurs on achète un sweat-shirt de chez Dolce Cabana à ce prix. Mais j?ai beaucoup aimé mon séjour chez vous.

<B> Propos recueillis par Corina JULIE</B>

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