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La CMT de Verdun mise en cause
Un constat : une pollution d?eau «très importante» qui constitue une «menace pour l?environnement» dans deux puits connus comme Telfair. La mise en garde est celle du ministère des Services publics. Et celle qui est montrée du doigt est la Compagnie mauricienne de textile (CMT) à Verdun. L?autorité lui a d?ailleurs servi une enforcement notice. Si l?express n?a pu obtenir une déclaration de la CMT, le ministère assure que la direction de l?usine s?est activement engagée à prendre des mesures pour pallier le problème.
L?eau polluée dérive en fait dans le canal Mon Désert Alma et est utilisée pour l?irrigation des champs de la région. Cette pollution a fini par atteindre la nappe souterraine qui approvisionne les puits Telfair. Ceux-ci alimentent le réservoir de Minissy qui fournit, à son tour, Moka, Réduit, Montagne Ory et Sorèze en eau potable. Le ministère des Services publics affirme que cette contamination est sans risque pour les habitants de la région mais concède que la pollution de cette nappe aquifère est «très importante».
Chargée de veiller à la qualité de l?eau afin qu?elle soit conforme aux spécifications de l?Organisation mondiale de la santé, c?est la Central Water Authority (CWA) qui a tiré la sonnette d?alarme quant à la contamination de deux des douze puits qui alimentent le réservoir de Minissy. C?est lors de sa réunion du 22 avril que le conseil d?administration de la CWA a décidé de passer à l?acte.
Une semaine plus tard, son directeur, Harry Boolauck, avait adressé une lettre au secrétaire permanent du ministère, Soopramanien Kandasamy Pather, dans laquelle il fait état de la gravité de la pollution de la nappe souterraine. «La qualité de l?eau s?est graduellement détériorée comme l?ont rapporté plusieurs correspondances soumises au ministère depuis 2006. Au vu des taux croissants de conductivité et de chlorure dans l?eau des sols à Telfair, la CWA réitère auprès du ministère la nécessité d?entreprendre une action urgente sous les provisions de l?Environment Protection Act 2002 pour endiguer les déversements d?effluents de la CMT. La conductivité est dans les 700 µS/cm et le niveau de chlorure est de 200 mg/L alors qu?à travers l?île ce taux est de 300 µS/cm et de 50 mg/L respectivement», fait valoir Harry Boolauck.
Ce dernier souligne par ailleurs que ces niveaux élevés de conductivité et de chlorure «indiquent la présence de polluants» dans l?eau et que la CWA ne sera «en aucun cas responsable» des problèmes sanitaires qu?une telle situation pourrait engendrer. La conductivité indique la perméabilité de l?eau à un courant électrique. Une eau polluée aura un taux de conductivité élevé et, inversement, une eau pure une conductivité nulle.
Confronté à la missive sans équivoque de la CWA, le ministère a adopté ce que son secrétaire permanent décrit comme «une stratégie musclée». C?est ainsi qu?une enforcement notice a été émise contre la CMT le 8 mai dans laquelle le président-directeur général de l?entreprise, François Woo, est sommé de mettre en place des stations de traitement appropriées dans un délai de six mois.
«Il a reconnu qu?il y a un problème»</B>
L?usine est déjà dotée d?une station de traitement. Mais, souligne le secrétaire permanent, celle-ci n?est pas «efficace à 100 %». Une première infraction à l?enforcement notice est passible d?une amende maximale de Rs100 000 et d?une peine de prison n?excédant pas quatre ans. Une deuxième infraction est quant à elle passible d?une amende de Rs 500 000 et d?une peine de prison ne dépassant pas 12 ans.
Le document intime également à la CMT de s?assurer que la qualité des eaux usées est «dans les limites des normes prescrites pour les déversements d?effluents» et de transporter toutes ses eaux usées à la station de pompage de Roche-Bois en attendant la construction de sa propre station de traitement. «François Woo s?est montré très coopératif. Il a reconnu qu?il y a un problème», estime le secrétaire permanent. De plus, le ministère de l?Agro-industrie a entamé des discussions avec la compagnie sucrière de Mon Désert Alma en vue d?augmenter sa fourniture d?eau à l?usine de la CMT. Cela, dans le but de croître sa capacité de diluer ses eaux usées.
Dans sa lettre au ministère, Harry Boolauck rappelle aussi qu?un autre puits devrait bientôt être exploité pour répondre à la demande croissante de la région d?Ebène. Il met en garde contre les effets que cette pollution pourrait avoir sur la qualité de son eau. Et conclut qu?«il n?existe pas de sources alternatives dans le moyen terme».
Un ingénieur en environnement qualifie le taux de conductivité de «très élevé». «Il démontre que l?eau provient d?une teinturerie», affirme-t-il. Il compare le taux de conductivité à une prise de sang dans la mesure où il permet de détecter un problème. Des analyses plus approfondies doivent toutefois être effectuées afin de connaître la nature exacte des polluants et les risques sanitaires et environnementaux qu?ils pourraient représenter. Il affirme que la contamination est quasi irréversible. «Si la pollution cessait immédiatement, il faudrait au moins 30 ans et énormément de flushing avant que la nappe aquifère puisse être dépolluée», déclare-t-il.
Soopramanien Kandasamy Pather est pour sa part catégorique : l?eau est sans danger pour les consommateurs. La Water Resources Unit effectue régulièrement des analyses «rigoureuses» de l?eau venant des puits, affirme-t-il.
Maurice peut se targuer d?avoir une eau souterraine d?une pureté exceptionnelle. De fait, elle est seulement chlorée avant d?être injectée dans le réseau de distribution. La protection des nappes aquifères, qui fournissent 54 % de notre eau potable, est donc vitale si le pays espère maintenir sa sécurité hydrologique à l?avenir.
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