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Rita et Yukime : ma fille, mon combat
Elle vient de l?île Rodrigues, qu?elle a quittée en 1990 en compagnie de sa mère en raison d?une situation financière précaire. Elle a fait de l?enfance en détresse son combat, le combat d?une vie. Leur rencontre en 1997 eut l?effet d?une révélation. Elles découvrirent l?espace d?un regard qu?un lien plus fort que la parenté biologique les unissait : la parenté de l?âme. Depuis, Rita Venkatasawmy, directrice du Centre d?éducation pour les enfants mauriciens (CEDEM), a tout entrepris pour devenir la mère adoptive de Maniella Azie, plus connue sous le nom de Yukime. Ce premier combat fut remporté en décembre 2007. Elle s?engagea ensuite dans un autre combat juridique : obtenir le droit que Yukime porte son nom, Venkatasawmy. Elle souhaitait ainsi accomplir le voeu cher à feu son mari Coll et elle : fonder une famille. Le 11 juillet dernier, Yukime est devenue officiellement Yukime Aashiana Venkatasawmy. Une histoire d?amour qui transcende la vie et la mort et qui jette des ponts entre les différentes races et religions qui composent l?humanité.
Leur vie, qui avait été jusque-là parallèle, se croisent en 1997. Rita est engagée dans le travail social et depuis 1995 est au chevet de l?ex-cité La Pipe, connue aujourd?hui comme la cité Anoushka. Elle se lie d?amitié avec Odile Azie qui y habite.
Quand Coll Venkatasawmy décède en juin 1996, Rita Venkatasawmy sait qu?elle ne connaîtra jamais le bonheur de l?enfantement et que son rêve de fonder une famille passe désormais par l?adoption. En 1997, elle se confie à son amie Odile et lui fait part de son rêve d?adopter un enfant, précisant que la race, la couleur, la religion importaient peu. Elle lui demande son aide pour réaliser ce voeu secret, prête à tout offrir à cet enfant et à respecter les liens qui l?unissent à ses parents biologiques. Trois jours après, Odile Azie lui dit qu?elle a trouvé l?enfant qu?elle cherchait. Elle lui offre sa propre fille Maniella, qu?elle appelle affectueusement Yukime.
Celle-ci est invitée à visiter la maison de sa future mère adoptive et Rita Venkatasawmy reprend contact avec sa mère Odile par la suite. Elle apprend que Yukime était en larmes à son retour à La Pipe et prend peur. Peut-être que la petite n?a pas apprécié ce qui aurait pu être son nouveau foyer. Mais non. C?est tout le contraire. «Yukime pleurait car elle voulait que je lui demande de venir habiter chez moi le jour même», raconte Rita Venkatasawmy. Nous sommes en avril 1997. Yukime emménagera chez Rita quelques jours plus tard. Elle avait alors sept ans.
Un sentiment inexplicable les unit d?emblée. La consanguinité, les liens biologiques, l?appartenance à une race, à une communauté, la parenté, tout ce qui est communément accepté est dépassé. Une alchimie naturelle s?exprime : deux âmes sont en présence l?une de l?autre, célébrant cette phrase chère à Khalil Gibran : «Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l?Appel de la Vie à elle-même, ils ne viennent pas de vous mais à travers vous.» Hymne à la vie transcendant le physique et les corps, ces barques où l?âme prend place pour la traversée de l?existence, invitant le genre humain à ne pas confondre la barque et le voyage.
Dès le début de leur relation, Yukime avait exprimé le désir que Rita l?adopte et devienne sa mère. Elle avait insisté à nouveau à l?âge de 14 ans. Mais Rita Venkatasawmy préférait qu?elle atteigne sa majorité et prenne sa décision en son âme et conscience, libre de toute émotion. Yukime a fêté ses 18 ans en août 2007.
Rita Venkatasawmy entreprend des démarches pour l?adoption de Yukime et le 13 décembre 2007, elle devient légalement sa mère adoptive. Elle-même n?avait jamais connu le bonheur d?enfanter et de devenir mère biologique, si bien qu?en adoptant Yukime, elle a le sentiment «d?enfanter». Elle pouvait dire avec Jalal-od-Din Rumi qu?il faut «avoir les yeux de Majnun pour voir la beauté de Leila» dans ce petit être différent d?elle physiquement, mais vibrant intérieurement avec elle en harmonie. Elle avait, grâce à l?entrée de Yukime dans sa vie, réalisé ce rêve qu?elle partageait avec son mari Coll, parti trop tôt en juin 1996, celui de fonder une famille.
Rita Venkatasawmy avait commencé à entamer parallèlement en septembre 2007 des démarches pour transmettre son nom d?épouse à celle qui allait devenir légalement sa fille trois mois plus tard. Difficile combat car une veuve ne peut, eu égard aux lois existantes, transmettre son nom d?épouse. Elle sollicite l?aide de l?Attorney General Rama Valayden et son histoire émeut ce dernier. Il la soutient dans ce combat juridique avec une kyrielle de démarches administratives. Rita Venkatasawmy est autorisée le 11 juillet dernier à transmettre son nom d?épouse à son enfant adoptif. Une grande victoire pour ces deux êtres que la vie avait réunis il y a onze ans et qui, depuis ce jour, partageaient la même attente.
«Yukime était à La Réunion quand j?ai reçu le courrier officiel m?annonçant que ma demande avait été acceptée. Ce fut une longue attente, une attente qui a duré onze ans. Sur ses cahiers, Yukime écrivait toujours Venkatasawmy. C?était son désir le plus profond de porter ce nom», remarque notre interlocutrice. «Je n?avais aucun désir de me remarier mais j?avais toujours le grand désir d?enfanter. Grâce à ce désir, l?impossible est devenu possible. Nous avons tout transcendé», ajoute-t-elle.
<I>«Quand Coll Venkatasawmy décède en juin 1996, Rita Venkatasawmy sait qu?elle ne connaîtra jamais le bonheur de l?enfantement et que son rêve de fonder une famille passe désormais par l?adoption.»</I>
Yukime éprouve, elle, un bonheur indescriptible. «Je suis très très heureuse. Je ne m?y attendais pas. J?ai eu un choc à mon retour. J?ai longtemps attendu ce moment. C?est mon rêve le plus cher qui se réalise. J?ai tout le temps rêvé de porter le nom Venkatasawmy même si je n?ai pas connu papa Coll. C?est comme si aujourd?hui, j?étais réunie avec mon papa et ma maman», observe-t-elle.
A 18 ans, elle avance sur les traces de sa mère. Elle suit en ce moment une formation d?animatrice à La Réunion, au Centre d?éducation des méthodes pédagogiques actives, conduisant au brevet d?aptitude aux fonctions d?animatrice. Elle a toujours oeuvré aux côtés de sa mère en faveur de l?enfance et du social, fil conducteur des voyages qu?elle a effectués en Zambie, en Afrique du Sud, en Malaisie, au Sénégal, en Angleterre et à La Réunion. La danse et l?art lui permettent de s?exprimer, de passer un message d?espoir aux autres jeunes et ils occupent de ce fait une place importante dans sa vie. Et sa maîtrise du khatak ? elle en avait fait la démonstration lors du concours Jori n° 1 ? rappelle encore une fois l?aptitude de ces êtres hors du commun à transcender le contingent et l?immédiat, dans une quête qui fait de l?homme un cheminant sur les routes de la vie.
<B>Robert D?ARGENT</B>
<B>Neuf mois de démarches administratives</B>
Rita Venkatasawmy a entamé des démarches pour la transmission de son nom à sa fille adoptive Yukime en octobre 2007. Elles se sont avérées un véritable parcours du combattant et il lui a fallu toute la patience du monde pour franchir étape après étape les obstacles la séparant de son voeu le plus cher. Neuf mois passés entre paperasses et bureaux. Neuf mois d?une longue «gestation». Il y a eu d?abord la demande adressée à l?«Attorney General». «La procédure est longue même si elle a été assouplie. L?application pour un changement de nom doit être publiée dans deux quotidiens et dans la «Government Gazette». S?ensuit une enquête de la police après quoi le dossier est envoyé au parquet qui peut le retourner à la police pour complément d?information. J?ai essayé mardi d?aller récupérer le nouvel acte de naissance de Yukime. J?ai dû me rendre dans plusieurs bureaux à l?état civil», souligne-t-elle. Des obstacles et un long combat qui ont toutefois été couronnés de succès. Yukime et elle commencent aujourd?hui une nouvelle page de leur vie.
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