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« Je comprends l?impatience »

3 août 2008, 00:00

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La question est rude, mais doit être posée : faut-il dissoudre l?ICAC pour manque de résultat ?

Ça, c?est de l?hypocrisie. Ceux qui disent que l?ICAC n?a pas de résultats font fausse route.

Ils feraient mieux de se pencher sur la loi et d?essayer de comprendre les rouages du combat contre la corruption. D?accord, nous n?avons obtenu que six condamnations, mais des dizaines d?affaires sont en cours d?instruction. Il faut attendre.

Attendre quoi ?

Une jurisprudence. La loi anti-corruption est nouvelle, on lui en demande trop. Lorsqu?une jurisprudence sera créée, ça ira plus vite en cour.

Votre prédécesseur demandait lui aussi de la patience. Au fond, rien n?a changé?

C?est faux, et je vais être très direct : quand je suis arrivé à l?ICAC en 2006, il n?y avait quasiment plus d?enquêteurs, la plupart étaient partis au terme de leur contrat?

La relève n?impressionne personne, admettez-le?

C?est vous qui le dites. Moi, je sais que nous progressons. Cette semaine, nous avons terminé l?enquête sur l?affaire MCB-NPF, c?est un résultat concret.

Dix mille pages de dossiers vont être transmises au Directeur des poursuites publiques (DPP), normalement ce mois-ci, avec les recommandations de la commission. Pour cette affaire comme pour les autres, je le répète, il faut de la patience. Je suis sûr que la plupart des Mauriciens comprennent ça.

Des dossiers instruits depuis fin 2006 sont toujours en suspens. Les accusés font appel, c?est leur droit. Pour arriver à un jugement définitif, la route est longue, et c?est valable partout dans le monde. Prenez la commission anti-corruption de Hong Kong, dont l?ICAC s?est inspirée : en 2001, seulement 4 % des enquêtes ont abouti à des poursuites. Notre soi-disant manque de résultats est un faux procès.

Vos détracteurs voient les choses différemment. Pour eux, soit l?ICAC est un repaire d?incom-pétents, soit elle est au service du pouvoir politique, soit elle n?a pas les moyens de ses ambitions. Où est la vérité ?

Je vais vous la dire, la vérité. D?ingérence politique, il n?y en a pas. La compétence, nous l?avons. Par contre, c?est vrai que la loi anti-corruption peut être améliorée.

C?est donc la loi qui cloche ?

Comme toutes les lois, celle qui régit l?ICAC a des limites. En matière d?information, par exemple, il y a un problème depuis le début. Naturellement, la loi nous impose la discrétion. Or, celle-ci est mal perçue dans l?opinion publique, elle apparaît suspecte, les gens se disent que la commission traîne la patte. D?un côté, nous sommes soumis à une exigence de confidentialité, de l?autre, il y a un besoin d?explications, c?est tout le paradoxe. Une autre amélioration possible concerne la lutte contre la corruption dans le secteur privé : la loi fait quasiment l?impasse. Si les textes sont modifiés, c?est sûr, ça nous aidera.

Vous évoquiez tout à l?heure le DPP. Est-ce que ses décisions ont pu faire du tort à l?ICAC ?

Non, pourquoi ?

Cela veut donc dire que le DPP suit toutes vos recommandations ?

Oui, dans presque 100 % des cas

« Posez-vous la question de savoir qui a intérêt à décrédibiliser l?ICAC »

En attendant, l?absence de tête coupée ne ronge-t-elle pas la crédibilité de la commission ?

Je comprends l?impatience des gens. Il faut qu?ils sachent qu?en matière de corruption, les preuves sont rares. Dans les cas criminels classiques, vous obtenez des témoignages, mais pas dans les affaires de corruption. Les témoins sont complices, ça rend la tâche très difficile.

Après tout, c?est votre métier?

Notre métier, c?est d?abord de prévenir et de sensibiliser. La partie investigations et poursuites est complémentaire. La loi est claire sur ce point : punir n?est pas notre seule mission.

Tout s?explique alors ! Personne n?avait compris le rôle de l?ICAC?

Absolument.

La méprise du siècle !

Certains ont mal lu les objectifs parce que ça les arrangeait bien. Posez-vous la question de savoir qui a intérêt à décrédibiliser l?ICAC : ceux qui ont quelque chose à se reprocher.

Certaines personnalités pas très propres, dites-vous, s?appliquent à décrédibiliser la commission ?

Définitivement.

Et bien entendu, vous allez donner des noms?

Question suivante.

Ça vous fait mal d?entendre le leader de l?opposition vociférer contre l?ICAC qui « ne fait rien » ?

Non, je me dis juste qu?il est mal informé.

Et que lui répondez-vous ?

Que nous sommes des professionnels. Que nous travaillons dans le cadre de la loi. Et que nous faisons le maximum avec nos moyens.

Mais pouvez-vous entendre que les efforts de l?ICAC, même sincères et déterminés, ne donnent pas les résultats escomptés ?

L?efficacité dépend de l?expérience. J?insiste : notre loi anti-corruption est nouvelle, donnez-lui du temps. En attendant, l?ICAC n?a pas à rougir, nous avons aujourd?hui un niveau d?efficacité appréciable. Le problème, c?est que cette interview, par exemple, me prend une heure. Je perds du temps et?

On arrête ?

Ce que je veux dire, c?est que ce travail aurait pu être fait par quelqu?un d?autre. C?est d?ailleurs ce qui va se passer : nous recrutons un Communication Officer.

Qu?avez-vous appris à l?ICAC que vous ignoriez avant ?

L?hypocrisie des uns, le degré d?incompréhension des autres. En écoutant certaines critiques, je me dis que les gens n?ont pas la moindre idée de ce qu?est le combat contre la corruption et le blanchiment d?argent.

J?imagine que vos nuits étaient beaucoup plus douces lorsque vous étiez « Senior Magistra-te ». Vous regrettez ?

Non, j?ai fait un choix et je l?assume. Et sachez qu?à l?époque, je n?ai consulté personne, pas même ma femme. D?ailleurs je me suis fait gronder, mais bon? c?était OK.

Les coups vous ont-ils endurci ?

Il n?y en a pas eu tant que ça.

Permettez-moi de vérifier. Votre dernier coup de poing ?

Pendant un entraînement de karaté, il y a longtemps. Dans le mur, ça m?arrive de temps en temps.

Dernier coup de folie ?

Jamais.

Dernier coup de foudre ?

1991, ma femme.

Dernier coup médiatique ?

Tous les jours.

Dernier coup de blues ?

Il y a trois ans, mais c?est trop personnel.

Dernier coup de maître ?

J?ai découvert une loi anti-corruption très intéressante, j?aimerais l?introduire à Maurice.

Dernier coup de bluff ?

Avec ma femme.

BIO EXPRESS

● Né le 11 janvier 1964, à Rose-Belle.

● Marié, père de deux enfants.

● Profession : juriste (ex-Senior Magistrate).

● Formé à Londres.

● Signe particulier : Cet accro du boulot dit s?être accordé un jour de repos? au cours des vingt derniers mois.

SES 5 DATES

■ 1835. Abolition de l?esclavage.

■ 1968. Indépendance de Maurice.

■ 1995. Début de sa carrière d?avocat.

■ 2003. Décès de son père :

« Je comprends l?importance de la vie. »

■ 2006. Nommé directeur de l?ICAC.

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