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Maîtriser la mer

2 août 2008, 00:00

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«Maintenant on va voir qui sera amiral ?». Mêlant jeu et sérieux, l?instructeur motive ses troupes. Ils sont cinquante. Sous l??il du sergent Imran Ramjaun. Dehors, la houle vient et s?en va. Au gré de ce rythme immuable, des adolescents meublent leurs vacances. Venus des quatre coins de l?île, ces participants au Mérite national de la jeunesse passent une semaine au Marine Training Establishment du National Coast Guard à Le Chaland, non loin de l?aéroport ?

Le voyage est lui-même une invitation au dépaysement. Réveil aux horaires, bus à attraper à l?heure, ces jeunes ne s?ennuient pas. C?est volontiers qu?ils consentent le «petit» effort de quitter leur couche chaude, pour se retrouver en toute camaraderie dans ce camp de vacances non résidentiel.

Et qu?ont-ils appris durant les cinq jours qui viennent de passer ? Comment lire une carte, y placer un point et trouver un passage entre Maurice et La Réunion.

Penchés sur la carte, Kharsan Goolaub, Oumesh Rajiah, Yograj Joorawon et Avish Kodai, quatre des cinquante jeunes qui assistent à la séance de formation. Devinez quel nom ces jeunes de Quartier-Militaire ont donné à leur groupe ? Figurez-vous qu?ils se sont baptisés Children of war. Quand on leur demande pourquoi, Yograj répond spontanément : «Parski nou abitie fight pou enn bann zafer.» Quand nous cherchons à en savoir plus, il se contente d?expliquer : «Nou mem pli debriyar».

Il en a oublié son quotidien. Ces jours de vacances qu?il aurait passés à la maison, devant la télé ou aux leçons particulières. Yograj lui aurait fait des petits jobs de plombier «kot gagne».

«why is a ship called she?»

Les explications du sergent Imran Ramjaun pleuvent. Elles sont presque systématiquement ponctuées de remarques d?adolescents enthousiastes. Quand il dit : «Attrapez votre compas» et montre ce qu?il faut faire, dans la classe on entend fuser, «Trap li kouma dir baget sinoi.»

Le sergent, s?adaptant aux apprentis navigateurs, leur transmet des connaissances de base dans un mélange d?anglais, de français et de créole. Assortis de «konpran ?», et de «follow».

Les jeunes eux rationalisent. Quand on leur demande à quoi cela va leur servir, lucides, ils répondent : «Kitfoi si enn zour mo ena pou pran bato pou kit Moris, pa kone?» Quand le niveau du bruit de la classe monte, comme la houle, il élève la voix, lance un «listen» retentissant. «Mo redir, parallel rulers servi pou bouz latitid.» Cet instrument sert à s?assurer qu?on a tracé une ligne droite.

Dans un cahier d?écolier, les Children of war ont recopié d?une écriture laborieuse, Why is a ship called she ?» S?ensuit une série de raisons, les unes amusantes, les autres tendancieuces.

Parmi ces raisons, parce qu?il y a toujours beaucoup d?agitation autour d?elle. Qu?il y a d?habitude beaucoup d?hommes autour d?elle, qu?il faut un homme d?expérience pour s?en occuper. Distraits un moment, l?instructeur les rappelle à l?ordre. «listen, pou pa ambrouye».

Prochain exercice : apprendre à compter les longitudes. Alors comment atterrir par 57 °30 et 20 °10 minutes ? il prendra le soin de préciser : «Mo pa anvi okenn kompetisyon. Mais j?aimerais voir votre enthousiasme.»

«Vous avez besoin d?autres explications ?» et le voilà qui récapitule depuis le début, en bon pédagogue. Avant de faire le tour des groupes qu?il a à sa charge. «Happy ?» simple question de rhétorique. «Mo ousi mo happy.» Un grand sourire. Il lance : «Tout le monde est un navigateur maintenant.»

MERITE NATIONAL DE LA JEUNESSE

Pas d?examen ni de compétition. Et rien à payer. Seulement du fun, tout en acquérant de nouvelles connaissances. C?est l?objectif du Mérite national de la jeunesse, anciennement le «Duke of Edinburgh?s Award». Initié en 1956, ce programme qui cible les 14 - 25 ans, compte trois catégories : le bronze où il faut avoir au minimum 14 ans, l?argent (minimum 15 ans) et l?or (minimum 16 ans). Chaque catégorie vise quatre niveaux de compétence. Les aptitudes, le service, les activités physiques et les expéditions. Ce programme propose également des sessions résidentielles de cinq jours consécutifs. Ce programme flexible nécessite six mois pour le bronze, douze mois pour l?argent et 18 mois pour l?or.

Le programme de formation au «Marine Training Establishment» de Le Chaland a ciblé 50 enfants venant de toute l?île. «Nous les formons pour qu?ils aient plus d?autonomie, pour qu?ils deviennent plus responsables et plus disciplinés,» explique Finraz Moothia, «Youth Officer» au ministère de la Jeunesse et des Sports. Ils apprennent des techniques d?urgence de sauvetage en mer, ce qu?il faut faire en cas de piqûre d?oursin ou comment lire une carte marine.

Question fondamentale : faut-il savoir nager pour participer à ce programme ? Finraz Moothia, pragmatique explique : «On ne peut pas empêcher les enfants de participer et on ne veut pas les pénaliser, mais ceux qui ne savent pas nager vont rester en arrière à regarder.»

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