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Entre ombres et lumières de la politique française
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Entre ombres et lumières de la politique française
Marie-Laure Harel est d?une fraîcheur et d?une spontanéité désarmantes. Face à notre main tendue, elle préfère la chaleur d?une bise. Assise sous la véranda du bungalow de sa tante à Tamarin, elle raconte sans détours, son vécu professionnel et personnel sans jamais chercher à être politiquement correcte. Ce qui nous change de l?habituelle et assommante langue de bois.
Bien que née à Paris de parents mauriciens ? son père Yves est directeur de communication chez Caterpillar et sa mère Caroline, employée d?une société audiovisuelle ? elle considère que Maurice où elle séjourne chaque année depuis l?enfance, est SON pays. «La France est mon pays d?accueil. Cent pour cent de mon sang est mauricien. Ma famille et mes racines sont ici. Je suis ravie d?être en France mais mon berceau est Maurice.»
Ses parents s?installent en France juste après l?indépendance. Pour apprendre l?anglais, à 12 ans et demi, elle ira en pension en Grande-Bretagne pour un an. Cette méthode rigoureuse porte ses fruits car elle rentre parlant couramment la langue de Shakespeare et plus mature.
Elle fait sa scolarité au collège Stanislas, école de garçons qui devient mixte l?année où elle y est admise. Elles ne sont que trois filles en classe. Elle est la première de la classe mais elle fait tout pour ne pas traîner l?habituelle réputation de coincée. «J?étais très timide. Être première de la classe était mal vu. Je devais compenser en montrant aux garçons que je ne l?étais pas, que je pouvais être aussi forte qu?eux et faire des bêtises comme eux.»
Ce comportement la transformera de timide en extravertie. «Je suis trop sortie de ma bulle. Je suis excitée comme une puce. On m?appelle d?ailleurs la pile Wonder. Cela me pose problème parfois car les gens ont des attentes. Quand on m?invite à des dîners de boulot, je sens que c?est pour que je détende l?atmosphère et fasse rigoler.»
Elle opte pour un baccalauréat économique et l?obtient avec mention. Et choisit le droit qu?elle estime un domaine d?avenir. Elle fait sa maîtrise de droit européen à Paris II ? Assas et un Diplôme d?études supérieures spécialisées (DESS) en droit public.
Politiquement, elle est de droite et ne s?en cache pas. C?est de famille car feu son grand-père, le Dr François Darné, qui était ambassadeur de Maurice en Grande-Bretagne, était de droite et un grand admirateur du général de Gaulle. Sur le campus, Marie-Laure «milite un peu », distribue des tracts de l?Union pour un mouvement populaire, participe aux rassemblements politiques. Tout en réussissant, la jeune fille réalise qu?elle n?a pas la fibre juridique. Elle croit au destin, est persuadée qu?elle est née sous une bonne étoile et que les choses se mettront en place le temps venu.
Son DESS obtenu, elle prend une année sabbatique et va en Inde qu?elle connaît bien. Elle a gardé contact avec Judith Sarkozy, fille du politicien Nicolas Sarkozy, qu?elle fréquente depuis l?adolescence. Ce faisant, elle côtoie les membres de sa famille. Nicolas Sarkozy répond avec plaisir à ses questions car « il est très pédagogue».
«Je n?ai pas choisi la voie la plus simple. Il y a du stress, de la solitude et des déceptions. Je suis passionnée par quelque chose qui me rend un peu malheureuse. Mais si je ne le faisais pas, j?aurais été encore plus malheureuse.»
En août 2006, elle passe des vacances avec les Sarkozy en Grèce. Alors qu?ils discutent de l?avenir des uns et des autres, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l?Intérieur, et Cécilia, son épouse, sont surpris de sa décision d?aller en Inde. Pour l?en dissuader, ils lui proposent de travailler quelques mois au ministère. Elle tente l?expérience. Au départ, elle est l?assistante de Cécilia Sarkozy, prend ses rendez-vous, prépare ses interviews.
Lorsque sa période d?essai officieuse prend fin, Nicolas Sarkozy la convoque et l?informe qu?il va se présenter aux présidentielles. «Il m?a demandé de grimper dans sa valise.» Marie-Laure accepte, d?autant plus qu?elle a «une fascination pour lui. Dans le privé, il ne m?impressionne pas, ne m?intimide pas. Ce qui m?impressionne, c?est son intelligence, son charisme, son esprit. Pour moi, c?est le sage. Je bois ses paroles».
Durant les cinq mois de campagne où le travail est dense, elle est affectée au quartier général du candidat Sarkozy avec une quarantaine de personnes. Tout le monde met la main «dans le cambouis ». Elle a l?ingénieuse idée de gérer son image sur le Net. Sur la Nicolas Sarkozy TV qui comprend plusieurs chaînes, Marie-Laure fait passer les images de lui qu?elle a filmées en coulisses avec une petite caméra. Elle relaye aussi sur la toile ses réponses aux préoccupations des jeunes qu?elle a interviewés. Elle est de tous ses déplacements outre-mer, avec des ministres.
Une semaine après son élection à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy lui propose de le suivre au Palais de l?Elysée. «Il voulait savoir ce que je voulais faire. Ma seule demande a été qu?il me mette avec une personne gentille, qui a de la valeur à ses yeux, car il y a dans son entourage des gens compétents mais mal intentionnés.» Il la rattache à son chef de cabinet, Cédric Goubet, qui organise son agenda personnel. Marie-Laure découvre alors ses choix logistiques et politiques et apprend à travailler dans l?urgence.
Au bout d?un an, la jeune femme estime qu?elle a fait le tour de l?agenda personnel du président et elle veut travailler sur des questions de fond. Elle le fait savoir à qui de droit et ses souhaits sont exaucés. Depuis un an, elle a été nommée chargée de mission pour l?industrie, le transport, l?énergie, les nouvelles technologies et l?aménagement du territoire et travaille avec le conseiller Mathieu Louvot qui est non seulement polytechnicien mais aussi énarque. Elle écrit les discours du président sur ces dossiers précis, prépare ses notes et répond à son courrier sur ces sujets. Elle reçoit les industriels et essaie de voir comment les aider dans leurs opérations.
Marie-Laure a des journées de 17 heures et quitte rarement l?Elysée avant 2 h du matin. Face à autant d?investissement personnel, elle est agacée lorsqu?on dit d?elle qu?elle a été pistonnée. «Je bosse comme une dingue et deux fois plus depuis que Cécilia Sarkozy n?est plus là. Cela m?ennuie qu?on dise que je n?aurais pas dû être là alors que je crois que je mérite vraiment d?être là.».
Elle doit donc regarder où elle met les pieds. «C?est un milieu de carnassiers où l?on oublie de me convoquer à une réunion, où l?on me donne une fausse adresse, où on m?appelle pour me demander si j?ai été virée alors que je paie cher de ma personne. Je crois qu?en politique, il n?y a pas beaucoup de place pour les femmes, pour les gens qui ne sont pas surdiplômés. Il est vrai qu?on m?a mis le pied à l?étrier mais je me suis aussi accrochée très fort au cheval. Je veux montrer que même sans avoir fait l?ENA, je peux y arriver. Je veux ouvrir une brèche pour d?autres jeunes femmes.»
À côté de son rôle dans les coulisses du pouvoir, elle a adjoint un autre plus exposé car elle a été candidate aux municipales et élue conseillère à Paris. «Je suis la plus jeune des élus. C?est comme être au Parlement. Deux jours par mois, je prends la parole et je défends mes idées. C?est excitant. Je siège sur une multitude de commissions et cela fait 20 réunions par mois. Au conseil général, je me bats pour le quotidien des gens, alors qu?à l?Elysée, je me bats pour le bien d?un pays. Ce qui est plus abstrait.»
Le président Sarkozy lui a demandé d?être le porte-parole des jeunes de l?UMP à partir de septembre prochain. Marie-Laure a accepté. Ce qui lui fera une troisième responsabilité. Elle sait que la partie n?est pas gagnée d?avance. Cela lui laissera encore moins de temps pour sa famille et ses vrais amis. «Cécilia Sarkozy m?a dit un jour que quand on réussit, les vrais amis se retirent par peur de déranger et les faux amis accaparent la place. C?est vrai. Je n?ai pas choisi la voie la plus simple. Il y a du stress, de la solitude et beaucoup de déceptions. Je suis passionnée par une chose qui me rend un peu malheureuse. Mais si je ne le faisais pas, j?aurais été bien plus malheureuse.»
Marie-Laure suit la politique mauricienne depuis Paris. Elle pense le plus grand bien du Premier ministre, Navin Ramgoolam, qu?elle a rencontré vendredi dernier. «J?ai beaucoup d?affinités avec lui. Nos familles sont liées depuis longtemps car mon grand-père était copain à son père. Il m?apparaît comme un homme ouvert, qui a du c?ur et qui veut faire progresser son pays en voyant aussi ce qui se fait ailleurs. On essaie de faire des projets ensemble.»
Etant tous deux très sensibles aux questions de santé publique, ils ont abordé la possibilité que des médecins français à la retraite viennent pour soigner bénévolement des Mauriciens qui n?ont pas de moyens. Marie-Laure qui repart le 11 août, se voit venir vivre à Maurice. «Eventuellement oui. J?ai fait le choix d?une vie usante à Paris et dès que je débarque à Maurice, je sens que mon oxygène est ici. Je relâche alors tout? »
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