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Télé débat
Coup sur coup, deux mardis d?affilée, le Parlement a livré des séquences de railleries et de provocations dignes des cours de récré. Ceux qui fréquentent assidûment l?Assemblée nationale ne s?en offusqueront pas outre mesure. Mais à un moment où on évoque l?éventualité d?une retransmission à la télévision publique des débats parlementaires, il serait approprié aux élus de se demander s?il ne faut pas qu?ils revoient certains comportements.
Le Parlement mauricien a ceci de particulier qu?il accommode des individus ayant différentes ambitions et compétences. Certains de ces élus, pour ne pas dire une majorité, profitent de ces mardis pour s?abandonner à une torpeur ronronnante. Rarement prennent-ils la parole. Lorsqu?ils le font, c?est devant des travées quasiment vides. Ils sont au Parlement mais, leur fonction, paraît-il, c?est d?occuper le terrain. A l?Assemblée nationale, on ne leur demanderais que de faire de la figuration. Au moins, ils sont bons à quelque chose !
D?autres parlementaires se regroupent dans la catégorie des chahuteurs. Ils se reconnaîtront facilement. Ils peuvent être ministres ou députés, de la majorité ou de l?opposition, ce sont des adolescents qui rient de tout et de rien. Prenant leur rôle au sérieux, ils peuvent aussi donner dans la véhémence lorsqu?il leur semble que leurs collègues sont pris à partie. Ils conjuguent deux caractéristiques essentielles, la fainéantise et la vantardise, de ceux qui font beaucoup de bruit pour rien. Il suffit cependant d?un regard désapprobateur du speaker pour qu?ils rentrent dans leur coquille. Les hâbleurs ont aussi un côté lâcheur.
Il y a un autre groupe tout aussi bruyant mais qui a des positionnements partisans clairement délimités. Les individus de ce groupe font, semble-t-il, dans l?idéologique. Ils sont les plus hargneux, les plus vindicatifs, les plus fanatiques. Ils se reconnaîtront également avec facilité. Sous-fifres, les voix du maître, ils peuvent aussi se révéler plus royalistes que le roi. Ils constituent généralement la garde rapprochée des leaders. Ils sont prêts à tous les sacrifices et se jettent au feu même lorsqu?il ne leur est rien demandé. C?est le propre de ces kamikazes.
Il demeure un dernier faisceau. Il est composé de ceux qui tentent de faire leur travail et de quelques-uns qui font semblant de travailler. Il faudrait des situations excessives pour qu?ils perdent leur calme mais ils ne se privent pas de le faire savoir lorsqu?ils sont réellement exaspérés. Ces parlementaires se font remarquer parce que généralement, ils préparent les thèmes à l?ordre du jour. Ils ne sont évidemment pas nombreux. C?est leur caractéristique principale.
L?échantillonnage est presque exhaustif. C?est, en somme, les principaux groupes qui animent la vie parlementaire. On les reconnaît à leurs gesticulations et leurs postures.
C?est cette troupe parlementaire qui pourrait se retrouver dans nos salons, à travers la télévision, dans l?éventualité d?une retransmission des débats parlementaires. Du premier groupe, on ne peut attendre qu?un navet. Du deuxième, il faudrait envisager une adaptation ratée d?un téléfilm série B. Du troisième, au mieux, ce sera un western spaghetti. Le dernier fait à la fois dans le psychodrame et la tragédie romantique.
Il n?y a évidemment pas que du mauvais dans le fait que les travaux parlementaires soient retransmis à la télé. Dans les faits, on y trouverait davantage d?arguments pour que d?arguments contre. Cela pourrait inciter les parlementaires à rehausser le niveau des débats. Contribuant ainsi à préserver le décorum de l?institution. Ce serait aussi l?occasion pour les citoyens de prendre conscience des compétences et du profil des uns et des autres qu?ils envoient pour les représenter. In fine, une éventuelle retransmission contribuerait à rendre plus vivante la vie démocratique.
Il demeure toutefois des appréhensions. Elles sont légitimes. Un tel projet pourrait, en effet, contribuer à décrédibiliser davantage la classe politique. Alors qu?on pensait lui rendre service, on lui offrirait en fait une plate-forme où elle se démonétiserait un peu plus.
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