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Les Bhageerutty entrent en scène
Paul Bérenger n?a jamais autant pris à contre-pied les Mauriciens qu?en jetant son dévolu sur Me Harichand Bhageerutty pour être son président de République (ou, à défaut de majorité constitutionnelle, son gouverneur général), en cas de victoire électorale, le 21 août 1983, bien sûr. Les Mauriciens connaissent pourtant fort bien ce patronyme. Ne serait-ce que par gratitude pour le regretté médecin de famille et député travailliste de Vacoas-Floréal, de 1953 à 1967, Roopnarain Bhageerutty, décédé au début de 1983 (voir l?express du 8 février 2008). Pour l?instant notre presse indépendante se contente de présenter à ses lecteurs M et Mme Harichand Bhageeruttty.
Monsieur voit le jour le 21 mars 1925, à la rue Charles-Régnaud, Curepipe-Road. Il appartient à une famille de commerçants honorablement connue, entre autres, à Curepipe et aux Vacoas. Ce patronyme y est mieux qu?une référence. Il est un sésame, un talisman. Enfant et adolescent, il fréquente l?école de l?Arya Samaj, puis les collèges Saint-Joseph et Royal de Curepipe. Il s?en va étudier le droit en Grande-Bretagne, en 1949. Ses études achevées, il travaille comme stagiaire dans plusieurs cabinets d?avocats à Londres. De retour à Maurice, il exerce au barreau.
En janvier 1965, il devient magistrat, un honneur qui n?est pas accordé à n?importe qui car Sa Seigneurie le chef juge Rampersad Neerunjun veille attentivement au grain. Son Honneur, Me Harichand Bhageerutty, prend sa retraite, en 1982, après avoir fait partie des Cours intermédiaire et industrielle. Il préside même l?association des magistrats quand ceux-ci doivent se mettre en grève pour protester contre les conditions de travail et les traitements indignes de leurs délicates fonctions que leur impose un ministère des Finances, refusant systématiquement d?augmenter leurs émoluments (voir l?express du 22 novembre 2006). En acceptant de devenir le candidat mauve à la succession de sir Dayendranath Burrenchobay, notre quatrième gouverneur général, Me Harichand Bhageerutty doit se démettre de ses fonctions de président de la Commission des relations industrielles et de membre de l?Electoral Supervisory Commission, comme de l?Electoral Boundaries Commission.
Madame Harichand Bhageerutty se prénomme Kokila. Elle naît le 11 septembre 1943, à la rue Farquhar (une rue parallèle à la rue Charles-Régnaud), Curepipe-Road. Son père, M. Ram, est un fonctionnaire. Elle étudie au collège Queen-Elizabeth, à Rose-Hill. Elle ambitionne, à la mi-juillet 1983, de reprendre ses études supérieures afin de pouvoir embrasser la profession d?avoué. Elle donne trois filles à son époux : Nirisha, née en 1966, Shérila (1969) et Alvyna (1970).
Me Harichand Bhageerutty s?engage, dans la politique active, avec deux objectifs prioritaires en vue : l?intérêt du pays et l?unité des Mauriciens. Il entend ?uvrer pour maintenir les acquis du pays et faire en sorte pour que chaque membre de chaque composante de la population mauricienne, ait une confiance totale dans l?avenir de son pays natal.
Il ne nie aucunement ses attaches familiales travaillistes. Son père et ses oncles sont des membres fondateurs de l?Arya Samaj. Son frère aîné est l?inoubliable docteur en médecine Roopnarain Bhageerutty, la providence de tant de familles nécessiteuses de Vacoas et de Curepipe. Député travailliste de Vacoas-Floréal, de 1953 à 1967, il pouvait aisément prétendre à une réélection certaine, le 7 août 1967. Il choisit pourtant volontairement de laisser la place à de jeunes loups du Parti travailliste, Me Kailash Purryag en l?occurrence, donnant ainsi la preuve d?une abnégation exemplaire.
Son analyse de la situation politique, en 1983, incite Harichand Bhageerutty à penser que le Mouvement militant mauricien est le parti politique correspondant le mieux à ses convictions et à ses aspirations socialistes. Le programme gouvernemental des Mauves l?enthousiasme davantage que l?assemblage hétéroclite de l?alliance Bleu-Blanc-Rouge (PMSD-MSM-PTr), avec des tiraillements autant à droite qu?à gauche, sans compter une stratégie sectaire, pour ne pas dire raciste et haineuse, à peine dissimulée. Ces partis lui donnent moins l?impression de vouloir militer autant que le MMM pour l?avènement d?une île Maurice plus humaine et plus fraternelle. Ce parti, en revanche, promeut mieux que les autres notre unité nationale. Il considère Paul Bérenger comme un authentique gentilhomme.
Mme Kokila Bhageerutty est heureuse que son époux ait été désigné candidat du MMM à la présidence de la République. Elle pense qu?on doit faire de la politique active sans dénigrer ses adversaires ni s?abaisser à de viles attaques. La politique partisane ne doit pas mettre un terme aux bonnes relations sociales existantes entre Mauriciens. Le vote du 11 juin 1982 n?a pas été communal, celui du 20 août 1983 le sera également, espère-t-elle.
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