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Trouver le trait d?union entre la prison et la société

29 juillet 2008, 00:00

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«Les chiffres communiqués confirment ce qu?on savait déjà. Ils confirment aussi les carences au niveau des moyens de prévention et du suivi médical», lance d?emblée Samuel Siegfrid, travailleur social à l?association Kinouété. Cible vulnérable, la population carcérale est, en effet, composée d?une majorité de détenus qui ont un passif de toxicomanes. Ce qui implique qu?un certain nombre de détenus, par voie injectable, risque de transmettre la maladie à la prison. «Nous ne connaissons pas les faits exactement mais il demeure que la drogue et la relation sexuelle sont deux réalités de nos prisons, comme celles à travers le monde. Est-ce qu?on est préparé à faire face à cette situation? Lorsqu?on communique les chiffres, on ne fait que reconnaître qu?il y a un problème. Il reste à savoir ce qui est fait pour gérer la situation. Une situation qui empire avec le problème de drogues et du partage des seringues qui provoque autant le VIH-Sida que l?hépatite C», laisse entendre Samuel Siegfrid.

Le fait que la majorité des toxicomanes font le test de dépistage a permis d?éclaircir quelque peu la situation. Mais il faut également préciser que ce test n?est pas obligatoire. Pire, les personnes infectées du virus du sida évoluent en circuit fermé au sein des prisons mauriciennes, explique Lyndsay Aza, président du Groupe Elan. Le suivi et les traitements font défaut. Notre interlocuteur est presque tenté de parler de poudrière. La situation ne peut qu?empirer si aucune mesure concrète n?est prise. La toxicomanie et les pratiques sexuelles non-protégées en milieu carcéral favorisent effectivement la propagation du virus.

Il est donc urgent, d?après les professionnels de la lutte contre le sida, d?intervenir de manière structurée au sein même des prisons. «En même temps, il est vrai que nombre de cas n?auraient pas été détectés car les personnes ne font pas le test lorsqu?ils sont en liberté. En prison, c?est un milieu clos qui leur donne le courage de faire le test», assure Lyndsay Aza.

Nos interlocuteurs concèdent qu?à l?intérieur des prisons, des efforts ont été réalisés pour gérer la situation. Des programmes d?informations ont été introduits et la présence de Pils a contribué à assainir le problème. Des suivis médicaux et psychologiques sont ainsi effectués par des professionnels. Des travailleurs sociaux rencontrent régulièrement les prisonniers séropositifs, animent des sessions d?écoute active et des causeries. «Cependant, je ne crois pas qu?on fait ce qu?il faut au niveau de la nourriture», souligne Lyndsay Aza.

Une fois libéré, le prisonnier séropositif est, une nouvelle fois, livré à lui-même. Certains poursuivent les traitements et les thérapies. D?autres abandonnent bien vite les bonnes pratiques en cours à la prison. «L?un des moyens pour les identifier, c?est le fait que certains rapportent les vieilles seringues pour les échanger contre des nouvelles», explique, à cet effet, Samuel Siegfrid. Les travailleurs sociaux doivent ainsi faire preuve d?imagination pour poursuivre leur travail. Le hiatus entre le monde carcéral et la vie en société est toutefois énorme.

Les ONG essaient, tant bien que mal, de ramener les ex-détenus vers des traitements appropriés mais tout le succès de l?entreprise repose sur la seule bonne volonté de ces anciens prisonniers. Pour les convaincre de continuer le travail entamé, Kinouété, par exemple, délègue même ses membres pour accueillir le détenu à sa sortie de prison lorsque celui-ci n?a personne qui l?attend. «Il y a la responsabilité de la personne infectée à suivre le traitement mais il faut aussi que l?Etat comprenne la situation extrêmement pénible dans laquelle une personne peut se retrouver lorsqu?elle est confrontée à autant de problèmes. Ce n?est pas évident d?amener les autorités à comprendre cette réalité», dit Samuel Siegfrid.

Traiter les séropositifs qui retrouvent la liberté ne peut relever d?une action ponctuelle, limitée à leur seule séropositivité. «Il faut tenir en compte que la personne a besoin de retrouver ses repères familiaux si elle a une famille. Il lui faut un travail. Il lui faut gérer le regard de la société. Ce sont autant de facteurs qui font que, parfois, sa maladie n?est plus une préoccupation.» Samuel Siegfrid plaide pour une structure d?accompagnement et de traitement consacrée à ce problème. «Il ne faut pas, non plus, oublier les enfants de ces détenus. Comme il faut insister sur le fait qu?un séropositif, c?est une personne normale qui souffre d?une maladie. On a trop tendance à l?oublier surtout au sein de l?administration.»

Le suivi post-carcéral fait définitivement défaut. Le centre Bouloux à Cassis propose, de manière générale, des traitements aux ex-détenus, que ce soit ceux atteints de HIV-Sida que d?autres maux comme les maladies sexuellement transmissibles. Toutefois, on n?y trouve pas beaucoup d?ex-prisonniers. «Il y a cette difficulté première à nouer des relations avec un médecin ou à rechercher les aides sociales. Il ne fera pas cet effort d?autant plus qu?il a d?autres préoccupations basiques comme trouver un toit où dormir lorsqu?il n?en a pas», témoigne Lyndsay Aza.

Nos interlocuteurs plaident en faveur d?un programme qui soit l?extension de ce qui se fait à l?intérieur des prisons. Il faut aussi préparer les familles et prendre en compte tous ces éléments externes qui influent sur la vie d?un ex-détenu. «C?est l?absence de structures de soutien qui fait que bien souvent, des anciens prisonniers ne poursuivent pas le bon travail enclenché à la prison. Ils abandonnent tout et basculent dans un autre extrême», prévient Lyndsay Aza.

Ce sont autant de réalités qui nous dépassent. Ce sont autant de faits qui laissent indifférents dès lors qu?on se croit protégés. Ce sont autant de raisons pour agir?

<B>Onusida, partenaire privilégié</B>

Onusida, de l?Organisation des Nations- unies, est un partenaire attitré de nombreux Etats dans la lutte contre le VIH-Sida. Les autorités mauriciennes comptent sur cet organisme pour mener efficacement leur action. Or, Onusida aide surtout les pays pauvres et où le taux de prévalence est élevé. Depuis mars, Maurice a accès au «Global Fund» de cette organisation. Pour les responsables de l?Onusida, les fonds mis à la disposition des Etats doivent bénéficier du soutien des agences gouvernementales.

<B>Des faits à retenir</B>

Le premier cas de sida connu à Maurice remonte à 1978. Depuis, et selon les chiffres disponibles à mars dernier, 3 281 Mauriciens sont séropositifs. 224 personnes étaient à cette date décédées de la maladie. A ce jour, une quinzaine de collégiens sont séropositifs mais dans ces cas-là, c?est la loi du silence quirègne. Pour de nombreux observateurs, le taux de collégiens infectés serait bien plus élevé que le chiffre cité.

<B>Sensibilisation plus agressive</B>

En mai, l?association Pils a lancé une nouvelle stratégie de sensibilisation. Il s?agit de «Sidaware» qui repose sur le concept de proximité. En partenariat avec des groupes privés et l?«Aids Unit» du gouvernement, les campagnes de dépistage se délocalisent. Dans le cadre de son projet, Pils forme des animateurs qui sont appelés à faire du porte-à-porte pour relayer les informations jusqu?à la population. Des groupes de jeunes participent à des sessions de formation à cet effet. L?objectif est de créer des réseaux de «Sidaware» à travers l?île. Les animateurs sillonneront l?île en mettant l?accent sur une approche de proximité.

QUESTIONS À?

<B>Nicolas Ritter du Groupe Pils

● Que vous inspire le fait que près d?un quart de la population carcérale soit séropositif ? </B>

Cela démontre surtout qu?au c?ur du problème, on retrouve le fait que le mode principal de transmission se trouve être par voie intraveineuse. Ce sont donc des personnes qui sont, en majorité, liées à la drogue.

● <B>Comment agissez-vous au sein de votre association pour gérer ce phénomène de détenus-séropositifs ? </B>

On organise des exercices d?information auprès du personnel des prisons. Pour les détenus, on a une psychologue qui leur rend visite une fois par semaine. D?autres travailleurs sociaux accompagnent les femmes et les prisonniers en général.

● <B>Etes-vous satisfait de l?engagement de l?Etat auprès des détenus séropositifs ? </B>

Il y a un travail qui se fait pour la mise sur pied d?une Aids Unit au sein de la prison. Ce serait bien d?avoir un médecin qui soit à temps plein à la prison. Définitivement, il faudrait un suivi plus renforcé. C?est qui est positif, c?est que désormais un individu peut continuer son programme de méthadone lorsqu?il arrive en prison.

● <B> Qu?en est-il du suivi des séropositifs qui retrouvent la liberté ? </B>

Il faut savoir que la moitié des cas connus mensuellement, soit sur un nombre de 40 à 50, c?est quelque 47 % qui apprennent leur séropositivité à la prison. Pour la plupart, ils passent un test de dépistage même si ce n?est pas obligatoire. Quant au suivi, ce sont essentiellement des ONG qui le font. D?autre part, la faiblesse est le fait que le test de dépistage ne se fait pas à la sortie. Or, il faut structurer davantage notre approche. On a aujourd?hui quelque 3 300 personnes détectées positifs au VIH mais selon les estimations de l?Onusida réalisées en 2007, 1,8 % de la population adulte mauricienne serait séropositif, soit entre 12 000 et 13 000 personnes. Ce qui démontre le décalage entre les données officielles et la réalité des faits.

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