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Subutex : un trafic qui prolifère en l?absence de lois efficaces

28 juillet 2008, 00:00

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«Le trafic du Subutex est très lucratif. Beaucoup plus que celui de l?héroïne.» Le constat fait l?unanimité au sein de l?Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU). La buprénorphine, plus connue sous le nom de Subutex, est de plus en plus répandue chez les toxicomanes mauriciens. Son importation a connu une expansion rapide, provoquée principalement par l?absence de peines dissuasives.

Le Dangerous Drugs Act prévoit qu?un importateur de Subutex risque au maximum un emprisonnement de cinq ans alors que le trafic d?héroïne, de cannabis et de cocaïne est passible d?une peine d?emprisonnement allant jusqu?à 45 ans. Cette disparité entre les peines s?explique par le fait que le Subutex est à la fois considéré comme un médicament et une drogue. Et cette ligne de démarcation entre les bienfaits du produit et son utilisation abusive est souvent difficile à établir.

Ainsi, par exemple, une personne arrêtée avec Rs 20 millions de Subutex est passible d?une peine d?emprisonnement n?excédant pas 5 ans. Si cette même personne était arrêtée avec Rs 3 millions de cannabis, la peine d?emprisonnement serait beaucoup plus élevée.

Trafic et possession

Plusieurs jugements rendus au cours de ces deux dernières années démontrent cette disparité. Le Tanzanien Hamza Jummah Mohamedin a écopé de 30 ans de prison pour avoir importé 187 grammes d?héroïne. Le Rocheboisien Désiré Fangamar a, lui, été condamné à 26 ans de prison pour trafic de Rs 3 millions de cannabis, mais a fait appel. Sada Curpen, que la police souhaite interroger dans le cadre de la récente saisie de Rs 21 millions de Subutex, a été condamné à 18 mois de prison l?année dernière. Il avait en sa possession Rs 3 millions de Subutex. Il a lui aussi fait appel.

Pourquoi une telle disparité ? D?après le Dangerous Drugs Act, Louis Désiré Fangamar et le Tanzanien Hamza Jummah Mohamedin sont des trafiquants, alors que Sada Curpen ne l?est pas. Pour être considéré comme un trafiquant, la drogue saisie doit avoir une valeur marchande de plus de Rs 1 million. Mais attention ! Le trafic de Subutex n?est pas un délit pour lequel on peut être poursuivi. Par contre, on peut être poursuivi pour possession de ce produit. Et c?est là toute la subtilité sur laquelle jouent les importateurs.

L?article 3 de cette loi stipule que toutes les drogues listées sont classifiées par rapport à leur degré de nocivité sur la santé et à leur utilisation en tant que médicament.

Détail technique exploité

Le Subutex ne figure pas dans la même catégorie que le cannabis, l?héroïne et la cocaïne. Le Subutex est classé sous la Schedule 2 alors que le cannabis, l?héroïne et la cocaïne sont listés sous la Schedule 1. Même si la vente du Subutex est interdite à Maurice, il demeure un produit de substitution très efficace pour certaines drogues dures, au même titre que la méthadone.

Les trafiquants de Subutex ont su exploiter ce détail technique du Dangerous Drugs Act. Avec un prix de vente 50 fois inférieur dans certains pays d?Europe, le Subutex est une aubaine pour les trafiquants. L?importation de cette drogue peut leur rapporter des millions. Les peines qu?ils encourent sont loin d?avoir un effet dissuasif sur eux.

Comment alors combattre le trafic de Subutex ? Les dispositions légales actuelles risquent de ne pas être d?une grande aide. A la brigade anti-drogue, on soutient avec force qu?il est grand temps d?amender le Dangerous Drugs Act. «Soit on libéralise le Subutex, soit on durcit les peines.» C?est une question délicate pour les autorités. Libéraliser la vente du médicament ou durcir les peines relatives au trafic de la drogue : le dilemme demeure entier. Entre-temps, ce sont les trafiquants de Subutex qui s?en réjouissent.

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