Publicité
ICAC : comment limiter la casse ?
Après une remarquable carrière au sein du judiciaire, Anil Kumar Ujoodha incarnait, à bien des égards, le renouveau de l?« Inde-pendent Commission against Corruption » (ICAC), celui qui remettrait la brigade anti-corruption sur le chemin du droit.
Deux ans et plusieurs millions de roupies après, triste est de constater que l?ICAC d?Ujoodha ressemble terriblement à l?ICAC de Navin Beekarry ! C?est, à quelques ratés près, du pareil au même?
Il existe, en effet, d?étranges similitudes : Outre le « Chief Legal Adviser » et le Directeur des enquêtes, plusieurs cadres de l?ICAC finissent toujours par partir, de plein gré ou de force, bien avant la fin de leur contrat. Les revers juridiques en cour sont toujours d?actualité ? tout dernièrement, la charge contre Donald Ha Yeung a été rayée, cinq ans après, faute de preuves et celle contre l?avoué Iqbal Dauhoo pour vide juridique. La commission parlementaire, censée être le garde-fou de la commission, évolue au petit bonheur. Et son président, le deputé Yatin Varma (récemment blanchi par le DPP après analyse du dossier à charge pour trafic d?influence rédigé par? l?ICAC), qui est normalement très volubile, ne pipe plus mot. Varma ne trouve jusqu?ici rien à dire quant au fait que le terrain au centre de l?enquête ? toujours en cours ! ? sur des pots-de-vin allégués à l?encontre du ministre Asraf Dulull ait été offert, par ce même Dulull, à la CMT. Quelle indécence !
Ce qui est pire, c?est que la perception que l?ICAC a un agenda politique perdure. La rapidité avec laquelle la brigade anti-corruption a arrêté l?ancien président du conseil du Nord, élu malgré une consigne contraire du Premier ministre, contraste avec la laborieuse tentative en vue de prouver les accusations contre Ajay Gunness, dont le dossier à charge avait été compilé? par des ministres de l?actuel régime. Tout cela ressemble à une justice à deux, voire plusieurs, vitesses, n?est-ce pas M. Ujoodha ?
En juin 2006, soit un mois après sa nomination à la tête de l?ICAC, Anil Kumar Ujoodha, après plusieurs demandes de notre part, consentait finalement à nous accorder une interview ? (sa première interview de presse comme directeur général de l?ICAC). Il est intéressant aujourd?hui de revenir sur ses propos d?alors, qu?on résumait sous le titre « Un vent nouveau souffle sur l?ICAC ». C?était réconfortant de l?écouter et on lui avait donné, pour promouvoir le combat contre la fraude, une sorte de caution sur parole, tellement il semblait être l?homme de la situation de par ses mots : « Je pense que mon expérience à la magistrature permettra à la commission d?éviter les écueils juridiques du passé, ce qui avait considérablement affaibli la (précédente) commission (?) Quant à l?aspect d?ordre juridique, nous avons désormais en notre sein Me Manish Gobin, qui a fait ses preuves à la magistrature et au ?State Law Office?. Il est en train de restructurer la ?Legal Team? et procède à la mise en place de nouvelles procédures ? jusqu?ici inexistantes ? pour le bon avancement des dossiers. Nous établissons de nouvelles structures pour permettre une meilleure coordination de nos ressources. »
Deux ans après cette plaidoirie remplie d?espoir, on constate que les écueils juridiques sont toujours là, mais Me Gobin, lui, est parti? Si hier on avait souvent critiqué la commission de Navin Beekarry, aujourd?hui on se sentirait complice de la dérive de l?ICAC II si on ne remettait pas les paroles d?Ujoodha dans leur juste perspective, à la lumière des données actuelles. Au-delà des critiques, qu?on dit faciles à formuler et au-delà des hommes, qu?il n?est pas difficile de remplacer, il importe de comprendre pourquoi six ans après sa création, l?ICAC n?arrive toujours pas à décoller. Pourquoi des centaines de dossiers restent en suspens alors que des millions des contribuables sont dépensés ? Pourquoi sur le site Web de l?ICAC, sous l?item « News », on ne peut lire que la valse du transfert des cadres au lieu des informations pertinentes sur les affaires en cours ?
Le comble de cette triste histoire de l?ICAC, c?est que des enquêteurs de la commission anti-corruption trouvent le temps de s?en prendre à Bert Cunningham ? pour un banal écran de télévision ? alors que le patron des douanes fait rentrer des millions dans les caisses de la « Mauritius Revenue Authority ».
Si effectivement, dans le cas de l?ICAC, « we all went wrong », comme le dit Bérenger, la question importe : comment limiter la casse aujourd?hui ? Souhaitons que Ramgoolam, qui avait su faire partir Beekarry par un simple amendement au Parlement, ait la réponse. Les temps sont durs, les gaspillages d?argent ne sont plus possibles !
Publicité
Publicité
Les plus récents