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Drames Mauriciens

25 juillet 2008, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Par Nazim ESOOF</B>

Au sein de chaque société, il existe des moments où l?actualité s?enchaîne. C?est présentement le cas à Maurice. Notamment sur la scène politique mais pas uniquement à ce plan.

Le bestiaire politique s?anime. Sur la place publique, c?est surtout les agitations qui gagnent l?opposition qui sont visibles. Le flirt entre le MMM et le MSM a repris. La réintégration de Madan Dulloo au sein du parti mauve ne cesse, elle, de créer des remous. Bref, le MMM veut accélérer les choses. Ce qui est manifeste dans le camp de l?opposition ne devrait toutefois pas occulter ce qui se fait en douceur du côté du gouvernement. Commentant les retombées d?une éventuelle annulation par le conseil privé du siège d?Ashock Jugnauth, le Premier ministre précisait d?ailleurs qu?il comptait jouer «à la tortue» avec l?opposition sur cette question. Soit, il sera l?égal de lui-même. L?attentisme de l?un va provoquer l?impatience des autres. C?est toujours ainsi que Navin Ramgoolam finit par retourner certaines situations en sa faveur.

Cependant, au-delà du jeu politique des uns et des autres, il est patent aujourd?hui que l?opposition n?a pas encore donné à voir un véritable projet d?alternance. Alors que par rapport au gouvernement, l?impression devient nette qu?au fur et à mesure qu?on s?approchera de la prochaine échéance législative, les décideurs risquent de céder à un populisme outrancier. C?est le drame d?un pays où l?actualité politique se résume à une course sans pitié pour le pouvoir. Ce qui est légitime. Mais ce qui ne l?est pas, c?est que dans cette obsession, on finit par instrumentaliser la politique et la population à ce point.

S?il fallait prendre la mesure du drame qui affecte tous ceux qui sont atteints par le virus du sida/VIH, il faudrait se reporter aux chiffres communiqués par le Premier ministre suite à une question parlementaire. Sur une population carcérale de 2 126 détenus, 485, soit 22,8%, sont infectés par le virus. Il ne s?agit pas d?extrapoler à partir de ces données. Mais simplement de rappeler que cette maladie est le plus insidieux des maux qui affectent la société contemporaine.

Les autorités en sont conscientes. D?ailleurs, sous chaque gouvernement, on verra des Premiers ministres à Maurice prendre fortement position pour faire reculer le virus. Même si ce ne sont pas que des déclarations d?intention, il n?en demeure pas moins qu?après les premiers vifs intérêts, les actions tardent à suivre.

Le sida/VIH ne se répand pas seulement à la prison. Mais c?est un univers opaque qui s?y prête. Il est aussi le miroir d?une société qui ne réagit pas aussi longtemps que la gangrène n?est pas perceptible. Or, pour le sida comme pour la toxicomanie, il y a toujours eu une grande tendance à vouloir jouer aux abonnés absents. Toutefois, il ne faudrait pas se leurrer. Lorsqu?on a presque un quart de la population carcérale qui est affecté par le virus du sida/VIH, c?est que le mal est profond et la menace devrait interpeller toute la société. Pour l?immédiat, l?indifférence n?augure rien de bien. C?est le genre de drame qu?on peut prévenir mais dont on fait semblant de ne pas se rendre compte.

C?est un autre drame qui est en train de se dessiner. Au nom de la démocratisation, les gouvernants font un peu n?importe quoi et son contraire. C?est le cas dans l?affaire des 104 arpents de terres à Bel-Air ou encore dans leur gestion du site industriel de la Compagnie mauricienne de textile à la Tour Koenig. Il y a du soupçon dans l?air. Il y a des décisions qui illustrent un manque de planification. Il y a des hésitations qui trahissent une absence de connaissances. Il y a des man?uvres qui laissent la place à des supputations sur la probité des gens.

L?île Maurice peut faire l?économie de ce genre de suspicions surtout à un moment où la rationalité doit être de rigueur. Le toilettage des affaires publiques et la transparence dans le secteur concurrentiel sont les deux conditions qui permettent d?évaluer l?ouverture et l?efficacité d?une économie libérale saine. Lorsqu?on s?en dispense, c?est qu?on se croit supérieur à ses citoyens.

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