Publicité
Argent, cet ami qui vous veut du? ?
L?argent. Un mot qui est sur tou-tes les lèvres. Un objet qui suscite des émotions, soulève des passions. Comme l?explique la psychothérapeute Trishla Dhunoo, on a besoin de lui, on le vénère, on le méprise, on le convoite, on stresse à cause de lui, on se dispute pour lui? Freud disait, quant à lui, qu?il y a deux domaines où l?homme est hypocrite : le sexe et l?argent. Le point en commun entre les deux, c?est que lorsqu?on parle d?eux, on parle de ce que l?on a et de ce que l?on n?a pas. Ils sont associés à nos rêves, nos frustrations, nos impuissances.
Certes, il suffit de poser la question autour de soi et bling-bling, personne ne refuserait d?avoir plus d?argent. Si on en avait plus, on aurait un spa à domicile, on ne raterait pas un seul concert de ces stars internationales, on voyagerait, on s?achèterait une maison pieds dans l?eau? Puisqu?on n?en a pas assez, on doit surveiller les « entrées » et les « sorties » d?argent. Du coup, on s?angoisse quand l?argent nous file entre les doigts, quand on fait ses comptes, qu?on épluche ses factures, qu?on se rend compte que son salaire a vite fait d?être grignoté ou qu?on a du mal à épargner. On a souvent peur d?en manquer. De n?en avoir pas assez. Pas de doute, notre relation avec les sous est souvent compliquée et elle est loin d?être qu?une histoire d?arithmétique.
L?argent est à la fois comme un totem dans notre société, mais il reste tabou aussi. « C?est que l?argent représente beaucoup de choses socialement. Notre voiture, notre maison détermine notre statut. C?est ainsi que l?argent devient un élément central de notre vie », note Joseph Cardella, professeur de philosophie. Avoir de l?argent, c?est comme avoir du pouvoir, sur sa propre vie, sur celle des autres aussi. Et si vous n?êtes pas d?accord avec cette idée, ce n?est pas cet extrait ironique du poète américain Ogden Nash dans Vers durs qui se rangera de votre côté : « Il y a certainement des tas de choses que l?argent ne peut pas acheter, mais c?est amusant : avez-vous déjà essayé de les acheter sans argent ? »
Alain Jeannot, auteur de Letters To My Kids, pense que l?argent que nous possédons, flatte notre ego, qu?il influence le regard que les autres ont sur nous et qu?il ne faut pas pour autant se sentir coupable. « Je ne suis pas pour la diabolisation de l?argent. Du moment que c?est gagné honnêtement, qu?il ne prend pas le pas sur les relations humaines. Dans un monde compétitif, on ne peut pas prétendre être tous sur le même seuil financier. » Il fait ressortir que le salaire d?une personne reflète en général sa valeur. Et que de ce fait, on ne peut pas tous aspirer au même compte en banque
Par ailleurs, notre attitude envers les sous reflète notre manière d?être au monde, nos liens sentimentaux avec les autres et avec nous-mêmes. Il y a des gens qui n?en font pas un cas, ils ont un rapport distant avec l?argent. Ils s?adaptent, relativisent. « Tout est une question de style de vie. Ce sont ceux qui ont besoin d?avoir trois portables, d?accumuler les étages, de changer de voiture tous les ans qui courent après l?argent et qui oublient que ce n?est pas le matériel qui fait le bonheur », avance Nazim Hansye, président de la Jeune chambre internationale. Il y a aussi les anxieux. Eux traquent les moindres dépenses, contrôlent le moindre sou. Pas question de mode, de plaisirs puisque les finances, c?est sérieux. « Ces comportements de rétention cachent sans doute des problèmes d?argent liés à l?histoire familiale », explique Trishla Dhunoo. Pour eux, l?argent est lié à la puissance, mais aussi à la sécurité. En dépenser, c?est perdre le pouvoir et risquer d?être dans le manque. Evidemment, il y a l?autre extrême, ceux qui succombent toujours à l?appel de l?achat et qui dépensent. Pour le plaisir, pour combler un manque, pour assouvir un désir d?accumuler.En fait, nous ne savons pas clairement ce qui nous fait épargner ou dépenser frénéti-quement.
Une chose est sûre, l?argent est à l?origine de nombreuses dérives. Son omniprésence encourage les hommes à tout calculer. L?individu devient de plus en plus dépendant des objets qui l?entourent aux dépens de sa vie intérieure. L?argent a envahi toutes les sphères de la vie humaine, y compris les relations humaines? « Si au lieu de gagner beaucoup d?argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d?argent ? », suggérait l?écrivain Jules Renard. Il ne s?agit pas de nier l?enthousiasme causé par une augmentation de salaire ou un billet gagnant à la loterie. L?argent donne une clef d?accès au réel. Qu?on le veuille ou non, il est relié à beaucoup de moments-clés de notre vie : premier argent de poche, premier salaire, première voiture, un gain au jeu, la création d?une entreprise, un héritage reçu.
Mais l?argent ne doit pas constituer le seul horizon de notre vie. La richesse n?a jamais été garante du bonheur. Pour Alain Jeannot, l?argent est un bon serviteur, mais un mauvais maître. « L?important, c?est de ne pas tomber dans les extrêmes. » Et même si l?adage dit que l?argent ne fait pas le bonheur, mais qu?il y contribue, une chose est sûre : qu?il soit un ami qui vous veut du bien, ou un ennemi qui vous veut du mal, c?est vous qui décidez de votre relation avec lui.
Publicité
Publicité
Les plus récents