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Un casse-tête financier

10 mai 2008, 00:00

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L?Etat providence en question. Le financement des retraites touche directement à cela. Repousser l?âge de la retraite à 65 ans, tout en accordant la pension universelle de vieillesse à 60 ans relèverait, peut-être, davantage de considérations électoralistes plutôt que d?arguments financiers. L?allongement de la durée de travail, et donc de cotisation, est une tendance que l?on retrouve dans de nombreux pays et que prônent les institutions financières internationales.

En fait, le Fonds national de pension (NPF) est-il menacé ? Par ailleurs, concernant les fonctionnaires, doit-on s?attendre à une cotisation de retraite de leur part, sachant que pour le moment, c?est une ligne de crédit sèche au sein du budget de l?Etat qui est dédiée au paiement de leur retraite ? Ce sont surtout les deux plus importantes dépenses de l?Etat en matière de sécurité sociale : 36,1 % pour les pensions de vieillesse et 27,6 % pour la fonction publique. En vérité, le salaire des fonctionnaires, relativement, somme toute, modéré, permet à l?Etat d?économiser sur la masse salariale et financer ainsi les retraites de la fonction publique.

Certaines personnes ayant voix au chapitre font remarquer que déjà de nombreux salariés font le choix de travailler au-delà de 60 ans. Pour le moment, un pensionné perçoit Rs 2 571. S?il décide de ne toucher la pension de vieillesse qu?à 65 ans, il percevra alors une somme majorée. La réforme de la pension ne devrait pas remettre en question les acquis. «Quand on commence une réforme de cette envergure, il est normal d?avoir des résistances. L?annonce du Premier ministre se limite à quelques grandes lignes. Il faut attendre les détails. Il n?a pas lié la pension professionnelle à la pension de vieillesse. C?est la tendance de ne pas lier le travail à la pension. Enfin, lorsqu?on entame la réforme, il faut savoir que c?est un processus qu?on est appelé à revisiter», explique un observateur qui requiert l?anonymat.

Une étude actuarielle de 2000 sur le NPF note, sur la base de projections, «l?augmentation significative du coût de l?ensemble des pensions». Se référant à une étude précédente de 1995, le rapport de 2000 souligne que «les revenus annuels devraient dépasser les dépenses jusqu?en 2010 environ et que la balance du Fonds devrait rester saine jusqu?en 2025. Toutefois, à l?horizon 2030, les projections démontrent un très probable essoufflement du Fonds». C?est que la tendance démographique (voir hors-texte) entraîne une augmentation considérable de la masse des pensionnés d?ici une vingtaine d?années.

<B>Cibler les plus pauvres</B>

Entre 2001-2002 et 2006-2007, les dépenses gouvernementales pour la sécurité sociale ont augmenté de 70 %. En 2007, la part des personnes âgés de 60 ans et plus dans la population totale était de 10 % et le montant total des dépenses pour les pensions de vieillesse atteignait, pour l?exercice financier 2006-2007, Rs 4,459 milliards. De fait, si l?on estime qu?à l?orée 2025, la part des personnes de 60 ans et plus double, soit 20 % de la population totale, les dépenses pour la pension de vieillesse universelle, en considérant que le montant de la pension n?évolue pas ? ce qui ne sera bien entendu pas le cas ? dépasseront les Rs 8,9 milliards. D?où la nécessité, selon les institutions financières internationales, de moderniser le système de pensions à Maurice.

La Banque mondiale (BM), dans un rapport de 2004, préconise une modernisation du système de pension afin d?éviter un creusement de la dette publique par le financement de pensions de plus en plus lourdes. C?est pourquoi l?une des mesures serait, selon la BM, de cibler les plus pauvres pour l?obtention d?une pension de vieillesse.

Dans les faits, les choses sont à la fois plus compliquées et plus simples. Plus complexe dans le sens où il faudrait dégager un consensus qui amènerait tous les partenaires à appuyer la réforme du gouvernement. Plus simple car, à titre d?exemple, les juges peuvent déjà travailler jusqu?à 62 ans. De la même manière, le dernier rapport du Pay Research Bureau précisait que, dans les secteurs où il manque des expertises, on pouvait travailler au-delà de 60 ans. Il ne faut pas oublier non plus les entrepreneurs qui travaillent à leur propre compte et qui, dans la majorité pour ne pas dire la totalité des cas, maintiennent leurs activités au-delà de l?âge de la retraite.

Dans tous ces cas de figure, ces individus touchent leur pension à 60 ans, malgré le fait qu?ils continuent à travailler. Au niveau du secteur privé, il existe une grande flexibilité sur tout ce dossier de la retraite. Dans d?autres pays, on propose au salarié le choix de prendre sa retraite au moment effectif où il cesse de travailler, que ce soit à 61 ans ou 65 ans avec, à la clé, une pension plus élevée. Actuellement, nous l?avons vu, un pensionné touche Rs 2 571. S?il décide de travailler au-delà de 60 ans et qu?il ne prend pas sa pension à 60 ans, il bénéficiera d?une somme supérieure à Rs 2 571. Afin de ne pas compromettre son système de retraite, la France, par exemple, a choisi d?augmenter le nombre d?années de cotisation qui passe de 40 à 41 ans. Mais en contrepartie, le retraité touchera un surplus de 5 %. En ce qui concerne les personnes qui font des travaux lourds, on plaide pour une plus grande flexibilité.

La réforme du système de retraite et de pension est vitale à l?économie. Un chiffre significatif : la pension de vieillesse a coûté 66 % de plus à l?Etat entre 2000-2001 et 2005-2006.

<B>Vieillissement de la population</B>

Dans l?un de leurs derniers rapports, les Nations unies expliquent que si la tendance se maintient, le nombre des plus de 60 ans aura triplé et représentera, à l?échelle mondiale, deux milliards de personnes, soit plus que la population jeune. Ce processus aura des incidences considérables sur l?économie mondiale. L?une des solutions est le rallongement de l?âge de la retraite. A Maurice, d?ici 2020, 20 % à 25 % de la population aura plus de 60 ans. L?indice de la fertilité également est en baisse. Pour 2008, il tournera autour de 1,83. Or, pour qu?il y ait un renouvellement des générations, cet indice doit équivaloir 2,1 enfant par femme. De fait, la population mauricienne vieillit. Qu?il s?agisse des pensions contributives ou universelles, comment une population active qui diminue pourra-t-elle supporter le poids financier des retraites de 20 % à 25 % de la population d?ici 2025 ? C?est pourquoi repousser l?âge de la retraite permet d?économiser une partie des deniers reversés aux contributeurs. Surtout, la pension de vieillesse, universelle et non contributive, absorbe une grande part du budget du PIB.

QUESTIONS À?

<B>Bernard Yen, Actuaire à Hewitt LY Ltd</B>

● <B>Quelles sont les implications qui sous-tendent la décision de repousser l?âge de la retraite à 60 ans et de maintenir le paiement de la pension de vieillesse à 60 ans ? </B>

Je crois qu?on n?est pas en train de s?attaquer au vrai problème. A long terme, les coûts seront énormes. Pour éviter une situation compromettante, il faudra soit un élément de ciblage, soit reporter les dépenses de l?Etat sur d?autres éléments, ou encore payer une meilleure pension à l?âge effectif de retraite car le taux de la pension passera de 2 % à plus de 6 % du produit intérieur brut. L?important est de savoir que le fonds sera épuisé si on ne fait pas quelque chose et les options ne sont pas nombreuses et elles peuvent être pénibles, comme prélever plus d?impôts ou diminuer les dépenses.

● <B>Le fonds de pension est-il menacé ? </B>

Il faut savoir que le fonds de pension ne sert pas à payer la pension de vieillesse. C?est un fonds qui est financé par les employeurs à hauteur de 6 % et par les employés à hauteur de 3 % pour chaque salaire. C?est un fonds qui est évalué par un actuaire qui fait des recommandations sur sa gestion sur une période donnée. Alimenté par la pension contributive, le fonds peut assurer une pension mensuelle d?un maximum de Rs 3 000. Jusqu?ici, on n?a pas eu de problème avec ce fonds car il y existe une certaine flexibilité. C?est un système élaboré d?une telle manière que le gestionnaire peut le maintenir à flot à travers différentes options. On peut ainsi l?ajuster en faisant des investissements. On peut aussi changer la valeur des points accumulés par un salarié et qui sont convertis en pension. Je ne me fais pas de souci pour le fonds de pension. Le véritable problème est la pension de vieillesse. Il faudrait aussi que le gouvernement encourage les plans de pension volontaires mis en place par les employeurs.

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