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Les limites du petit entrepreneur mauricien
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Les limites du petit entrepreneur mauricien
Voyage dans le monde des entrepreneurs mauriciens. Avec constat de la situation actuelle et mise en perspective. C?est à cela que The Indus Entrepreneurs (TIE), soutenu par la Barclays Bank, a convié une vingtaine d?entrepreneurs mauriciens mercredi dernier à l?occasion de la Semaine de l?entrepreneuriat. Cheval de bataille du gouvernement, l?entrepreneuriat est l?une des clés de la réussite économique de l?individu et plus largement d?un pays qui veut donner un troisième souffle à son développement économique.
Contrairement à ce qu?on serait tenté de croire, l?entrepreneuriat à Maurice n?est pas si enraciné. L?entrepreneur est celui qui porte un projet d?entreprise et surtout qui jouit de trois atouts fondamentaux, «la créativité, l?imagination et le goût du risque, un risque calculé», fait ressortir le président de l?Empowerment Programme, Jean-Claude de l?Estrac.
Pour l?économiste et entrepreneur, Georges Chung, autre intervenant de la rencontre, «c?est la profession la plus excitante». Parce qu?il s?agit, avant toute chose, d?un défi à relever. Une gageure même. Mais réussir dans un secteur d?activité en trouvant la niche, le produit et l?originalité n?est pas une mince affaire. C?est que les Mauriciens partent avec des handicaps.
Le premier handicap donc est l?éducation. Le système éducatif mauricien dans son ensemble en vérité. Principale faiblesse d?un pays qui souhaite stimuler l?entrepreneuriat, le système éducatif «tue l?imagination, la curiosité et la créativité de nos enfants», déclare Jean-Claude de l?Estrac.
Chiffres à l?appui, il stigmatise «l?échec et l?archaïsme du système éducatif» qui laisse 35 % des enfants sur le carreau au sortir du Certificate of Primary Education (CPE). De ceux qui entrent au collège, 55 % terminent le cycle secondaire et seuls 16 % accéderont à l?éducation supérieure. «Moins que le Sri Lanka et loin derrière les pays développés», note le président de l?Empowerment Programme.
L?accès aux finances n?est donc pas le problème fondamental. Pourtant, les autorités n?ont eu de cesse, afin de galvaniser la fibre entrepreneuriale, de proposer une pléthore de programmes pour faciliter l?accès au crédit (voir hors-texte). La question du financement ne serait donc valable que si le problème de la faillite de l?éducation mauricienne est pris à bras le corps. C?est une culture de la sécurité, loin du goût du risque, d?entreprendre, qui s?indure dans l?esprit des potentiels entrepreneurs. Ahmed Parkar, directeur de Star Knitwear, pense que c?est aussi «à la société de changer d?attitude. Il y a un pessimisme ambiant qui ne donne pas confiance aux potentiels entrepreneurs».
Dans le même ordre d?idées, la culture entrepreneuriale fait défaut à Maurice, estime Arif Currimjee, ancien président du Joint Economic Council. Prenant l?exemple d?une question du World Economic Survey pour Maurice (si votre entreprise n?a pas fonctionné : est-ce un échec ou une expérience ?), Arif Currimjee pense que la majorité des Mauriciens pencheront pour la première proposition, un échec. Or, la culture entrepreneuriale n?est réelle que si on parle d?expérience.
Si pour Jean-Claude de l?Estrac, c?est à l?entrepreneur de créer ses opportunités, Georges Chung estime que le gouvernement à un rôle à jouer dans ce sens. C?est pourquoi selon lui, l?entrepreneur ne doit pas nécessairement chercher une niche spécifique au départ. Il doit d?abord avoir une vision juste et globale du secteur visé.
L?objectif doit être, selon l?économiste, de proposer un produit qui vise l?excellence et appelle le marché. Créer la demande ou anticiper en somme. Georges Chung estime nécessaire «d?investir Rs 50 milliards dans les infrastructures afin de stimuler la croissance». Les infrastructures ? routes, port et aéroport ? sont l?une des limites à la vitalité de l?entrepreneuriat.
«La question du financement ne serait
donc valable que si le problème de la faillite
de l?éducation mauricienne est pris à
bras le corps. C?est une culture de la
sécurité, loin du goût du risque,
qui s?indure dans l?esprit des
potentiels entrepreneurs.»</I>
Tim Taylor, ancien chief executive officer de Rogers, pense que «les entrepreneurs sont une minorité». Effectivement, tout le monde ne peut pas être entrepreneur ou connaître une grande réussite dans son entreprise. On parlera donc d?exception, voire «d?exception parmi les exceptions». Pour autant, est-il si difficile de porter un projet ? «Avoir une idée ne suffit pas, il faut venir avec une étude de marché, un projet mûrement réfléchi et travaillé, ne serait-ce que pour obtenir des fonds de la part d?une institution bancaire», souligne Derek Narainen, events and project manager chez Barclays.
L?éducation est la pierre d?achoppement de l?épanouissement de l?entrepreneuriat à Maurice. La réputation des grandes entreprises ou la sécurité de la fonction publique ont encore le vent en poupe. Au détriment de la création d?entreprises. Pour autant, cela ne signifie pas que l?entrepreneuriat n?existe pas. Mais, l?échec, pour les petits entrepreneurs, est conséquent.
La compétition rude. Identifier les limites de l?entrepreneuriat est un premier pas nécessaire. Reste à faire un second pas pour dépasser les obstacles qui, au final, ne tiennent pas qu?à des considérations financières.
<B>Les petites entreprises fleurissent, mais? </B>
Le chiffre d?affaires d?une entreprise définit sa taille. Les petites entreprises locales présentent un chiffre d?affaires inférieur à Rs 2 millions.
Pour les moyennes entreprises, ce chiffre se situe entre Rs 2 millions et Rs 10 millions, les plus importantes, de fait, dépassant les Rs 10 millions.
On compte environ 80 000 petites entreprises à Maurice, incluant des personnes travaillant seules. Ces petites entreprises emploient 40 % de la population active. Sans aucun doute, les petits entrepreneurs sont des acteurs majeurs de l?économie.
De plus, ils participent à hauteur de 20 % au produit intérieur brut. Cependant, il faut bien voir que ce petit monde recoupe des réalités bien différentes. Ainsi, il existe, malgré tout, un fossé entre les petites entreprises créées par des personnes n?ayant pas de compétences particulières, parfois mal éduquées et donc peu ou pas du tout informées des innovations ou technologies. De l?autre côté, il existe une catégorie d?entrepreneurs, plutôt minoritaire, qui disposent de compétences entrepreneuriales et managériales pour développer leur entreprise. Actuellement, la caravane de l?entrepreneuriat sillonne l?île pour promouvoir la culture d?entreprise et encourager le potentiel entrepreneurial. Une manière de dynamiser l?économie à l?échelle locale. L?accès au capital est l?un des points cruciaux dans la création d?une entreprise. En 40 ans, ce sont près de 40 programmes spécifiques d?accès au crédit qui ont été mis en place par les différents gouvernements à travers la Banque de Développement. Pour la période allant de juillet 2005 à mars 2008, le gouvernement a dépensé Rs 832 millions dans différents programmes pour promouvoir l?entrepreneuriat au profit de 6 270 petits entrepreneurs. L?échec est cuisant : 60 % des petites entreprises concernées n?ont pas réussi à décoller d?autant que la concurrence, compte tenu des nouvelles dispositions commerciales avec les États de la région, s?accroît et fragilisera à terme le tissu des petits entrepreneurs. Sanjiv Mulloo, président de la «Small and Medium Entreprises (SME) Chamber», note trois principaux problèmes pour les petits entrepreneurs.
«Il y a trois données fondamentales pour la réussite d?une petite ou moyenne entreprise : le capital financier, le capital lié à la formation et à des compétences spécifiques, et le capital relationnel.» Développant son propos, Sanjiv Mulloo pense que la formation est l?une des principales failles de l?entrepreneuriat à Maurice. «On est passé dans une économie du savoir, si on n?a pas les compétences, on ne peut pas bien gérer une entreprise.» Il déplore l?absence d?une école de formation pour entrepreneurs. Il y a certes l?Institut francophone pour l?entrepreneuriat, mais les places réservées aux Mauriciens sont restreintes.
Ce manque de formation explique un taux d?échec global de 90 % dans la création d?entreprises.
Pour finir, selon Sanjiv Mulloo, pour réussir, l?entrepreneur doit connaître son réseau de fournisseurs, de clients, de partenaires ou même de concurrents. La mise en réseau et donc le relationnel sont fondamentaux.
Questions à?
<B>Mala Chetty
Présidente de l?Association mauricienne des Femmes chefs d?entreprise et directrice de Malvilla Ltd.</B>
● <B> Quel est l?objectif de l?Association mauricienne des Femmes Chefs d?Entreprise ? Le monde de l?entreprise, surtout au niveau du management ou de l?entrepreneuriat lui-même est assez masculin? </B>
C?est une association qui existe depuis 1986 et regroupe une trentaine de femmes chefs d?entreprise dans différents domaines. Il ne s?agit pas de grandes entreprises mais plutôt de petites et moyennes entreprises (PME). ça ne les empêche pas d?être très dynamiques dans des secteurs d?activité très variés comme le textile, le tourisme, le voyage, la restauration, la formation? L?association a pour objectif de faire connaître et de rendre plus visibles leurs activités. C?est une plate-forme d?échanges. Nous servons aussi d?intermédiaire avec les institutions pour les aider à grandir, à défendre leurs intérêts? D?autre part, nous établissons des partenariats locaux et, plus largement, aussi à l?étranger. J?ai d?ailleurs participé à un comité mondial à Florence en Italie, il y a quelques jours. Nous établissons donc des contacts avec les membres du réseau mondial. Le réseau est très important. Nous inculquons donc cette culture de mise en réseau pour faire la promotion de la femme dans l?entrepreneuriat.
● <B>Quelles sont les lacunes de l?entrepreneuriat ou de la culture d?entreprise à Maurice ? </B>
C?est certain qu?il y a un problème d?éducation, au niveau du système même, et de sécurité constamment recherchée de par notre culture. Je pense qu?il y a aussi des lacunes en matière d?opportunités. Elles sont mal connues, peu visibles. C?est vrai que, lorsqu?on est entrepreneur, on doit créer soi-même son entreprise et donc trouver les opportunités. Mais par exemple, si on ne voyage pas, on n?est pas toujours au courant des nouvelles tendances, quand on côtoie d?autres civilisations, on trouve de nouvelles perspectives, par exemple, le tourisme vert, ou l?artisanat. L?objectif peut être de réussir à développer des niches particulières dans des domaines déjà très occupées et concurrentielles. C?est là où le tutorat peut aider les entrepreneurs. Les opportunités sont là mais elles manquent de visibilité. Il faut une volonté gouvernementale claire mais aussi et surtout une volonté du secteur privé pour ouvrir, accompagner les entrepreneurs potentiels. En discutant avec les jeunes de l?école hôtelière j?ai été surprise de constater que personne n?avait pensé à s?investir dans des secteurs spécifiques du tourisme. Pas un seul ne souhaite créer son entreprise ou ne s?imagine entrepreneur ! Ils ne cherchent que des postes de management dans une hôtellerie déjà établie. Le touriste part souvent avec son budget d?achat parce que l?artisanat local est limité. Il faudrait des personnes ressources du secteur privé qui peuvent dépeindre l?ensemble d?un secteur d?activité pour qu?ensuite se dégagent les manquements, les niches. C?est pourquoi je crois que le tutorat, qui est une forme d?accompagnement, est nécessaire.
● <B>Une tendance à croire que le paysage corporatif ou entrepreneurial est figé, que les grandes entreprises occupent déjà toute la place et donc que les opportunités sont rarissimes? </B>
Les entreprises se sont enfermées dans un monde. Il y a peut-être une peur de la compétition. C?est un esprit un peu égoïste. Il faut amener ceux qui ont les compétences et les capitaux à s?ouvrir aux autres, ne serait-ce que pour faire de la sous-traitance, par exemple. Un entrepreneur-tuteur peut sous-traiter avec la personne qu?il accompagne si son projet d?entreprise le permet. Je pense que le tutorat entraîne une win-win situation.
● <B>Comment ce genre de tutorat peut-il être mis en place concrètement ? </B>
Je ne crois pas que c?est au gouvernement de le faire. C?est au secteur privé d?initier la voie, de se lancer dans cette forme d?accompagnement. Des réseaux spécifiques devraient être mis en place à chaque niveau : petites, moyennes et grandes entreprises. Au lieu de privilégier les regroupements ou réseaux sectoriels. Le problème, c?est bien le cloisonnement à Maurice. On vit dans des tiroirs. Il faut aller au-delà, communiquer, accompagner, échanger et soutenir. C?est pourquoi je souhaite rendre visible l?association pour qu?elle attire de nouvelles personnes et s?enrichisse de l?expérience de l?autre.
<I>Propos recueillis par G. R.</I>
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