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Responsabilités
Beaucoup de ministres ne connaissent pas le sens du mot responsabilité. Pourtant, cette notion est au centre même de leur action en tant que décideurs. Mais ils feignent de l?ignorer. Notamment quand ils réclament des dotations budgétaires conséquentes ? souvent à la hausse ? chaque année. Pour finalement ne pas en faire grand-chose.
En effet, quand on parle finances, les ministres sont comme de grands enfants. Il n?y a qu?à les voir lors de la présentation du budget chaque année.
Avant le discours, chacun fera pression sur le grand argentier. Il faut des roupies, beaucoup de roupies ! Pour financer un chapelet de projets les uns plus importants que les autres. Et chacun décisif pour l?avenir du pays. Ensuite arrive la phase d?attente qui culmine avec le discours du budget. Là, les yeux brillants, les ministres attendent avec impatience la dotation totale qui leur est allouée, ainsi que les projets de développement conséquents dont on va consentir le financement. C?est Noël. Ils sont fiers comme des gamins tenant entre leurs mains la livraison du père Noël. Mais beaucoup de ministres finissent le plus souvent par dépenser outrancièrement leurs sous. Ou casser les jouets tout neufs qu?on a bien voulu leur acheter.
La conclusion que rabâche chaque année le directeur de l?Audit est la même. Beaucoup de ministres continuent à réclamer davantage de financement pour, au final, ne pas produire suffisamment de résultats en retour. Les choses devraient changer. Les choses vont changer avec l?institutionnalisation du « Performance Based Budgeting » dans tous les ministères. Mardi, avec la présentation et le vote du projet de loi « Finance and Audit (Amendment) », tous les ministères entreront dans une nouvelle ère de gestion. Marquée par l?impératif des performances et des résultats.
Une fois que Rama Sithanen, le ministre des Finances, aura présenté et fait voter ces projets de loi, la tâche qui attendra ses collègues et leurs administrations sera colossale. Car on ne pourra plus désormais procéder à des assemblages hétéroclites de projets et d?objectifs ad hoc à atteindre pour gérer un ministère. Chacun sera désormais tenu de s?engager sur une période de trois ans et d?atteindre des objectifs clairs avec des moyens financiers et matériels largement prédéfinis. Le début d?une gestion véritablement rigoureuse des ministères quoi?
Non, nous ne sommes pas en train de jeter la pierre aux fonctionnaires. Beaucoup de ministères regorgent de cadres, jeunes et moins jeunes, expérimentés et remplis de bonne volonté. Mais le système dans lequel ils ont travaillé jusqu?ici n?a pas fait primer la performance. Peu importe qu?on fasse très bien ou très moyennement son travail. Avant, il fallait juste que le travail soit bien fait. Mais les choses changent.
Toutefois, il ne sert à rien d?instaurer une discipline individuelle dans chaque ministère si le gouvernement en entier ne se responsabilise pas. C?est pour cela qu?il faut accueillir le deuxième projet de loi : le « Public Debt Management Bill » qui érige désormais des garde-fous contre la tentation, parfois trop présente, d?un gouvernement de puiser dans ses réserves ou d?emprunter pour combler un déficit imprévu ou financer une lubie servant davantage à des fins électoralistes qu?à l?intérêt national réel.
La responsabilité ça s?apprend. Et il apparaît que le gouvernement et les ministères individuellement veulent désormais apprendre la leçon. Il faut être exigeant envers eux et réclamer que l?apprentissage se passe vite. Mais aussi comprendre que la fonction publique va désormais fonctionner avec un nouveau logiciel. À cause de cela, quelques couacs et objectifs manqués seront sans doute répertoriés. Mais tant que l?on continue sur la voie tracée, on pourra dire que nous restons responsables?
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