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À qui profite l?appréciation de la roupie ?
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À qui profite l?appréciation de la roupie ?
Cher M.de l?Estrac,
Votre éditorial intitulé « Panadol ou Sérum », paru la semaine dernière dans les colonnes de l?express-dimanche résume bien les grands défis auxquels tous les exportateurs sont aujourd?hui confrontés, tout en soulignant l?urgence de la conjoncture. Cependant, votre opinion par rapport à l?appréciation rapide de la roupie, ainsi que vos qualificatifs par rapport à ma récente prise de position justifient cette mise au point. En espérant que vos lecteurs trouveront là une autre facette d?un sujet, a priori, difficile à appréhender et qu?ils en tireront les conclusions qui s?imposeraient à eux.
Certes, l?appréciation sans précédent de la roupie est sans doute le résultant de la loi de l?offre et de la demande du marché financier. Mais les économistes le savent bien : l?appréciation de la monnaie n?a jamais été et ne sera jamais une thérapeutique pour le combat contre l?inflation. L?appréciation de la roupie ne fait que rabaisser fortuitement les prix à l?importation de manière temporaire et en trop faire usage tuera tout simplement la vie économique des exportations.
Par ailleurs, l?inflation reprendra de plus belle si elle n?est pas combattue à sa source et cela, par des mesures fiscales et monétaires. Par exemple, la hausse des prix des denrées alimentaires peut être rabaissée, à la limite et à volonté, par des mesures d?ordre fiscal, à savoir par le biais de l?enlèvement de la taxe et l?accroissement des subsides. Le Cameroun a enlevé la taxe sur les denrées essentielles il y a deux mois pour baisser les prix ainsi que pour encourager la production.
Loin de vouloir vous faire un exposé sur l?appréciation d?une monnaie, je voudrais vous dire aussi que seulement les pays dans un cycle d?enrichissement, de forte productivité et de croissance rapide, vendant des produits de bonne qualité peuvent se permettre le luxe d?une monnaie forte. Autrement, on finira par grossir les rangs des sans-emploi comme cela se passe pourtant en ce moment même en France, un pays aux produits souvent inégalés.
L?euro, oui je parle bien de l?euro qui n?a rien de comparable avec la roupie, est déjà sous la pression du président Sarkozy et des grands exportateurs européens, et ne pourra pas résister encore longtemps pour se déprécier. La Chine, sous la pression des Américains et de ses partenaires européens pour réévaluer sa monnaie et dont les réserves en monnaie étrangère s?accroissent de 1 milliard de dollars chaque jour qui passe, ne veut pas voir le yuan s?apprécier de plus de 1 ou 2 % sans donner le temps aux entreprises de s?ajuster.
Cela dit, vous écrivez que c?est seulement quelques entreprises qui courent le risque de disparaître, un petit prix à payer en échange de ces petits points d?inflation. On ne veut voir que le bout de l?iceberg. Je pense bien qu?un jour on tiendra la comptabilité du montant que l?on aura fait payer aux petits planteurs, à tout le secteur sucrier, aux centres d?appels et au BPO, tout le secteur du tourisme, bref toute une économie de plus de 200 000 emplois, par rapport à leur croissance de demain, leur capacité à investir, à innover et à recruter. Sans compter les effets induits sur le restant de l?économie. Le temps nous le dira.
Pour cela, vous m?accusez « d?effrayante insensibilité ». Sait-on qui sont ceux qui profitent vraiment de la conjoncture actuelle ? Pas besoin d?être savant pour deviner ce que peuvent gagner les spéculateurs d?ici et venus d?ailleurs à coups de milliards, dans la conjoncture actuelle d?une monnaie qui s?emballe avec un taux rémunérateur de plus de 10 % sur les placements à court terme disponibles à tour de bras sur notre marché financier. Quant aux autres « gains » à court terme relevant de cette baisse des prix, sait-on que cela se répercute aussi bien aux nantis, aux salaires élevés qu?aux ménages à bas salaires ? Mais, comme la taxe régressive, je suis même d?avis que les bas salaires en « profitent » moins que les autres, compte tenu du panier de consommation des uns et des autres. Je n?ai pas à vous faire un dessin.
Tout cela, à quel prix économique et social du chômage qui guette, par rapport à l?investissement de demain et à ceux qui vont éventuellement perdre leurs emplois à courte échéance et dont la plupart ne pourront manifestement pas être recyclés facilement ?
À moins de croire que l?on peut redéployer du jour au lendemain le machiniste de l?usine textile de Plaine-Lauzun vers la cybercité de Réduit, casque aux oreilles. C?est cela l?insensibilité.
■ Georges CHUNG TICK KAN
NOTE DE JCL
Je n?ai pas le sentiment que le président de la Mauritius Export Association fait référence à mon éditorial. Il répond à quelqu?un d?autre. Ce n?est pas mon affaire.
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