Publicité
Souriez, on vous filme
«Le projet Close Circuit Television (CCTV) a pour objectif de lutter contre la délinquance. Les caméras seront installées au-dessus de bâtiments ou sur des poteaux », déclare le surintendant Max Louison du Police Press Office.
Du 1er au 24 avril, une délégation chinoise composée d?ingénieurs, a procédé à une étude dans le pays afin de déterminer les endroits nécessitant d?être équipés en matière de vidéosurveillance. Face à leur taux de délinquance élevé, Port-Louis et Grand-Baie ont été choisies comme villes pionnières pour accueillir l?équipement électronique.
L?importante fréquentation des touristes dans ces villes, n?est pas étrangère au choix de Grand-Baie et de Port-Louis. « Nous avons été consultés à plusieurs reprises et nous avons déterminé que les endroits où il y a le plus de touristes sont Port-Louis et Grand-Baie. Et là où il y a plus de touristes, il y a plus de risques de délits », explique Joël Rault, directeur de la Tourism Authority. Ainsi, à Grand-Baie, les caméras seront disposées sur le long de la route côtière. Et une salle de contrôle principale sera installée aux Casernes centrales et un poste de contrôle à Grand-Baie.
Le coût élevé de la mise en place du projet CCTV explique aussi le choix de seulement deux villes. « Le coût reste considérable. C?est pourquoi nous occupons que deux villes pour le moment », souligne le surintendant.
Le système de vidéosurveillance coûtera certes assez cher, mais l?heure est encore aux estimations concernant le véritable montant du projet. Si en juin 2007, lors de la lecture du budget 2007-2008, le ministre des Finances, Rama Sithanen, accordait une enveloppe de Rs 70 millions, garantissant la mise en place du projet, aujourd?hui au Prime Minister?s Office, on suppute qu?il pourrait coûter jusqu?à Rs 130 millions. C?est le rapport final de la délégation chinoise qui en définira le montant exact. Le Prime Minister?s Office s?est, lui, refusé à tout autre commentaire.
Même si elles serviront à lutter contre la petite délinquance, les caméras de surveillance qui sont déjà installées dans des lieux privés, ont permis à la police d?identifier et d?appréhender des suspects dans diverses affaires, certaines criminelles. Ce fut le cas en avril dernier pour l?affaire des présumés violeurs d?une jeune fille âgée de 17 ans à Flic-en-Flac (voir hors-texte).
Par ailleurs, le Courts Act garantit que les films enregistrés et autres preuves obtenues via la vidéosurveillance sont considérés comme des pièces à conviction. Un système qui tend à prouver que la vidéosurveillance sera bénéfique pour la résolution d?enquêtes. En revanche, rien n?assure et ne prouve qu?il sera efficace dans la prévention de la délinquance.
La vidéosurveillance déplace la délinquance
En France comme en Grande-Bretagne, les systèmes de vidéosurveillance sont soumis à différentes études depuis une quinzaine d?années quant à leur réelle efficacité. Certes, ils ont aidé à résoudre des enquêtes. Ce fut le cas pour les attentats de Londres en 2005. Les caméras de surveillance ont permis à la police britannique de traquer et d?identifier les poseurs de bombes des 7 et 21 juillet 2005. Toutefois, il faut noter que la vidéosurveillance massivement implantée dans la capitale britannique n?a pas dissuadé les poseurs de bombes.
À Maurice, il faut savoir que certaines de ces caméras seront visibles et d?autres pas. Par conséquent, la vidéosurveillance sera utilisée à la fois à des fins préventives, mais aussi répressives.
Par ailleurs, les études effectuées en France et en Grande-Bretagne soulignent que la vidéosurveillance ne fait que déplacer la délinquance et ne permet pas de l?éradiquer. Les malfaiteurs poursuivent leur activité là où il n?y a pas de caméras. Un fait qui sera inévitable à Maurice. « Il est vrai que la délinquance se déplace suite à l?installation de ce système. C?est le cas lorsque l?on a une population touristique qui se déplace dans le pays. Mais à Maurice ce n?est pas le cas. Les touristes sont présents au même endroit », souligne Joël Rault.
« Certes, il existe un faible pourcentage montrant que la délinquance risque de se déplacer, mais la délinquance est attirée par les villes, les endroits où il y a du monde, je ne vois pas où sera leur intérêt d?aller ailleurs », ajoute, de son côté, Max Louison.
Par ailleurs, parallèlement à la mise en place de la vidéosurveillance, et pour rendre son utilisation plus efficace, le système de radiocommunication va être rénové. Ainsi, le réseau analogue va céder sa place au réseau digital. Ce système couvrira jusqu?à 3 000 terminaux sur toute l?île. Autant d?innovations qui, espérons-le, porteront leurs fruits?
LORSQUE LA CAMERA ACCUSE?
■ Mai 2004 - une hôtesse de l?air est arrêtée pour avoir volé la carte de crédit d?une passagère sur un vol en provenance de Londres.
Elle utilisera la carte pour effectuer différents achats dans un supermarché, mais elle sera identifiée par la caméra de surveillance du magasin.
■ Février 2005 - La caméra de surveillance d?une banque permet à la police de remonter jusqu?aux trois faux policiers ayant séquestré et agressé trois musiciens sur la plage de Bain-des-Dames.
■ Février 2005 - Les suspects du braquage de la MCB ont été identifiés et interpellé grâce au système de vidéosurveillance de la banque.
■ Novembre 2005 - Les policiers demandent à visionner la bande vidéo de la caméra de surveillance de la DBM à Port-Louis. Cela leur permettra d?identifier et d?appréhender l?individu qui s?est introduit par effraction dans la banque.
■ En 2006, identifié par une caméra de surveillance dans un centre commercial, Jean-Ludovic Coiffic sera inculpé pour avoir payé divers produits avec des chèques falsifiés. C?est tout un réseau de faussaires qui sera démantelé à la suite de cette arrestation.
■ Novembre 2007 - Une employée de la Barclays fabrique des cartes au nom de clients importants de la banque et effectue des retraits de leurs comptes par le biais d?un guichet automatique. Ce sont les images filmées par la caméra de surveillance de la banque qui prouvent qu?elle a utilisé l?ordinateurpour fabriquer les cartes, alors qu?elle n?en a pas l?autorisation.
■ Avril 2008 - Les présumés violeurs d?une jeune fille âgée de 17 ans sont confondus par une caméra installée sur un bâtiment à Flic-en-Flac, par quelqu'un du privé. Et c?est grâce aux images captées par la caméra que les policiers ont pu appréhender les suspects.
Publicité
Publicité
Les plus récents