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« Ile Maurice Passions » : Fruit de deux passionnés
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« Ile Maurice Passions » : Fruit de deux passionnés
Caroline Barth et Elie Bernager ne sont pas Mauriciens. Ni de souche, ni légalement. Ils ne possèdent donc pas de carte d?identité mauricienne. Pardon ! De sécurité sociale. Ils ne cultivent surtout pas, comme nous tous, la canne à sucre et les préjugés. Ils sont pourtant plus Mauriciens que vous et moi. Ils le sont de c?ur.
Ils le sont comme le sont notre Malcolm national et son non moins génial neveu, Henri Souchon. Ils voient ce qui nous est invisible. Ils voient, non pas avec l??il, le regard déformateur, mais avec le c?ur. Avec l?esprit. Avec intelligence. Ils voient l?essentiel. Ils le disent bien : Nos portraits de Mauriciennes et de Mauriciens sont des coups de c?ur. Des coups de foudre.
Ils ont présenté leur album de portraits mauriciens, mercredi dernier, au Centre Charles Baudelaire, à Rose-Hill. Un moment de grâce. Ce même Charles Baudelaire qui, intelligemment, poétiquement, associe passion et adoration. Je pense à Fernande, disant à sa fille, lui annonçant avoir trouvé l?homme de sa vie : « Mets-toi à genoux et remercie le Ciel ». Action de grâce s?impose, en effet, en pareille découverte. Nous ne savions pas notre île aussi aimable ni aussi estimable.
Caroline Barth et Elie Bernager. Deux passionnés sachant s?émerveiller de la passion des autres. L?on pense au ravi d?Yvan Audouard, dans son inégalable Pastorale des Santons de Provence. Leur album, Ile Maurice Passions, permet à ses lecteurs que nous espérons nombreux, à ses contemplateurs, d?aller de ravissement en ravissement. Ils gravent, au frontispice de leur oeuvre, leur devise, empruntée à Jean Baudin : Il n?est de richesse que d?hommes. Passionnés, faudrait-il ajouter.
Passion n?est pas synonyme de coup de baguette magique. Même si quelque part, dans ce beau livre, faisant l?utile pendant au Mémoires de couleurs de Claude Pavard, ils associent « image » à « magie ». Passion, c?est 99 % de souffrance, de calvaire, d?angoisse, de sentiment d?abandon, d?échec, de temps perdu, d?efforts inutiles, pour le un pour cent final de Résurrection. Celle-ci, en l?occurrence, est l?apothéose de figurer dans cette quarantaine de portraits, valorisant la passion qui valorise un pan inédit de notre inestimable patrimoine mauricien, ayant surtout besoin de valorisation.
Reconnaissance officieuse en tout cas. Mais d?une pureté limpide. D?une gratuité impeccable, cristalline. Surprenant constat : Pas un seul décoré de l?Etat, peut-être, dans cette cohorte de Mauriciens émérites et exemplaires. Un passionné ne saurait briguer un quelconque ruban. On le lui offrirait qu?il en naîtra une grave crise de conscience. On ne peut pas oublier tout de go la prostitution des arrivistes et autres opportunistes.
<B>Fruit de l?obsession</B>
Il y a des oublis. Cela va de soi. Caroline Barth et Elie Bernager font, par avance, appel à notre indulgence. Ils n?aspirent pas à l?exhaustivité, se culpabilisent-ils. Attention ! toutefois car ils annoncent une suite que nous attendons déjà, avec fièvre et impatience. Pas la même, toutefois, que celles de ceux et celles qui voudront à présent qu?ils fassent leur portrait. À la manière de ces prétentieux, s?étonnant de n?être pas encore en Aparté, avec le trop gentil Alain Gordon.
Passion, fruit de l?obsession. De l?emballement mais permanent. Pas feu de paille. Passion religion. On entre en passion. En quittant le monde, ses conventions, ses préjugés, son obséquiosité. On prend le risque de tout perdre pour gagner une raison de vivre, une raison d?être. Ce sont des états affectifs dominant la vie, et pas seulement de l?esprit, par l?intensité de ses effets. Mauvaise presse d?ailleurs pour toute passion. Mal vue par de riches mères voulant bien marier leur progéniture. On lui attribue volontiers tous les méfaits de la terre et même les plaies d?Egypte alors qu?elle est la source de tous nos plaisirs. Passion demeure notre joie de vivre, d?exister. Passion pour mourir, non pas riche matériellement, mais comblé.
Passion toujours déraisonnable car comprenant une grande part d?aveuglement, de folie même. C?est qu?elle n?hésite pas à se prendre pour boussole. Mais tout compte fait : les passionnés sont les seuls êtres intéressants et signifiants autour de nous.
Passion, fil, non pas rouge, mais conducteur d?un guide atypique de notre île Maurice bien aimée. Caroline Barth et Elie Bernager la qualifient de mosaïque mais dont chaque morceau ne s?imprègne pas des vertus des autres. L?arc-en-ciel dit mieux cette juxtaposition de couleurs spectrales conservant leur identité tout en se fondant, aux extrémités, avec les voisines. Henri Souchon parle génialement de salade de fruit. L?ananas reste ananas mais prend goût d?orange et saveur de mangue. Kaléidoscope c?est encore mieux car le métissage harmonieux se renouvelle sans cesse et inlassablement.
Paradis naturel ou fait par le travail intelligent de l?homme ? Avant le débarquement des premiers hommes, Maurice n?est qu?une forêt impénétrable, s?arrêtant au battant de la lame. Avant d?être hôtel paradisiaque, Trou-aux-Biches n?est que cocoteraie abandonnée, délaissée, n?ayant ni plage, ni lagon. Casela est champ de canne avant d?être volière. Il est vrai que le village de vacances marocain de Mico Giraud n?est plus, à Touessrok.
L?Homme peut détruire ce que l?Homme a construit. Et enlaidir ce qu?il a embellit. Qui nous rendra nos processions de poinsettia, descendant la Montée Bolle en direction de Flic-en-Flac ? Maurice n?appartient pas à l?esthète passéiste, nostalgique, mais aussi au nouveau riche peignant son palace de couleurs chocolat et orange Fanta. Le Beau ne m?appartient pas. Je le partage avec les autres.
<B>Flambeau de la liberté</B>
Il y a des textes éclairants, révélateurs, instructifs, se prêtant à la méditation. Il y a aussi des photos. Du Morne transfiguré. Un Morne ardent devenant flambeau de Liberté et d?évasion. Le Pieter Both en contre-pente. Calodyne par temps d?inondations et de pluies torrentielles. Le sourire de Marie. Irrésistible. Le Musée qui penche de Tristan et de Marie Noëlle. L?optimisme de Ben Gontran. Les croix penchées de Hart. L?image vaut le texte pourtant d?une grande beauté.
Il y a les 35 portraits. Rédigés avec le c?ur. Avec l?encre passion. Bel exercice de valorisation. Ce que nous pouvons faire de mieux sur terre : valoriser ce que les autres font de valeureux. Un ordre de combat que tout journaliste bien né devrait adopter.
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