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Comprendre le comptage des foules

3 mai 2008, 00:00

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Emportés par les foules des sympathisants et militants, les partis politiques clament des estimations dans le but de démontrer chacun leur poids électoral et leur force politique. Le secrétaire général du Parti travailliste (PTr), Deva Virahsawmy, estimait que la place Edward VII ne pouvait accueillir plus de 6 000 personnes. Tentative de tuer dans l??uf les estimations qui ont suivi ? Quoi qu?il en soit, c?est la preuve que la «bataille des foules» est capitale dans la vie politique locale. En vérité, plus que l?enjeu du 1er mai, c?est bien la technique d?estimation des foules qui est intéressante, compte tenu de la connotation qu?on lui donnera.

Pour mieux comprendre ces techniques, nous nous sommes tournés vers la Préfecture de Police de Paris. L?autorité policière de Paris est rompue à cet exercice que les médias attendent pour répercuter les chiffres ? ainsi que ceux des organisateurs de rassemblements ou manifestations. D?emblée, un responsable de la Préfecture de Police de Paris, joint par téléphone, précise : «On ne s?intéresse qu?aux rassemblements ou défilés sur la voie publique. On ne se penche pas sur les meetings politiques tant qu?ils n?ont pas d?incidence sur la voie publique. À ce niveau, notre travail se fait toujours en fonction de l?ordre public.» Les chiffres avancés ne peuvent pas être, a priori, l?objet de récupération politique.

Plus que d?un procédé «scientifique», ce haut gradé français parle «d?un système, d?un exercice de comptage éprouvé ; pour qu?il soit scientifique il aurait fallu du matériel sophistiqué et établir des modèles scientifiques. Il est très difficile d?être péremptoire à ce sujet». Ainsi, lorsqu?il s?agit d?un défilé, le comptage de la foule se fait le long du cortège. Pour cela, les services de police définissent «un point de comptage qui ne doit être trop proche ni de la tête ni de la queue du cortège. En fait, ce point de comptage doit être sur le chemin de la tête du cortège mais pas trop éloigné du point de départ car nous nous sommes rendus compte que les manifestants marchent de moins en moins. Donc pour avoir une estimation la plus juste, il nous faut trouver un point de comptage idéal et en hauteur pour avoir une vue imprenable et globale».

Une fois le site de comptage établi, les fonctionnaires de police, à l?aide d?un appareil de comptage, dénombre chaque rangée de personnes passant devant le point de comptage. Quand il s?agit de grands rassemblements, plusieurs points de comptage sont mis en place et les chiffres avancés par ces différents points sont ensuite confrontés pour conforter l?estimation globale. «Dernièrement, nous avons eu de grandes manifestations de lycéens à Paris. Nous avons dénombré environ 18 000 personnes. Entre les deux points de comptage il n?y avait qu?une différence de 1 500 personnes environ.»

<B>Independance et bonne foi</B>

L?exercice de comptage s?appuie également sur des «données objectives», essentiellement lorsqu?il s?agit de rassemblements et non de défilés. «On s?appuie sur la surface du lieu de rassemblement, on s?intéresse à la densité (1 pers / m2 en moyenne ; si la foule est plutôt dense on compte au moins 2 personnes par m2. Après, c?est un exercice simple de mathématiques. Aussi, nous prêtons attention aux transports : le nombre de bus ou trains mobilisés. Les bus et les trains s?arrêtent à des lieux précis, on relève donc le nombre de bus et de trains et la moyenne de remplissage pour conforter nos chiffres.»

Lorsque les chiffres sont contestés, le responsable de la Préfecture de Police nous apprend qu?un rapport est rédigé faisant l?état de la procédure suivie, des méthodes utilisées et des relevés. Les contestations recoupent des revendications pour démontrer la force du mouvement impliqué. «La multiplication des points de comptage qui ne sont pas reliés entre eux garantit l?indépendance et la bonne foi des résultats.» Notre interlocuteur estime «la marge d?erreur autour de 10 %».

L?estimation des foules prend à Maurice une coloration politique très nette. Car les foules qui intéressent sont celles du 1er mai ou des meetings politiques. Or, pour le responsable de la Préfecture de Police de Paris, «c?est un exercice purement technique pour alimenter nos archives et surtout assurer l?ordre public et prendre les mesures nécessaires pour la circulation. Maintenant les organisateurs et les journalistes attendent nos chiffres ce qui leur donne une importance, un aspect politisé ou partial, qui n?a pas lieu lorsque nous effectuons ce travail».

<B>Des techniques différentes à Maurice</B>

C?est bien lors des rassemblements du 1er mai que l?estimation des foules revêt un enjeu capital. Paul Bérenger a lui-même parlé dans son discours à Rose-Hill de la «bataille des foules». Sur l?autoroute en descendant de Pailles, peu avant le collège Royal de Port Louis, une grande affiche du MSM montrant la foule présente lors du meeting accroche le regard et lance «Ala la vérité». Le Parti travailliste dans sa conférence de presse d?hier est satisfait de la foule que l?Alliance sociale a rassemblée et conteste les chiffres avancés par l?express. Mais comment s?opère donc le comptage ? Un officier de la National Security Service confie anonymement que le comptage suit différentes techniques. «D?un point situé en hauteur, on définit des groupes de 100 personnes que l?on additionne.» Semble-t-il, la définition d?un groupe de 100 personnes donne une approximation assez juste que l?on peut reprendre en divisant la foule. Aussi, chaque circonscription envoie un certain nombre de bus. Des membres de la Special Supporting Unit effectuent cet exercice de comptage d?observation directement sur place. Le chiffre est ensuite confronté aux observations faites à l?arrivée auxquelles on ajoute l?estimation du nombre de personnes ne prenant pas les transports en commun mobilisés. Rajesh Baghwan évoque le même type d?exercice. On tient compte du nombre de bus et de vans loués. Ensuite, le MMM part d?un objectif fixé de «800 personnes par circonscription en moyenne, soit 16 000 personnes», auxquels il faut rajouter 1 500 à 2 000 «flottants». Une «vérification est faite à chaque pick-up point». Enfin, le secrétaire général du MMM souligne qu?il faut «compter les rues latérales aussi. Ce n?est pas seulement l?espace devant l?estrade qui accueille toute la foule». Du côté du PTr, «on travaille sur la surface», fait ressortir son secrétaire général, Deva Virahsawmy. «Nous comptons une moyenne de quatre personnes par mètre carré. Mais il nous faut faire abstraction des feux de signalisation et autres obstacles sur la surface considérée. Ensuite, on compte également les rues latérales, mais ce n?est que le jour même du meeting que l?on peut avoir une idée de la profondeur de ces rues qui sera occupée. Nous appliquons une marge d?erreur de plus ou moins 10 % au chiffre approximatif que nous obtenons. Il est plus difficile de travailler à partir des transports, la technique se basant sur la surface du lieu de rassemblement permet une mesure chiffrée plus acceptable.»

<B>Estimation scientifique au Québec</B>

Sur le blog de Richard Martineau, chroniqueur au Journal de Québec, un internaute fait référence à un article de 2004 du journaliste Jacques Noël qui expliquait la manière d?estimer une foule. Évoquant de grandes manifestations au Québec, le journaliste canadien écrit en 2004 : «Il est assez facile d?estimer une foule «scientifiquement». Il s?agit de calculer la superficie occupée et de diviser par la densité (nombre de personnes par mètre carré). Une foule dense, immobile, comptera plus d?une personne au mètre carré. Mais une foule en mouvement, rarement plus d?une personne pour deux mètres carrés. Les photos aériennes prises lors de la «manif de la Liberté» montrent que la foule s?étend sur moins de deux kilomètres sur Laurier, entre l?église de Sillery et l?entrée de l?université Laval. Comme Laurier a 10 m de largeur, la manif occupait donc 20 000 m2. À une personne pour deux mètres carrés, il n?y avait donc guère plus de 10 000 X en colère. C?est loin, très loin, des 50 000 annoncés par un policier [?]. Ce chiffre de 10 000 peut être validé par deux données objectives. [?] l?Agora [?] ne peut pas contenir plus de 7 000 personnes. Où aurait-on pu mettre les 43 000 autres ? [?] Puis, le service de retour au PEPS (10 km) était assuré par les bus d?Intercar. Un coup de fil chez Intercar vous apprendra qu?il y avait 12 bus en service qui ont effectué chacun neuf voyages. À 48 personnes par bus, on a donc rapatrié pas plus de 5 000 X. Comment sont rentrés les 45 000 autres ?»

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