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Jocelyn Grégoire : «Je suis prêtre, je mourrai prêtre»
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Jocelyn Grégoire : «Je suis prêtre, je mourrai prêtre»
«Je n?ai aucune intention de rendre ma robe pour entrer en politique active. Mo enn mon per, mo pu mor mon per.» Le père Jocelyn Grégoire a profité de son rassemblement du 1er mai au stade sir Gaëtan Duval, à Rose-Hill, pour faire taire tous ceux qui lui prêtent des intentions de faire de la politique active. Mais également dissiper une certaine «confusion» qui, dit-il, règne dans la tête des gens, toutes classes sociales et toutes communautés confondues, quant au fait qu?il soit prêtre mais aussi président de la Fédération des Créoles mauriciens (FCM). Loin d?assombrir ce qui se voulait une fête, cette déclaration du père Grégoire a réjoui les quelque 12 000 personnes qui étaient venues écouter celui qu?elles considèrent comme un «sauveur».
«Mo latet fatige»</B>
Mais même s?il n?a pas l?intention de délaisser sa soutane pour faire de la politique, le père Grégoire a tenu à préciser que sa vocation de prêtre lui demande «de ne pas faire de différence entre la foi et la vie des gens». C?est pourquoi il a l?«audace» de ne pas «proclamer l?Evangile de Jésus uniquement par la bouche» mais de «vivre l?Evangile». Une situation qui lui permet de connaître les misères, les demandes et les besoins de la population. C?est pourquoi, il s?engage à faire changer les choses. Car «kreol ena bocou retar pu konble». Tellement que «mo leker fer mal, mo latet fatige». Un «retard» accumulé depuis 1967. «Depuis que les Créoles avaient voté pour l?intégration à l?Angleterre.» Contre l?indépendance. «Inn met nu de kote. Servi nu kom enn depo fix.»
Selon le père Jocelyn Grégoire, que ce soit dans le domaine politique, le système économique, le domaine académique ou le système juridique, «ena enn problem dan nu sosiete. Bann kreol pe tro soufer», dit-il, citant l?échec scolaire, la drogue, la prostitution. Concernant le système de promotion dans le secteur privé, il estime que c?est «très rare que les Créoles soient les premiers». En tant que prêtre, il trahirait son sacerdoce s?il ne faisait que «se poser la question du pourquoi de la souffrance des Créoles». Il trahirait son sacerdoce s?il ne dénonçait pas ce «système politique qui a marginalisé les Créoles». «Il faut trouver une solution pour aider les Créoles.»
<B>«Nu lafors li la»</B>
Et la foule qui s?est déplacée hier démontre bien que «zot nepli envi someye. Vous avez réalisé que la communauté créole doit se réveiller. Qu?un nouveau soleil est en train de briller». C?est d?ailleurs pourquoi il a accepté de devenir le premier président de la FCM. Pour aider à trouver des solutions. Sa vocation de prêtre, il l?exerce auprès des plus pauvres de la société. Et à Maurice, qui dit plus pauvres de la société, dit plus particulièrement la communauté créole.
Mais loin de prôner un discours de division, le père Grégoire a demandé la collaboration de toutes les communautés pour trouver des solutions parce que «nous avons tous un beau-frère ou une cousine qui s?est marié avec quelqu?un d?une autre communauté». Il a salué le leadership chez d?autres communautés, en rappelant sir Seewoosagur Ramgoolam, Bissoondoyal, sir Razack Mohamed, Moileen Ah Chuen et sir Gaëtan Duval. Demandant aux Créoles de ne pas être jaloux de la réussite des autres, il a dit prier pour qu?il y ait un vrai leader créole qui aiderait à la construction de l?île Maurice arc-en-ciel.
Rappelant les trois missions de la FCM (le réveil de la communauté créole, l?affirmation de son identité et la célébration de sa fierté), le père Jocelyn Grégoire a précisé que le but de la fédération est aussi que «dimin, kreol kapav dibout lor so lipie, guet so voisin musulman, hindou, sinoi, blan, e dir li : to mo frer, mo kontan twa». Le père Grégoire précise que c?est la «mission» que la FCM s?est donnée «en vue de la construction de l?unité nationale». Mais pour qu?il y ait unité nationale, il faut que tous les citoyens soient égaux. «Kreol na pa kapav res enn citoyen troisiem ou katriem grade. Inn ler pu li sorti depi sa fouretou ki apel populasion general.»
La communauté créole ne peut plus être un roseau qui bouge au gré des «vents politiques». «Nous sommes un baobab bien enraciné.» Fort de son rassemblement d?hier et d?octobre 2007, il est d?avis que les «droits des Créoles doivent être respectés. Parski nu lafors li la.»
La FCM présente six revendications. L?amendement à la Constitution pour que le terme créole remplace celui de population générale, la reconnaissance du créole comme une langue nationale, que les partis politiques pensent à la représentation des Créoles lors des élections par rapport au profil de la circonscription, une éducation de la deuxième chance avec la création d?écoles du soir ainsi qu?une commission d?enquête indépendante pour venir en aide à ceux qui ont perdu leur terrain par «prescription». Un problème qui ne touche pas que la communauté créole. Et finalement, l?embauche de davantage de Créoles dans la fonction publique. Une revendication qui a permis au père Grégoire de revenir sur «l?injustice» commise à l?égard de l?assistant commissaire Jean Bruneau, mais également sur l?embauche d?un bon nombre de Créoles au sein de la police pas très longtemps après son rassemblement d?octobre. «Mo pa kone kisana bizin dir mersi me mo dir li mersi.»
AMBIANCE
<B>Sans «briani» offert, ni bus gratuits</B>
■ Ils étaient venus en famille. Avec femmes et enfants. Pour beaucoup, avec leur natte, leur parasol et leur encas pour pique-niquer. Car chez le père Grégoire, le «briani» n?était pas prévu. Si on voulait manger, il fallait mettre la main à la poche. Des «kebabs», boulettes et «mines» étaient en vente à l?extérieur du stade de Rose-Hill. Pas de bus non plus. Plutôt des mini vans. Prêtés par de généreux mécènes. Et puis, comme à la messe du dimanche, on a passé «la quête». Fait appel à la générosité des partisans et fidèles afin qu?ils apportent leur contribution financière à la Fédération des Créoles mauriciens (FCM). Ils pouvaient également se procurer des t-shirts frappés du logo de la FCM à la porte. Histoire de mettre un peu de sous dans les caisses de la fédération mais également de repartir avec un souvenir de cette journée. Autre que le coup de soleil qu?ils n?ont pas manqué d?attraper sous ce soleil de plomb. A la porte, on distribuait gratuitement des posters de la FCM, en expliquant bien qu?il ne fallait surtout pas le jeter. Ni le déchirer. Mais que «Per Grégoire pu dir ou taler ki bizin fer are sa». «Taler», ça a été plus de deux heures plus tard pour ceux qui sont arrivés à 12 heures. L?heure à laquelle devait commencer le rassemblement. En attendant, ils ont pu apprécier le spectacle offert par les chanteurs créoles in du moment. Ils ont repris en c?ur les paroles de leurs chansons à la mode. Avant de reprendre, avec le c?ur, cette fois, les couplets des cantiques du père Grégoire. Sans avoir à jeter ne serait-ce qu?un coup d??il aux petits pamphlets regroupant les paroles de ces cantiques. Ils ont chanté, levé les bras, acclamé le père Grégoire. Ils n?étaient venu que pour lui. Ils sont repartis à peine son intervention finie. Ils ont tout juste eu le temps d?applaudir les lauréats et classés créoles. Des modèles à suivre...
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