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OGM : les faux espoirs

27 avril 2008, 00:00

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La situation est alarmante. L?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO) ainsi que les pays développés ont commencé à se rendre compte de la menace qui pèse sur la sécurité alimentaire mondiale. Et à Maurice, le débat est lancé. La question de l?introduction des Organismes génétiquement modifiés (OGM) a été soulevée par Paul Bérenger, leader de l?opposition, comme un pas vers l?autosuffisance alimentaire que recherche le pays.

Et cette question ne laisse pas insensible. Car lors des travaux parlementaires de mardi dernier, le ministre de l?Agro-industrie, Arvin Boolell, s?est lancé dans un vaste exposé sur la question. Arguant que ce n?est pas une mince affaire, mais que cela implique une profonde réflexion au niveau national. Mais surtout que la mise en place des règlements d?application du Genetically Modified Organism Act de 2004 est nécessaire.

Pendant ce temps, hors de l?hémicycle, Ramdev, un petit planteur, songe comment reconvertir ses deux arpents de terrain. La culture de la canne à sucre n?est plus rentable. Et il ne veut pas se lancer dans l?immobilier, car cela implique trop d?investissements. Mais le hic, le terrain de Ramdev se trouve parmi les 4 460 hectares identifiés par le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) comme n?étant pas viable pour tout autre exploitation agricole. Trop sec, disent-ils au MSIRI. Et c?est là que Ramdev entend parler des OGM.

Encore à l?étape d?étude

Mais ses illusions s?envoleront très vite. Car « à ce jour, aucun légume génétiquement modifié n?est exploité commercialement », précise d?emblée Asha Saumtally, responsable du département des manipulations génétiques du MSIRI. Depuis plusieurs années, l?institut développe des différentes variétés de canne à sucre pour les variations micro-climatiques du pays à travers le croisement. Et les variétés sujettes aux modifications génétiques ne sont qu?à l?étape de l?étude.

« Il n?existe que deux catégories d?OGM : celles qui sont résistantes aux herbicides et celles qui le sont aux ravageurs (insectes et animaux) », explique la chercheuse. « Pour la canne à sucre, on a développé des variétés qui sont résistantes à des climats secs, où il n?y a pas de pluie ou même d?irrigation. Mais pour les autres plantes, une résistance à la sécheresse est inexistante. » Selon Asha Saumtally, toute autre plante transgénique peut exister à l?état d?étude, mais reste inexploitable au niveau commercial.

Et les arguments se suivent et se ressemblent. Ce qui n?est pas pour rassurer Ramdev. « D?emblée, il faut savoir que si le planteur mauricien veut se lancer dans la culture des OGM, il n?aura que quatre choix : le maïs, le coton, le soja ou la canola. Est-ce que cela sera rentable de cultiver ces plantes à Maurice ? », se demande Jairaj Ramkissoon, directeur du Food and Agriculture Research Council (FARC).

Il y a aussi la question des variables naturelles qu?on veut contrer à travers les manipulations génétiques. « Générale-ment, les OGM offrent une productivité de 10 à 20 % de plus, car ils sont dessinés pour résister à des menaces naturelles comme les herbicides ou les insectes », poursuit Jairaj Ramkisson. « Mais quelles sont les menaces à Maurice ? Dans le cas d?un cyclone, OGM ou pas, il n?y aura pas de différence sur la productivité. »

Désillusion en désillusion donc pour Ramadev. Mais outre ces aspects pratiques, l?introduction des OGM à Maurice n?est pas pour demain. Car, avant tout, la législation n?est pas prête.

À la base, le Genetically Modified Organism Act fait suite à la signature de Maurice du Protocole de Cartegena en 2002. Le but d?un tel protocole est de protéger les pays à travers le monde des dangers éventuels que représente la biotechnologie. En tant que pays en voie de développement, Maurice a eu jusqu?à 2005 pour être signataire de ce protocole mondial. Le Genetically Modified Organism Act avait été voté en 2004, mais n?est pas opérationnel jusqu?à ce jour. La raison : des règlements d?applications incomplets.

Des moyens dont le pays ne dispose pas

Cependant, en 2005, le National Bio-Safety Committee voit le jour. « Le rôle de cette institution n?est nullement scientifique, mais a purement une base consultative.

Notre rôle est d?aviser le gouvernement sur le transport, l?emballage ou l?étiquetage des produits à base d?OGM », explique Sudesh Puchooa, président du comité. Cette instance débouchera d?ailleurs sur la création d?un sous-comité qui se penchera sur une douzaine d?aspects légaux, soumis au State Law Office depuis novembre 2007.

Mais outre ce comité, le ministère de l?Agro-industrie met parallèlement sur pied une instance : la Bio-Safety Clearing House. Entité regroupant toutes les informations sur la sécurité des aliments à base de la biotechnologie, la Bio-Safety Clearing House sera une banque de données pour les différentes instances, mais aussi le public en général. Ainsi, tout entrepreneur ou planteur intéressé par la culture ou l?importation et l?exportation des aliments à base d?OGM y trouveront réponses à leurs questions.

Mais mettre sur pied cette entité requiert des moyens dont le pays ne dispose pas nécessairement. Ainsi, outre ces deux instances gouvernementales, une initiative de l?United Nations Environment Programme (UNEP) et du Global Environment Facility (GEF) vise à déboucher sur une Bio-Safety Framework for Mauritius. Une énième entité, bénéficiant du support des Nations unies, pour aider le pays à la formation des officiers qui seront appelés à appliquer les provisions du Genetically Modified Organism Act.

Enoncer l?idée des OGM n?était pas vain. Mais face à la complexité du sujet et un domaine de réflexion trop vaste, l?introduction des OGM demeure, pour l?instant, un faux espoir face au problème de la sécurité alimentaire de l?île. Outre les démarches des diverses entités, la balle est maintenant dans le camp du State Law Office, qui doit rédiger les applications légales rattachées au Genetically Modified Organism Act. Entre-temps, Ramdev n?aura que la conversion immobilière comme choix pour son terrain. Mais ce n?est pas cela qui nourrira l?île Maurice de demain.

EN CHIFFRES

12 millions.

C?est le nombre de fermiers au niveau mondial à avoir choisi d?exploiter la filière des plantes biotechnologiques, incluant les Organismes génétiquement modifiés (OGM).

114,3 millions.

Ce chiffre représente la surface mondiale, en hectares, sous culture de plantes issues de la recherche biotechnologique selon les chiffres de février 2008 de l?International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications.

12

pays en voie de développement ont adopté la culture des plantes biotechnologiques. Ils dépassent, et c?est une première, le nombre de pays développés ? ils sont onze ? qui cultivent ce type de plantes.

3 414

hectares ont été libérés par le ministère de l?Agro-industrie, le State Investment Trust, la Mauritius Sugar Planters Association, Rose-Belle Sugar Estate, entre autres, pour la diversification agricole.

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