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Grégoire le notoire
<B>Par Nazim ESOOF </B>
Le 1er mai risque de prendre des couleurs ecclésiales au point d?éclipser les forces politiques, cette année. C?est la menace qui pèse sur la classe politique et, plus particulièrement, sur le MMM qui a choisi de réunir ses partisans à Rose-Hill alors que les fidèles de la Fédération Créoles mauriciens (FCM) seront au stade sir Gaëtan Duval. Du moins, les mauves sont convaincus que l?action du père Grégoire, le 1er mai prochain, vise surtout à leur faire de l?ombre. Quelles que soient les intentions du prêtre et de son mouvement, il y a, effectivement, un duel à distance que vont se livrer une association «socio-religieuse» et le bestiaire politique. Mais cela n?est d?une pertinence qu?au plan de l?actualité politique. L?intérêt est aussi ailleurs.
Il est un fait que pour sa première manifestation publique, la FCM avait créé la surprise en réunissant une foule qui a fait pâlir toutes les formations politiques. Pour un certain nombre d?observateurs, ce succès est à inscrire dans un contexte et une historicité précis.
Il faudrait, cependant, se poser certaines questions. Certes, le rayonnement du père Grégoire lui est particulier. Voici un prêtre qui emprunte aux canons charismatiques pour ramener dans le «mainstream» catholique, des fidèles qui pourraient se sentir désabusés. Mais il ne faudrait pas se limiter à cette seule lecture. Il serait tout autant réducteur à ne voir dans le phénomène Grégoire qu?une réponse au sentiment de marginalisation dont souffrirait la communauté créole.
En d?autres temps et avec d?autres acteurs, on a eu des points de convergence entre la politique et la religion, qui ont permis à des individus de se construire un bassin électoral significatif. Cehl Meeah, à titre d?exemple, se faisait même élire à une élection municipale tout en étant en détention policière. C?est dire l?effet sublimatoire que des dignitaires religieux peuvent produire lorsqu?ils mélangent leurs discours d?une dose de politique. Nous sommes là dans un triptyque gagnant : religion, politique et identité.
Les partis traditionnels se confondent en critiques et accusations dès qu?un individu parvient à réaliser cette conjonction idéologico-identitaire saupoudrée d?un arôme religieux. Par contre, ils autorisent et s?accommodent de toutes ces associations qui composent le lobby sectaire car celles-ci entrent dans leurs équations électoralistes et populistes. C?est la grande contradiction et le piège dans lesquels s?embourbent les principales formations politiques.
Aujourd?hui, ils vont donc tenter de minimiser le rôle de la FCM, voire tenteront-ils de nuire à sa crédibilité. Il n?est pas de notre ressort de juger de l?action du père Grégoire. Mais il est un fait que toute entreprise identitaire a résolument une dimension politique. A cet effet, quoi qu?en dise le bon prêtre, son action ne peut faire abstraction de sa portée politique. Un discours qui s?appuie d?ailleurs sur un certain ostracisme dont a été victime la communauté créole. Cela, faut-il le rappeler, est vrai pour toutes les communautés. Parce que les politiques ont toujours cru qu?ils ne peuvent faire l?économie d?une stratégie sectaire, ils sont devenus des professionnels en populisme.
Il s?agit, aujourd?hui, d?anticiper les conséquences que produirait une foule plus grande à la manifestation de la FCM que celle aux meetings politiques. Le baromètre politique du 1er mai risque de glisser sur un autre terrain. Ce serait un signal. Une manière de bousculer un personnel politique atteint d?une grave entropie. Les tentatives de récupération et de manipulation seront réelles et puissantes.
Il importe toutefois de ramener les choses à leur juste proportion. Le père Grégoire n?est pas un épiphénomène mais il n?est pas, non plus, le premier de son genre à tenter une action politique qui repose sur des considérations identitaires. La force de son mouvement résidera dans sa capacité à effectuer des actions de suivi.
Reste donc la classe politique. Il n?y a aucun espoir qu?elle puisse effectuer une auto-critique. Elle continuera à s?accrocher à sa bêtise, confortée par le fait qu?elle sait que les électeurs vont se bousculer pour apposer leurs croix sur les bulletins de vote comme cela a toujours été le cas.
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