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France : les paradoxes d?un pays en proie au doute
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France : les paradoxes d?un pays en proie au doute
Drôle de pays. La France de 2008, que dépeignent le secrétariat d?Etat chargé de la prospective et le Centre d?analyse stratégique (CAS) dans un état des lieux inédit, apparaît bien singulière. Ouverte à la mondialisation mais frileuse dès qu?il s?agit d?intégrer ses immigrés, économiquement dynamique mais pas suffisamment pour le développement de ses PME, douée pour former les scientifiques mais incapable de proposer un avenir à ses chercheurs, dotée d?un système de protection sociale cher et de moins en moins efficace...
La liste est longue de ses paradoxes. La France, on le sait, est le premier pays consommateur de psychotropes au monde. Elle présente un taux de décès par suicide particulièrement élevé. Près de 10 % de sa population présente des signes de dépression. Les Français déclarent d?ailleurs moins de satisfactions dans la vie et de bonheur que leurs voisins. Pourtant, le taux de fécondité français est l?un des plus élevés des grands pays européens.
Les atouts français existent, et ils sont nombreux. Ce constat, positif, s?impose à la lecture des sept chapitres thématiques sur lesquels Eric Besson, secrétaire d?Etat chargé de la prospective, et les équipes du CAS ont travaillé. Insérée dans une Union européenne à vingt-sept ? la première puissance économique du monde en 2006 ?, produisant à cette date 4,7 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, la France est le cinquième exportateur de marchandises du monde depuis les années 1970. Elle verra, certes, baisser sa contribution à la croissance mondiale à l?horizon 2020, mais dans des proportions qui n?ont rien de catastrophique. Il faudra probablement encore plusieurs dizaines d?années de forte croissance dans les pays émergents pour que ceux-ci soient en mesure de rattraper le niveau de vie des vieux pays développés. Il n?y a donc pas péril en la demeure.
Riche de grands groupes internationalisés aux bonnes performances, la France, troisième au monde en termes de stocks et de flux d?investissements directs à l?étranger, est résolument ouverte à la mondialisation. La France ne sait par ailleurs pas toujours exploiter les cartes dont elle dispose. Signe de ces difficultés, elle exporte beaucoup moins que l?Allemagne vers les quatre marchés des «BRIC» (Brésil, Russie, Inde, Chine). Ses PME peinent à se développer. Ses jeunes, ses seniors et une part non négligeable de ses immigrés demeurent en difficulté sur le marché du travail.
Dans certains cas, les retards français, patents, reflètent moins une compétition internationale accrue qu?une difficulté interne à évoluer. C?est vrai dans l?enseignement, où toutes les études montrent un net recul des performances françaises depuis le début des années 1990 en lecture, écriture ou mathématiques. C?est aussi vrai dans tout ce qui touche aux finances publiques ou au lien social.
La France ne sait plus faire fonctionner son ascenseur social. Bien qu?elle soit un des pays de l?Organisation de coopération et de développement économiques de premier plan pour le poids de ses dépenses publiques sociales, certains risques sociaux y sont peu ou mal couverts. D?autres pourraient être mieux anticipés : deux Français sur dix ont actuellement plus de 60 ans. Ils seront trois sur dix en 2025. Le vieillissement marqué de la population va peser sur les dépenses de retraite et de santé, mais il constitue aussi une opportunité en termes d?emplois.
A condition, bien sûr, et c?est la conviction de Besson, que le pays sache se mettre en mouvement.
© Le Monde 2008 Distribué par The New York Times Syndicate
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