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Les petits éleveurs s?empêtrent dans les coûts

25 avril 2008, 00:00

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Petit poussin deviendra grand. Mais pour que cette petite boule de plumes jaune grandisse et devienne bien en chair et prête à être dégustée, il faudra la nourrir. Reaz Shamil Sahabooleea, éleveur depuis six ans explique qu?aux Rs 21 de prix d?achat, il faut ajouter, entre autres, 10 litres de nourriture et les divers vaccins et vitamines. C?est ainsi qu?une poule, lorsqu?elle arrive à maturité, soit à 48 jours, a coûté à son éleveur au bas mot Rs 105. Il la revend à Rs 54 le kg. Sachant qu?une poule prête pour l?abattage pèse en moyenne 2,3 kg, le calcul est vite fait. L?éleveur empoche Rs 124 par volaille vendue. Une fois tous ses frais déduits, il réalise environ Rs 19 de profit. Etant donné que la nourriture compte pour 70 % de cette somme et que la provende a accusé deux hausses depuis novembre 2007, les petits éleveurs ont beaucoup de mal à faire face.

Au milieu d?un «caro canne», à Calodyne, se dresse l?«élevage» de Pravesh Suhutoo. Samedi dernier, il a été élu président de la Mauritius Poultry Producers Association (MPPA). Une association créée pour aider les éleveurs à garder la tête hors de l?eau. A faire face à la «concurrence des gros opérateurs». De «gros opérateurs» qui peuvent se permettre de vendre leurs poules à un prix moindre. Jusqu?à novembre dernier, les petits éleveurs ainsi que les «gros opérateurs» revendaient leurs volailles pour l?abattage à Rs 50 le kilo. Et puis, la provende a augmenté de 9 %. Le prix au kilo est alors passé de Rs 50 à Rs 54. Mais lorsqu?en février 2008, elle a subi une nouvelle augmentation, cette fois de 15 %, les «gros opérateurs» n?ont pas revu leurs prix à la hausse. Les petits éleveurs n?ont pu faire autrement qu?en faire de même. «Si bane gro operater pa ogment zot pri e ki nu, nu fer li, bane marsan pa pu aster poule are nu. Zot pu pran se ki moins ser», souligne Reaz Shamil Sahabooleea.

Plus de «probabilités de mortalités»

Et même là, malgré le fait qu?ils n?ont pas augmenté leur prix, ils n?arrivent pas à écouler toutes leurs poules. Certes, les consommateurs mangent peut-être moins de viande faute de moyens. Mais ceci n?explique pas pour autant cela. «Nu pa pe kompran ki pe arrive. Depi huit moi, nu gagne difficulte pu vane nu poule. Kapav dimoune manz moins, me zot manze enkor. Kot zot gagne poule alors si zot pa gagne li are nu», s?interrogent les éleveurs. Le président de la MPPA avance l?hypothèse qu?ils les trouvent chez les «gros opérateurs». De «gros opérateurs» qui «revendent leurs poules sur pattes moins cher qu?eux». «Quand nous allons voir les marchands qui ont l?habitude d?acheter nos poules, ils nous disent qu?ils en ont déjà acheté.»

C?est ainsi que certains éleveurs se retrouvent avec des poules de 90, voire 100 jours sur les bras. Des poules qui sont toujours comestibles mais qui coûtent plus cher à nourrir étant donné qu?elles consomment davantage. Et puis, plus les jours passent et plus il y a des «probabilités de mortalité ». «Elles vont consommer davantage et prendre encore quelques grammes. Elles auront alors moins d?espace dans l?unité. Elles souffriront de la chaleur et seront plus vulnérables aux maladies», note Reaz Shamil Sahabooleea. Parce qu?il a fait Rs 70 000 de pertes avec son élevage de Brisée Verdière, Pravesh Suhutoo a dû le fermer et se séparer de deux de ses employés. Pour ses quelque 5 000 poules de Calodyne et 8 000 de Petite Retraite qui sont arrivées à maturité cette semaine, il ne trouve pas preneur. «Ena bocou koman mwa. Ena dimoun kine tir loan ek pa kapav rembourser zordi.»

Si Reaz Shamil Sahabooleea s?en sort mieux, c?est qu?il a anticipé cette crise. Quand il a vu le prix du maïs grimper sur le marché international, il s?est dit qu?il ne serait pas à l?abri. Il a alors changé son «mode de fonctionnement». «Mo fine diminue mo kapacite. Je n?ai pas autant de profit mais au moins, je ne perds pas d?argent.» Et puis, il a instauré un système de «rotation».

Alors que d?autres éleveurs envoient toutes leurs poules à l?abattoir, lui, a dans sa «ferme» en ce moment, des poules de 7, 16, 28, 37 et 48 jours. Donc moins de risque de se retrouver avec 3 000 poules d?un coup sur les bras. Mais pour Reaz, puisque «manze poule la pa pu baisser», le seul moyen d?assurer la pérennité de l?activité des petits éleveurs est de leur permettre d?abattre leurs poules sur le même terrain que leur élevage et de les vendre eux-mêmes aux «cold storage». Surtout, dit-il, que «bane ce kine gagne permi eleveur depi lontan kapav touyer osi lor mem terrain».

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