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La célébration de la connaissance

6 avril 2008, 20:00

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Ougadi marque le début d?une nouvelle année lunaire est devient par son symbolisme la célébration de la création et de la connaissance. Selon le «Hindu Dharma» (philosophie hindoue) c?est en ce jour que Brahma, le Créateur, a créé l?Univers

«Le jour de Ougadi, les Télougous du monde entier se réveillent très tôt le matin, avant le lever du soleil, pour prendre le bain rituel et chanter les louanges du Dieu Brahma, créateur du temps, de l?espace, du cosmos. Ils doivent chanter les louanges du créateur en admirant la nature, la création en cette année 5109 du calendrier qui compte plusieurs cycles de 60 ans de l?ère Kal Yug», explique Sanjiv Appadoo, enseignant de la langue et de culture télougou.

Sanjiv Appadoo explique qu?il y a tant de rituels associés à cette fête «qui célèbre le nouvel an, mais aussi la connaissance» que les fidèles ont peu de temps pour s?occuper d?autre chose.

Fête de la connaissance parce que c?est en ce jour que Bhaskara, un des pères des mathématiques en Inde découvrit, à travers calculs et observation des astres, que la nouvelle année débute à la levée du soleil, le jour du «Chaitra shuddha padhyami» ou Ougadi. Au moment où la lune change d?orbite.

Le jour d?Ougadi devient aussi une occasion de se débarrasser des vieilles choses et de se préparer à la nouvelle année, à accepter les hauts et les bas de la vie.

«Grand nettoyage et vêtements neufs sont de rigueur en ce jour. Mais tout débute bien avant le lever du soleil quand le fidèle va s?enduire d?une mélange de dholl écrasé, de safran et d?huile avant de prendre son bain rituel et de porter leurs vêtements neufs», explique l?acharya Kundu Devendra Appaya, prêtre télougou de Goodlands. C?est toujours avant le lever du soleil que des décorations florales ou «rangolis» (dessins confectionnés à base de farine de riz ou de poudres de couleur, ou encore avec de la craie) sont laborieusement dessinées à l?entrée des demeures. Les «Toranam» sont préparés en même temps. Ce sont des feuilles de mangues enfilés dans des cordons qui seront ensuite suspendus dans les maisons, principalement devant les portes. La légende derrière la guirlande de feuilles de mangue vient du seigneur Subramanya, le fils de Shiva et de Parvati,qui demanda à la population d?attacher les feuilles de mangue à travers leurs portes pour signifier le bien-être général de la famille.

C?est également avant le lever du soleil que la préparation de l?ouga pachadi, chutney à base de six ingrédients, doit se faire par la belle-fille de la famille.

Ce chutney sera la première offrande faite au Dieu Brahma avec des prières avant le lever du jour. Il sera ensuite dégusté en premier par l?aîné de la famille. Il sera ensuite pris par toute la famille qui en le dégustant acceptent d?affronter et de prendre du bon côté toutes les vicissitudes de la nouvelle année.

Suivront ensuite des prières au temple pour prendre connaissance des prédictions du panchang pour la nouvelle année (voir hors-texte), puis la préparation et le partage des gâteaux aux proches et parents et des visites aux aînés.

«La fête Ougadi était très peu connue à Maurice avant les années 60. C?est le pandit Gunaya Ottoo qui s?était rendu dans l?Andhra Pradesh qui a aidé la communauté télougou à mieux connaître cette fête et son importance. Il l?a célébré sur une base nationale en 1961 à Rivière-du-Rempart. Et c?est l?ex-ministre Simadree Virahsawmy qui a largement aidé à ce que le jour de la fête soit proclamé jour férié», explique l?acharya Kundu Devendra Appaya.

En fait, le jour d?Ougadi débute par un jeûne car le Nouvel an télougou précède la fête Ram Nawmi, la naissance du dieu Ram.

«Je crois que la fête Ougadi, la langue et la culture télougous ne disparaîtront pas de Maurice. Je suis toujours étonné devant l?engouement des jeunes à apprendre cette langue et cette culture, principalement les danses et la musique traditionnelles», affirme Sanjiv Appadoo du MGI qui utilise le terme télougou et non télégou.

LA MAURITIUS ANDRA MAHA SABHA

Les Télougous de Maurice sont regroupés au sein de la «Mauritius Andhra Maha Sabha» (MAMS), une organisation créée en 1946 et enregistrée l?année suivante. C?est à travers cet organisme que les subsides gouvernementales aux temples télougous sont canalisés. C?est la MAMS qui organise aujourd?hui au MGI la célébration nationale de l?Ougadi. La MAMS compte 80 antennes à travers le pays. Ces antennes regroupent chacune toutes les familles télougous de la région, explique Chinnayya Saqmi, membre exécutif de la MAMS.

Combien de Télougous y-a-t-il à Maurice ? Les membres de la MAMS ne sont pas tous d?accord sur les chiffres. Mais ils affirment qu?ils doivent être plus de 60 000, avec des concentrations dans certaines régions, notamment à Rivière-du-Rempart ou dans le Sud, région de Tyack etc.

LA PLUS IMPORTANTE LANGUE DRAVIDIENNE

La variantes typographiques «telegou» utilisée à Maurice et empruntée probablement de l?anglais n?existe pas en français. Le français utilise «Télougou» ou encore «telugu» pour tout ce qui est relatif à la culture, les terres ou les peuples qui parlent le télougou, principalement dans l?Etat de l?Andhra Pradesh.Le télougou est une langue dravidienne, tout comme le tamoul, le malayalam, et le kannada alors que le sanskrit, l?hindi, l?ourdou, le penjabi, le népalais, le gujarati, le marathi, et le bengali, entre autres, sont des langues indo-ariennes.

Le télougou, la plus importante des langues dravidiennes par le nombre de ses locuteurs, occupe dans l?Union indienne la deuxième place après le hindi. Elle est la langue officielle de l?état d?Andhra Pradesh depuis 1965. Elle est également l?une des 15 langues les plus parlées au monde et est très utilisée dans les villes des Etats voisins, notamment Bangalore et Chennai.

Elle est également parlée dans différents pays où s?est éparpillée une diaspora télougoue, notamment la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, l?Afrique du Sud, le Fidji, l?Australie, etc.

Environ 500 étudiants mauriciens du secondaire étudient cette langue jusqu?à la «Form V» ou VI. Elle est également enseignée dans plus de 120 écoles primaires, affirme Sanjiva Narashima Appadoo, responsable de l?enseignement de cette langue au «Mahatma Gandhi Institute» (secondary school). Environ une cinquantaine de Mauriciens ont des diplômes universitaires en cette langue à travers des examens communs université de Maurice-MGI, ou alors des universités d?Andhra Pradesh.L?enseignement de cette langue, de la danse et de la musique de l?Etat de l?Andhra Pradesh se fait dans différents centres culturels liés à différents temples télougous à travers le pays.

LE «GUDHI PADVA» DE LA COMMUNAUTE MARATHI

■ Les Mauriciens dont les ancêtres sont originaires de l?Etat du Maharashtra (les Marathis) célèbrent normalement le Gudhi Padva, c?est-à-dire le début d?une nouvelle année en même temps que les Télougous. En raison de l?éloignement géographique de ces deux états, les calculs astrologiques font que

certaines années, le «Gudhi Padva» est célébré soit un jour avant, soit un jour après l?Ougadi.Cette année, le Gudhi Padva a été célébré hier à Maurice par le «Mauritius Marathi Mandali Federation». Une troupe de Maharashtra, le «Kala Avishkar Group», y a animé une fête culturelle, explique Vishal Rajjoo qui appartient à un groupe socio-culturel de la région.Le «Gudhi Padva» est surtout marqué par la mise en place devant la maison d?un mât et de son drapeau, le Brahmadhwaj, soit le drapeau du seigneur Brahma.Des mets spéciaux sont également préparés à cette occasion et les fidèles prennent ensuite connaissance du nouveau «panchang».

QUESTIONS A? L?ACHARYA SAMUDHRALA JAGANA

Vous êtres «Acharya», c?est-à-dire prêtre, et vous êtes responsable du temple télougou des Salines. Pouvez-vous nous dire en deux mots ce qu?est l?Ougadi.

En bref on peut dire que c?est le nouvel an des Télougous, qui sont en fait des hindouistes. En fait, en cette période, la plupart des hindouistes changent de calendrier, qui est un calendrier solaire. Il peut y avoir quelques jours de différence en raison des différentes la-titudes sous lesquelles se trouvent différents Etats de l?Inde. C?est à cause de ce calendrier lunaire que la fête Ougadi est célébrée chaque année à différentes dates. L?année prochaine, par exemple, elle sera célébrée le 27 mars. En général la fête tombe entre mars et mai.En sus du nouveau calendrier, les Télougous ont à partir d?aujourd?hui un nouveau «panchang» et ils sont tenu d?en prendre connaissance. Ceux qui ne savent pas le déchiffrer prendront connaissance aujourd?hui dans les temples de ce que ce «panchang» annonce pour l?année qui vient et ce qu?il annonce pour chaque personne par rapport à sa date et l?heure de sa naissance. Autrement, c?est le prêtre des différents temples télougous qui vont interpréter ce nouveau «panchang» pour chaque fidèle.

C?est quoi le «panchang».

Littéralement, «panchang» signifie «cinq membres», cinq divisions du temps. Le «panchang» plus proche d?un almanach que d?un calendrier, il date de l?époque védique, c?est-à-dire des milliers d?années avant l?ère chrétienne. Elle est encore très utilisée par les hindouistes et aucune fête religieuse, aucun événement familial ou civique important n?est entrepris sans sa consultation : construction d?une maison, initiation d?un garçon, mariage, achats de matériel, départ en voyage, études, ou rituel important.De fait, tout pour nous dépend de la position des planètes et c?est le positionnement des différents planètes qui détermine les évènements de la vie, bonne ou mauvaise.

La douzaine de personnes qui vous attendent dans la cour du temple viennent pour que vous interprétiez le «panchang» ?

Oui. Vous avez vu qu?il y a des personnes de toutes les groupes ethniques, de toutes les confessions religieuses du pays qui attendent. C?est tous les jours comme ça et tout est fait gratuitement. Ceux qui veulent faire une donation au temple le font. Mais nous ne demandons pas d?argent. Et il n?y a pas que des Mauriciens. Vous avez aussi des personnes qui viennent de l?Afrique du Sud, de La Réunion, des Seychelles. Je consulte le «panchang» par rapport à leur date, heure et lieu de naissance. Si je trouve que les planètes sont dans des positions défavorables pour ces personnes, je fais organiser une prière et certains rites pour atténuer l?effet de ce mauvais positionnement.

Est-il difficile de déchiffrer le «panchang» ?

Absolument pas. Il faut simplement apprendre. D?ailleurs, tous les prêtres télougous, de même que ceux que vous appelez ici les «hindi speaking» savent le faire, de même de bon nombre de fidèles.

Quelles différences y a-t-il dans la pratique de l?hindouisme entre les télougous et ceux qu?on désigne comme «hindi speaking» ?

Pas de grande différence. Vous savez que tous les mantras et la plupart des prières sont en sanskrit. La seule différence peut résider dans le rythme auquel le mantra est récité. Comme tous les hindouistes nous croyons dans le «Hindu Dharma» (philosophie hindouiste) et la trinité hindoue ? Brahma, Vishnou et Shiva. Les différences que vous noterez sont d?ordre culturelle.

Vous avez par exemple la préparation pour la fête d?Ougadi d?un chutney ou chatni à base de six ingrédients ? sel, sucre, fleur de lilas, mangue verte, piment vert et tamarin. C?est le «Ouga Pachadi». Sa consommation le jour du nouvel an revêt un certain symbolisme. Le fidèle accepte qu?il y a dans la vie des hauts et des bas, douceur et amertume et accepte de les prendre, de les vivre comme il accepte de consommer ce chutney aigre-doux. Des filoirs faits de feuilles de mangues suspendues devant les portes est aussi typique de l?Andhra Pradesh tout comme les «Muggulu», des décorations florales faites devant les maisons avec des couleurs.

Avec tous les rites et rituels du jour de l?an, les Télougous seront très occupés aujourd?hui, et tout commence avant que le soleil ne se lève. Il en sera ainsi à Maurice, en Inde et dans tous les pays où se trouvent des communautés télougoues.

Vous parlez bien le créole mauricien et pourtant vous n?êtes pas Mauricien?

Je travaille ici avec un permis de travail. C?est mon deuxième séjour. J?ai travaillé à Maurice de 1994 à 2001 et j?ai aidé à faire construire le temple des Salines. Je suis ici pour encore quelques années, le temps de faire construire une salle de fêtes à côté du temple. Pour je repartirai pour l?Andhra Pradesh.

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