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Sortir la tête de l?eau
<B>Par Nad SIVARAMEN</B>
Ivan a terriblement malmené Madagascar, bien plus qu?on pourrait l?imaginer. Le bilan tant humain qu?économique ne cesse de s?alourdir. Le dernier bilan cyclonique fait état de 83 morts, de 177 disparus mais aussi de plus de 187 000 sans-abris, rapporte «Radio France Internationale». Sur le plan économique, les pertes sont également conséquentes : des kilomètres de routes défoncées et 133 000 hectares de cultures inondés, dont 15 000 hectares de rizières dans l?Alaotra Mangoro, véritable grenier à riz (30% de la production totale du pays). Ce qui fait de Ivan l?un des cyclones les plus dévastateurs de ces dernières années dans toute la région océan Indien.
«Ivan» a en effet mis à nu le sous-développement criant de Madagascar. Il est évident, à entendre les appels d?aide des populations locales, que le pays n?est pas apte à affronter une catastrophe de cette ampleur. Les moyens sont dérisoires. Dans des régions reculées, que l?aide étrangère n?a pas encore réussi à atteindre, la population doit retrousser ses manches et se sauver elle-même des eaux, sans aucune aide ni assistance. Ces gens-là n?auront aucune indemnisation. Les riziculteurs pleurent leur récolte perdue, les pêcheurs cherchent leurs bateaux, emportés par les eaux dévastatrices.
Apres ce déluge, les politiciens malgaches de Tana sont en effervescence mais pour d?autres raisons, davantage politiciennes qu?humanitaires. La Grande île va choisir 22 sénateurs. ?Le sens de l?économie est une vertu cardinale dans les pays pauvres et très endettés. Quand il se conjugue avec la simplification des débats, c?est autant de gagné pour un développement rapide, à défaut d?être durable. On voit d?ici la différence?, observe Mamy Nohatrivo, rédacteur en chef de «L?hebdo de Madagascar». Il explique qu?avant, ils étaient 90 à mener les affaires de la Nation. «Avec les commissions, les sous-commissions, et ceci ou cela, les débats s?éternisaient dans l?auguste assemblée qualifiée de Chambre haute, par on ne sait quelle bizarrerie linguistique. La Chambre haute se réfère plutôt à une Chambre des pairs ou des lords, dans la lointaine Europe des monarchies et des seigneurs propriétaires terriens. Elle était tout sauf une Chambre basse sans manières. Mais, les journalistes ont des raisons que la raison ignore.»
Le naufrage économique ne commence pas avec Ivan. Depuis des années, sur les trottoirs de Tana, les produits importés accaparent une part importante du marché local. Le «made in Madagascar» se fait de plus en plus rare. Y compris pour les denrées alimentaires, le textile, les meubles.
Au-delà de l?appel au secours international, plus que nécessaire aujourd?hui pour sortir la tête de l?eau, les politiciens malgaches doivent s?atteler à reconstruire leur économie afin de saisir les nouveaux enjeux du commerce régional. Le dialogue régional est primordial. Que ce soit en temps de crise ou en temps normal?
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