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Zeenat Nazroo Lenglez, l?espagnol autrement
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Zeenat Nazroo Lenglez, l?espagnol autrement
Guérir autrement. C?est ce que le psychiatre David Servan-Schreiber propose dans l?un de ses livres. Loin des méthodes classiques. Proche du lien intime qui existe entre le corps, le cerveau et les émotions. Enseigner autrement. C?est ce que prône de son côté Zeenat Nazroo Lenglez, une Mauricienne longtemps installée en Espagne et de retour à Maurice depuis un an. Avec son époux, Thibault Olivier, ils ont développé une approche particulière pour enseigner la langue étrangère. Ils font appel au cerveau droit, le siège de l?imagination et de la créativité, le siège de l?émotion.
Exit les pupitres, les chaises, les élèves sagement installés avec cahiers et livres, et le prof magistral. Bonjour, la moquette où l?on peut s?installer à même le sol, les meubles qu?on bouge au gré de ses émotions. Le prof devient animateur et l?élève, participant. On fait appel à l?émotion, à l?enfance, et non pas au rationnel. On ressent les choses et on y met des mots ensuite. On travaille avec le corps, l?espace, la musique, le rythme?
Relaxation et visualisation
Nous sommes certes à un cours d?espagnol un peu spécial, celui de Zeenat Nazroo Lenglez qui a expérimenté une nouvelle technique pour faire acquérir une langue étrangère. Une méthode qu?elle a appelée « sophro-pédagogie », la pédagogie par la sophrologie. Un nom qui peut sembler barbare, mais qui au fait sous-entend une manière de travailler, notamment par la relaxation et la visualisation.
Mais qu?est-ce qu?un cours d?espagnol a à voir avec la sophrologie, synthèse des techniques orientales de méditation, de yoga et de relaxation occidentale ? Qu?est-ce que le fait d?harmoniser le corps et l?esprit, de chasser les peurs, les angoisses et les tensions vient faire dans une classe d?espagnol ? « Il s?agit de créer au départ une ambiance propice à la fusion, de consolider le groupe, de faire que les gens se sentent bien, de faire se dégager une énergie positive. Grâce à cela, on amène l?apprenant à avoir une relation affective et émotionnelle avec la langue étrangère en partant des choses qu?il est en train de vivre ici », explique-t-elle.
Ainsi, son cours fait entrer en jeu des techniques de relaxation, de créativité, de jeu, de voyages imaginaires, pour assouplir l?intellect et faire taire le mental. Histoire que tout le monde se sente bien dans sa peau, libéré des appréhensions qu?on peut avoir face à une langue nouvelle. Le cours devient d?ailleurs le lieu de prédilection pour prendre confiance en soi, pour apprendre à s?exprimer, pour projeter sa voix et corriger ses postures, pour s?observer soi-même.
Le cahier, la grammaire viennent après
L?animateur propose ensuite une histoire qui prend un sens émotionnel pour le participant. Les groupes de mots transmettent en fait des notions. Et c?est cela que le participant comprend, pas nécessairement les mots au départ. L?animateur peut même raconter une histoire en la mimant pour que le participant comprenne davantage par intuition et essaye à sa manière de communiquer même s?il n?a pas encore tout à fait le vocabulaire. Il va l?acquérir au fur et à mesure.
« Comment fait le bébé pour assimiler sa langue maternelle ? Il connaît d?abord une période de passivité, où il entend parler autour de lui les personnes avec lesquelles il a un lien affectif et il collecte les notions. Puis, un jour, ça se débloque, il sort un groupe de mots et finit par parler sa langue sans qu?on passe par les cours formels (grammaire, traduction, vocabulaire). »
En gros, le couple Lenglez cherche à reproduire ce schéma chez ceux qui apprennent une langue étrangère. La « suggestopédie » entre en ligne de compte également. Il s?agit d?une méthode d?apprentissage qui à l?aide de musique favorise la réceptivité du cerveau aux informations qui lui sont transmises. Le cahier, la grammaire viennent après quand le participant est déjà mis en confiance.
Mais qui est cette Zeenath Nazroo Lenglez qui ose lâcher comme ça une autre manière d?enseigner ? Si les mots se bousculent quand il est question de sa méthode pédagogique, on ne saura pas grand-chose de sa vie privée. Ce n?est pas le genre à faire tout un plat de sa personnalité. Mais elle confie tout de même qu?elle a quitté Maurice après le collège pour préparer une licence en psychologie, en Belgique et se lancer dans la psychanalyse jungienne.
Après dix ans, les circonstances l?amènent en Espagne et là, elle se retrouve à devoir maîtriser l?espagnol. C?est cette expérience qui va lui servir de déclic. « Je me suis demandée s?il n?y avait pas d?autres méthodes plus efficaces pour bien parler et comprendre une langue étrangère en peu de temps. J?ai fait des recherches, je me suis servi de mes connaissances en psychologie et on est arrivé à ce résultat. »
Elle a enseigné à l?institut français de Londres, au British Institute de Madrid et d?autres pour bien saisir les cordes de l?enseignement traditionnel et pour expérimenter sa méthode à elle. Avec des partenaires, dont son mari, elle a même créé une école à Madrid, le Bolingen Institute, qui initie à l?apprentissage de la langue étrangère et qui forme les enseignants.
Sortir des sentiers battus
Soixante à quatre-vingt heures de cours pour être à l?aise dans une langue étrangère, c?est son objectif et elle travaille par groupe de dix personnes au maximum. Depuis que le couple est à Maurice, il travaille sous contrat avec des groupes hôteliers pour former le personnel à l?art de la communication. Le couple peut aussi former des enseignants, les amener à sortir des sentiers battus, à suivre leur intuition et à devenir plus créatifs, à établir un autre rapport avec les participants.
Mais Zeenat refuse qu?on la mette dans la catégorie des « hors pair ». « Je suis sûre qu?il y a d?autres profs qui enseignent autrement, mais qui peut-être par faute d?encadrement n?arrivent pas à exploiter leurs méthodes entièrement », avance-t-elle.
Une chose est sûre, c?est tout un programme avec ce couple de formateurs. L?avenir nous dira si leur approche marche à Maurice. Pour le moment, on leur dit? hasta luego. À bientôt donc.
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