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Femme au volant, catastrophe au tournant ?
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Femme au volant, catastrophe au tournant ?
«Femme au volant, mort au tournant. » Voilà un adage qui sitôt prononcé, fait tourner les esprits. Surtout ceux des hommes. Parce que là, on se trouve, paraît-il, sur leur terrain. Pour ces « dieux du volant », la route et la voiture restent leur chasse gardée. Le machisme y retrouve droit de cité ouvertement, même s?il se pare d?une certaine forme d?humour.
Les hommes prennent, en effet, un ma-lin plaisir à rabaisser les femmes qui con-duisent. « Fam lariaz », « la main diboi », « dix minit pour rant dan parking » Et sur la route, ce n?est guère mieux. Dès qu?il y a une voiture qui roule lentement, (on va dire prudemment), on entend : « Parie enn fam qui lor volan. » Et ces dames essaient de se défendre en sortant la sempiternelle histoire qu?elles ont moins d?accidents, et que donc, elles conduisent mieux. Sinon, on se retrouve avec d?autres femmes qui multiplient les excès de vitesse, les incivilités pour revendiquer leur place sur la route.
Typiquement masculin
La conduite a-t-elle un sexe ? Si la tendance à la parité gagne de plus en plus du terrain, il faut tout de même dire que sur la route, la différence est bel et bien là. Le dépassement dangereux, l?excès de vitesse, le non-respect des feux, c?est plutôt une histoire d?hommes. « Les hommes ont plus d?expérience de la route que les femmes, de par leurs activités de chaque jour. Cela explique sans doute le fait, que les hommes s?y sentent plus à l?aise et qu?ils considèrent que la route est à eux », estime Shynee Seegobin, une automobiliste.
La psychothérapeute Audrey d?Hot-man de Villiers avance que, de nature, la femme ne prend pas de risques. « Elle attend de comprendre toutes les données avant de rouler, alors que les hommes foncent tête baissée et gèrent après. » Géraldine Secondis, elle-même automobiliste, a une philosophie à ce sujet : « Mieux vaut être en retard ici qu?en avance dans l?au-delà. »
Cela ne veut pas dire pour autant que les femmes ne font pas d?infractions et qu?il n?y a pas l?émergence d?attitudes belliqueuses chez elles. « J?ai vu ma s?ur s?énerver au volant à cause d?une voiture qui roulait à peine devant elle. Lorsqu?elle a enfin pu la dépasser, elle m?a demandé de baisser la vitre pour insulter le chauffeur. Mais l?automobiliste, qui se trouvait être une femme, regardait droit devant elle. L?attitude de ma s?ur m?a choqué », explique Pascal, qui ne conduit pas.
Mais le manque de courtoisie à l?égard des autres automobilistes, l?agressivité, c?est surtout typiquement masculin. Et Dinesh n?en démord pas, les femmes doivent cesser d?être soumises et de tout encaisser sans broncher.
« Moi, je conseille à ma femme de rendre la pareille. Ils l?insultent ? Je lui ai donné du vocabulaire pour les insulter en retour. On klaxonne, elle doit leur faire signe, avec le geste, que s?ils sont pressés ils n?ont qu?à passer sur la voiture. » Géraldine Secondis préfère, quant à elle, injurier ses détracteurs? intérieurement.
Mais ne faisons pas l?autruche, la plupart du temps, quand on voit un chauffeur qui hésite, c?est souvent une femme. Shynee Seegobin est d?avis qu?elles ont été conditionnées à se sentir inférieures, et sont inconsciemment presque coupables d?être au volant. « Au point de céder le passage dès qu?on les klaxonne, ou de toujours regarder dans le rétroviseur de peur de gêner celui qui se trouve à l?arrière. Bref, les femmes sont sur la défensive et craignent qu?on les critique ou qu?on les insulte. Le moindre faux pas, et on met cela sur leur condition féminine », ajoute Shynee Seegobin.
À voir au cas par cas
En règle générale, la gent féminine s?illustre par la conduite défensive, car les femmes ont peur de provoquer un accident. Donc, elles prennent des précautions. Si certaines ont souvent du mal à ga-rer leur voiture, à faire un créneau, ou font des erreurs d?appréciation des distances pour doubler, c?est ou un manque de pratique ou un problème d?orientation spatiale, qui est, elle, spécifique aux femmes.
« Dis-moi comment tu conduis, je te dirai qui tu es. » Les hommes et les femmes ne roulent pas de la même façon, et n?ont pas les mêmes goûts en termes de voiture, ni la même relation avec leur véhicule. Qui conduit mieux ? C?est à voir au cas par cas. Ce qui est sûr, c?est que les deux ont investi la circulation routière. Il n?y a pas de chasse gardée. Le v?u des femmes : être des automobilistes à part entière.
A LIRE
Pourquoi les hommes n?écoutent jamais rien et les femmes ne savent pas lire les cartes routières ? Le livre d?Allan et Barbara Pease multiplie les questions concernant les relations et la communication entre hommes et femmes. Ils tentent aussi de donner des réponses basées sur l?expérience des gens, et les découvertes récentes en biologie et en psychologie. Ce livre, disponible chez Bookcourt, à Trianon, veut aider les hommes et les femmes à mieux se comprendre. « Souvent les relations échouent parce que les hommes ne comprennent pas toujours pourquoi une femme ne ressemble pas davantage à un homme et que les femmes s?attendent à ce que les hommes se comportent comme elles », avancent les auteurs du livre.
PAROLES DE CONDUCTRICES
Ragini Aubeeluck, chauffeur de taxi
« Contrairement à ce qu?on pourrait croire, j?ai été motivée par mon mari pour faire ce métier ! Il a lui-même un taxi, et comme il voyait que je conduisais très bien, d?un commun accord nous avons décidé que je prendrai aussi ma licence de taxi. Cela fait quatre ans que je suis chauffeur à plein temps.
Et comme une « taxiwoman » est très rare à Maurice, j?ai beaucoup d?encouragements des femmes de mon entourage. Même les hommes sont fiers de moi et disent que je suis courageuse ! Pour moi, conduire, c?est une petite forme d?indépendance, et je ne compte jamais sur mon mari pour faire les courses ou pour les sorties.
Ma clientèle me fait, quant à elle, vraiment confiance, surtout les femmes, car elles sont beaucoup plus à l?aise avec moi, et elles me le disent. »
Josiane Dupuy, directrice d?une maison d?hôte
« J?ai une Hyundai de cinq places, c?est plus spacieux et pratique. Je m?y sens en sécurité et puis, c?est une question d?habitude. Pour avoir conduit sur l?autoroute à Paris où la limitation de vitesse est de 130, voire 140 km/h, je dois dire qu?à Maurice c?est facile de rouler. Je pense qu?être à l?aise au volant vient avec la pratique. Je constate qu?ici, certaines femmes n?ont pas confiance en elles. Quand on sort le week-end, c?est mon mari qui roule à l?aller. Je lui laisse ce plaisir, car les hommes aiment bien conduire les femmes. Mais s?il a pris un verre de trop, c?est moi qui prends le volant après. J?ai-merais avoir un cabriolet sportif, comme dans les films des années 80 où l?on voit des femmes avec leur foulard autour du cou. Conduire, accélérer? c?est un plaisir. »
Shakuntala Boolell, professeur à l?université
« La femme au volant est entrée dans nos m?urs. Une femme qui a sa propre voiture est perçue comme une personne évoluée. Cela lui donne un autre statut dans notre société très axée sur le matérialisme. De plus, le prestige de la voiture s?ajoute souvent à ce-lui du poste. C?est vrai aussi qu?il y a parfois des commentaires dégradants des hommes sur des conductrices lentes, qui ne savent pas comment sortir d?un parking, qui ont du mal à faire un créneau, ou qui sont impuissantes face à un pneu crevé. Cela oblige les femmes à se redéfinir par rapport au volant. Humiliée pour « so la main dibois » quelle option a-t-elle ? La voiture est indispensable aujourd?hui. Qui plus est, c?est ce qui lui procure un nouvel état d?esprit, un sentiment de plaisir, ce qui lui fait doubler le pas. »
Maryann Sansurooah, directrice et monitrice d?auto-école
« Je peux dire formellement que ce qui m?a poussée à faire ce métier, c?est que je connaissais pas mal de femmes qui souhaitaient apprendre à conduire, mais qui étaient gênées de suivre des cours avec un homme. Les femmes sont plus à l?aise avec une monitrice. Elles conservent cette attitude zen même quand elles ont leur permis. Je remarque aussi que les femmes sont beaucoup plus calmes, plus attentives. Par ailleurs, elles fument moins, et donc, sont moins nerveuses? En tout cas, je préfère toujours donner des leçons de conduite à des femmes, car je suis plus à même de les aider et de comprendre leurs préoccupations quand elles sont au volant ! Mais je ne refoule pas pour autant les hommes ! Ma voiture préférée, c?est la Rover 75, de couleur noire de préférence. »
Gaëlle Grenouille, copilote de rallye automobile
« Les rumeurs qui disent que les femmes sont plus dangereuses sont infondées. Je suis copilote de rallye, et je sais de quoi je parle. Vu que j?ai fait pas mal de rallyes, je ne pense pas que les femmes ont moins d?aptitudes que les hommes. Mes coéquipiers étaient des hommes, et j?estime qu?ils m?ont fait confiance. Je connais des hommes qui sont pires que les femmes au volant. Ce n?est pas une question de sexe, mais de personnalité. On conduit plus au feeling : si vous êtes pressés, la conduite est différente, si vous avez envie de vous balader, pourquoi speeder ? Les hommes pensent que si on roule lentement, c?est qu?on a peur. Je ne suis pas d?accord ! Il m?est arrivé aussi d?être narguée par des hommes qui jugeaient ma conduite trop lente, mais je ne me laisse pas faire ! »
Kamini Bubbooa, manager chez Immedia
« Ma voiture est un outil de travail. C?est mon moyen de déplacement pour me rendre au bureau ou chez les clients, et je constate son utilité surtout j?organise des événements. Si je ne la bichonne pas, j?aime que ma voiture soit tout de même propre. Et le modèle est important parce qu?une voiture doit être robuste et fiable. J?admets que c?est difficile de conduire quand on est une femme. Moi, je suis de nature prudente et j?applique le code de la route, mais autour de moi, je constate que ce n?est pas le cas. Les hommes sont plutôt intolérants avec les femmes au volant. Les gens qui se mettent derrière vous, klaxonnent ou font des appels de phares, cela m?exaspère. Il y a trois catégories d?hommes conducteurs (les trois « E »). Les Excités, les Énervés, et les Élégants. »
AUDREY D?HOTMAN DE VILLIERS, PSYCHOTHERAPEUTE
« Il existe aussi des femmes bolides et des hommes prudents »
● On dit que si les femmes sont plus prudentes sur la route, cela découle de leur rôle de mères ?
C?est quelque chose d?inné. Elles font attention aux détails, à la relation avec l?au-tre, même sur la route. Et puis, de nature, la femme ne prend pas de risques. Elle attend de comprendre toutes les données avant de prendre des décisions, alors que les hommes foncent tête baissée et gèrent après. Mais on est là dans les généralités. Il existe aussi des femmes bolides et des hommes prudents. On trouve des extrêmes des deux côtés.
● Diriez-vous que les femmes ont du mal à juger la distance quand elles doivent doubler ou faire un créneau ?
C?est une histoire de différences au niveau du cerveau. Quand un homme ouvre le réfrigérateur, il ne voit pas le lait qui est devant lui car son champ de vision est plus profond. Selon les anthropologues, les hommes auraient développé cette capacité de voir plus loin depuis l?époque de la chasse. D?abord, ils allaient loin de chez eux, pour trouver le gibier. Ensuite, ils devaient calculer la vitesse, le mouvement et la distance de leurs proies pour bien les viser.
Les femmes cherchaient de quoi se nourrir dans leur environnement, elles faisaient la cueillette. Donc, elles n?ont pas développé leur capacité spatiale. Pour ma part, j?ai noté que ceux qui pratiquent un sport conduisent mieux parce qu?ils ont moins de problèmes de coordination. Par exemple, ceux qui jouent au ballon ont plus de réflexes et calculent mieux la distance.
● Les femmes font aussi des excès de vitesse et s?impatientent. Peut-on parler de « virilisation » de la conduite ?
C?est, à mon avis, une question d?adaptation. La femme s?adapte à l?environnement. Si elle est pressée, elle conduira vite. Si elle s?impatiente, elle s?énervera. La route est de plus en plus un lieu stressant et les femmes réagissent en fonction de cela.
Il faut aussi dire que parfois les excès de vitesse sont dus au fait que les voitures sont de plus en plus performantes, qu?on n?entend pas le bruit du moteur et qu?on n?a pas l?impression de rouler vite.
De plus, si une automobiliste se fâche, elle ne descendra pas de la voiture avec un cric pour régler ses comptes. Mais il y a des mythes qui ont la vie dure. On pense qu?une belle femme ne doit pas élever la voix. On croit que celle qui hurle est une hystérique. Alors, on est étonné par les réactions des femmes.
● Pour les hommes, leur voiture est un objet de culte et pour les femmes, elle est un outil de mobilité. Êtes-vous d?accord ?
Pour beaucoup d?hommes, leur voiture est associée à la puissance. On verra rarement une femme aller acheter des enjoliveurs, car elle préfère s?embellir ou s?occuper de son enfant. La femme valorise plus les relations humaines, voire un objet si c?est quelqu?un qui lui est cher qui le lui a offert.
● Finalement c?est quoi conduire bien ?
Les règles sont les mêmes pour tous. Je pense qu?il faut anticiper quand on conduit, et prévoir ce qui peut arriver. Quand vous dépassez un bus, il faut se dire qu?il y aura peut-être un enfant qui va traverser devant. Quand vous roulez dans un village, il faut prévoir qu?un chien débouchera peut-être subitement. D?un autre côté, rouler lentement en décalage avec la vitesse moyenne des autres peut s?avérer un danger.
LA CONDUITE A-T-ELLE UN SEXE ?
Maurice : S?il n?y a pas d?études faites sur les femmes au volant, la police chargée de la sécurité routière affirme qu?il y a certaines années où le taux d?accidents causés par des femmes est quasiment nul. Ce qui ne veut pas dire qu?elles ont moins d?accidents ou qu?elles conduisent mieux, car il faut aussi prendre aussi en compte le nombre d?heures effectuées. Les hommes prennent plus longtemps le volant que les femmes. Ces dernières se servent de leur voiture pour faire les courses, ou chercher leurs enfants à l?école. Pour les hommes, c?est souvent un outil de travail. « C?est une étude complexe que de déterminer si les femmes conduisent mieux ou non. Mais on note que les femmes ont une attitude irréprochable : pas d?agressivité exagérée, plus de courtoisie. C?est malheureusement moins évident pour les hommes. En revanche, on comptera un bon nombre d?excès de vitesse de la gent féminine en général », selon la police de sécurité routière.
États-Unis : Que vous le vouliez ou non messieurs, les femmes maladroites au volant, c?est un cliché qui n?est plus d?actualité.
En effet, une étude faite pour le compte de l?American Automobile Association le confirme : « Femmes au volant, nettement moins de morts au tournant ». Ainsi, les hommes auraient 78 % de plus de risques que les femmes de se tuer au volant selon cette étude basée sur le nombre de kilomètres parcourus et sur une population où 50 % des détenteurs du permis de conduire sont des femmes.
France : Bien que les femmes restent le modèle de sécurité en France, les spécialistes constatent une sorte de « virilisation » de leur comportement. Une attitude que certaines assument et revendiquent. Agressivité, conduite sportive, voire dangereuse, les femmes se lâchent. Depuis 2003 en France, les femmes sont de plus en plus impliquées dans des accidents blessant des tiers. Et pour ce qui est de la délinquance routière, l?Institut national de la recherche et de la santé médicale constate que les comportements masculins et féminins ont tendance à converger.
Allemagne : Une étude montre que les hommes provoquent 3,5 fois plus d?accidents. Selon les chercheurs de l?université de Greifswald, les hommes entraînent plus d?accidents, sauf dans la tranche d?âge des 18-25 ans où les jeunes femmes les dépassent. L?étude indique, entre autres, que les femmes sont moins grièvement blessées que les hommes. S?encastrer dans un arbre apparaît comme une « spécialité masculine ». Autres spécificités de la conduite virile : le refus de la priorité et le dépassement des limites de vitesse, expliquent les chercheurs, qui font le distinguo entre les conduites « offensive » et « défensive ».
Autre résultat : la hausse du taux de testostérone semble avoir un impact sur la conduite, radicalement opposée selon le sexe : pendant leurs menstruations, les femmes ont une conscience renforcée des dangers, tandis qu?au contraire, plus les hommes produisent de testostérone, plus le danger d?accident augmente?
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