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Art thérapeute en devenir

1 mars 2008, 00:00

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Le temps n?a pas altéré la silhouette de Véronique Ash. Elle le reconnaît mais affirme que ce n?est pas pour garder la ligne. «J?ai juste adopté un régime alimentaire plus sain, éliminé les viandes, privilégié le poisson, les légumes et les fruits. Et je cours tous les après-midis. Je l?ai fait essentiellement pour mon bien-être.» Quand on a été Miss Maurice, ne ressent-on pas l?obligation de préserver une certaine image ? «Pas du tout. Je n?ai pas modifié ma vie en raison de la couronne.»

Cette benjamine d?une famille de quatre enfants, scolarisée au collège Bon et Perpétuel Secours, est douée pour le dessin. Tout comme elle a toujours eu la fibre sensible envers ceux à qui la vie n?a pas souri.

Le dessin est une de ses matières principales pour ses études en Form VI. Lorsqu?elle complète son éducation secondaire, il est clair dans sa tête qu?elle n?abandonnera pas la partie. Pour faire quoi par la suite, elle l?ignore. «Dans ma tête, il n?y avait que peindre, peindre et peindre. Je voulais prendre le dessin au sérieux sans savoir où cela allait me mener.» Elle prend alors des cours particuliers de dessin avec feu Serge Constantin.

Le concours de Miss Maurice vient comme une parenthèse entre ces cours de dessin et son admission pour suivre une formation à l?atelier de dessin du Mahatma Gandhi Institute. Elle compare ce qu?elle a reçu de Serge Constantin et la formation délivrée au MGI. «Avec Serge, j?ai fait beaucoup de dessin, de crayonnage et de nature morte. Au MGI, ils ont affiné mon crayonnage, ma peinture, mes natures mortes. C?est dans cette institution que j?ai découvert mon style qui est fluide et aérien, de même que ma voie.»

Véronique aurait bien voulu vivre de son art à l?issue de sa formation. Mais elle craint que cela ne lui soit pas possible. Pour vivre, elle accepte un emploi de représentante des ventes avant d?agir comme graphiste dans des agences publicitaires. Au bout de quelques années, elle arrête tout car elle sent qu?elle néglige sa peinture. A la fin des années 90?début 2000, elle, qui rêve d?être son propre chef, réussit grâce à ses économies à ouvrir sa galerie d?art dans un local qu?elle loue au Grand-Baie Store. Elle y expose ses ?uvres qu?elle a fait encadrer, de même que ses sculptures et ses travaux sur verre et céramique.

Si elle choisit cette station balnéaire, c?est en raison de sa fréquentation touristique. «Itinéraire», le nom de sa galerie, connaît un certain succès à ses débuts mais le tourisme est saisonnier et les rentrées d?argent pas toujours régulières. Elle doit s?acquitter de charges fixes assez lourdes et ce, mensuellement. Véronique tient bon trois ans avant de mettre la clé sous le paillasson. Cette fermeture ne constitue pourtant pas une fin en soi. «J?ai assouvi ma passion car je voulais être mon propre chef et avoir quelque chose à moi. Mais cela aurait été une folie de poursuivre dans cette voie.»

Elle continue à réaliser ses peintures, sculptures et autres travaux dans l?atelier qu?elle s?est aménagé au domicile de ses parents et les liens qu?elle a tissés avec des touristes les ramènent vers elle lorsqu?ils sont de passage. Elle donne aussi des cours particuliers de dessin à la maison. C?est ainsi qu?elle gagne sa vie.

Elle aurait pu se chercher un emploi d?enseignante d?art. Mais Véronique refuse la facilité. Dans un souci de se mettre au service d?autrui, elle accepte en 2003 de donner bénévolement des cours de dessin aux adhérents de Friends in Hope. Elle le fait deux fois la semaine.

Ce qu?elle savait de l?effet de l?art sur sa personne, c?est-à-dire qu?il lui procure «le bien-être et une paix intérieure», elle en voit ses effets sur les bénéficiaires de ses cours. «J?ai découvert les bienfaits de l?art sur la santé mentale. Le dessin aide les personnes souffrant de troubles mentaux à améliorer leur équilibre intérieur et à travers l?expression de leur créativité, ils font une rencontre avec eux-mêmes car ils découvrent leurs capacités. Après chaque session, j?évalue leur expérience artistique, leur compréhension, leur concentration, leur dextérité, l?interaction, leur coordination, leur capacité d?observation et d?autres facteurs. Au fil du temps, j?ai réalisé que, dans la vie courante, ces personnes ont du mal à se concentrer. Mais lorsqu?elles dessinent, elles arrivent à le faire, sans trembler, ni bouger et ça, c?est merveilleux. Ce travail me stimule, me motive et m?intéresse à me développer davantage dans une profession à caractère psychosocial.»

<I>«Le dessin aide les personnes souffrant de troubles mentaux à améliorer leur équilibre intérieur.»</I>

Il n?y a pas que sur les adhérents de Friends in Hope que l?art a des effets thérapeutiques. Véronique en a fait l?expérience auprès d?enfants de femmes battues qui ont trouvé refuge à S.O.S Femmes. «Un jour, j?étais au jardin Balfour et j?ai croisé une religieuse qui s?occupe des enfants de femmes battues. J?ai proposé de leur donner bénévolement des cours de dessin.» Ce qu?elle fait une fois la semaine. Elle n?a eu que des comptes-rendus positifs de la religieuse par la suite. «Elle a dit qu?elle n?avait jamais vu les enfants aussi concentrés et intéressés par ce qu?ils dessinaient.»

Véronique, qui a aussi donné des cours gratuits de dessin aux enfants de Terre de Paix, effectue des recherches sur le Net et réalise que l?art thérapie est une discipline universitaire à part entière délivrée par les universités en Europe et au Canada. L?art thérapie est bénéfique non seulement aux personnes souffrant de troubles mentaux mais aussi aux enfants souffrant de troubles d?apprentissage et en difficulté scolaire, aux toxicomanes en réhabilitation, aux personnes vivant avec le VIH-SIDA, aux amoindris de la société... L?art thérapeute qualifié peut exercer dans son propre cabinet ou être rattaché à un centre hospitalier, une clinique ou travailler au sein d?une association spécialisée.

En lisant cela, Véronique prend conscience que c?est exactement ce qu?elle veut faire. «J?ai déjà l?expression artistique. C?est tout le reste que je veux maîtriser et il est temps pour moi d?avoir un diplôme qui sanctionnera mes connaissances.» Etant plus francophone, elle fait une demande d?admission auprès de l?université de Paris VII-Denis Diderot en France et obtient son autorisation d?inscription.

Le hic est que malgré son désir d?aller se spécialiser, Véronique ne peut le faire car elle ne dispose ni du montant de garantie bancaire exigé pour obtenir son visa, ni de l?argent nécessaire pour passer deux ans à vivre et étudier en France.

Elle a envoyé son curriculum vitae à plusieurs entreprises pour obtenir un emploi. Mais elle réalise que les économies qu?elle pourrait faire seront insuffisantes pour couvrir ses frais de séjour. Elle est donc en quête de parrains. «Je fais un appel aux entreprises pour qu?elles m?aident à réaliser mon rêve. L?art thérapie a fait ses preuves et viendra en aide à de nombreuses personnes. Et c?est la société qui en sortira gagnante?»

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