Publicité
«L?offre dépasse la demande de places à l?université»
Par
Partager cet article
«L?offre dépasse la demande de places à l?université»
● L?université de Maurice compte accueillir à partir du mois d?août 4 000 étudiants au lieu de 2 500. Avez-vous les moyens de vos ambitions ?
Nous ne nous serions pas lancés dans cette voie si nous n?en avions pas les moyens. Ma philosophie est que la demande viendra si nous créons l?offre. Si nous avions à attendre les conditions idéales, nous aurions eu à attendre longtemps. C?est ce que j?ai fait depuis que je suis à l?université : je n?ai jamais attendu le financement ou les conditions idéales. Une fois qu?un certain projet a eu le consensus, nous nous sommes lancés. Il faut créer les conditions. Nous envisageons en effet d?augmenter le nombre d?étudiants de 2 500 à 4 000 et même plus.
● <B>A temps partiel ou à plein temps ? </B>
Une combinaison des deux. C?est-à-dire à peu près 1 000 nouveaux étudiants à plein temps et environ 500 à temps partiel. Nous avons voulu faire comme cela se fait ailleurs: regrouper nos jeunes dans des amphithéâtres. Jusqu?ici, à l?université, nous avons mâché le travail pour les étudiants. A Maurice, cela commence à la maternelle, continue au primaire, au secondaire et même à l?université. Mais maintenant nous voulons que le jeune qui quitte l?université soit mature, qu?il ait eu un développement personnel, qu?il soit bien encadré et qu?il devienne un individu à part entière.
● Que voulez-vous dire quand vous dites mâcher le travail ?
Nous prenons tout en charge pour eux. Et ce n?est pas correct. Ailleurs, les étudiants s?entraident, se débrouillent, font leurs propres recherches et ne comptent pas autant sur les professeurs. Il faut donc trouver d?autres techniques d?enseignement. Nous en avons parlé avec les étudiants et il semble qu?ils sont d?accord. Nous allons maintenant utiliser des amphithéâtres où nous pourrons installer 200 à 300 élèves.
● Et ils sont d?accord ? Ne s?en étaient-ils pas plaints à un moment donné ?
Oui. Mais vous savez, tout changement amène des protestations. C?est du passé maintenant. Auparavant, nous avions de nombreuses petites classes, ce qui nous conduisait à un gâchis de ressources et de locaux. Mais si nous mélangeons les classes qui font les mêmes modules, nous pouvons le faire.
● Donc la question de moyens ne se pose pas vu qu?auparavant il y avait du gaspillage ?
Je ne sais pas si nous pouvons appeler cela du gaspillage. Disons que nous avons continué avec le système avec lequel nous avions débuté il y a 40 ans. Avant, il était important d?avoir de petites classes, de rendre le travail de l?étudiant le plus simple possible. Maintenant, il est possible de faire ce qui se fait partout ailleurs, c?est-à-dire avoir de grandes classes de personnes qui étudient le même module. Nous gagnons en ressources parce qu?il nous faut moins d?enseignants et nous gagnons en termes de temps. Mais bien évidemment, nous avons toujours un problème d?argent parce qu?il n?y a pas eu de développements infrastructurels depuis une vingtaine d?années. Nous avons toujours besoin d?argent mais quand il n?y en a pas, il faut trouver d?autres moyens. Nous avions eu une crise financière ici. Et quand il y a une crise, il faut trouver des solutions. Et c?est ce que nous faisons.
● Et une partie de la solution est une hausse des general fees ? Comment cela a-t-il été accueilli par vos étudiants?
Les annonces de ce genre ne sont jamais accueillies positivement. Mais nous avons discuté de cela avant que la décision ne soit prise. Il y a consensus même si cette décision n?a pas fait l?unanimité tout de suite. Je crois que ce que nous demandons est très raisonnable : Rs 12 300 par année pour des études universitaires, ce n?est pas énorme.
● Justement, l?université ne devrait-elle pas être payante ?
(Hésitations?) Pas vraiment. Mais si nous le faisons, il faudrait qu?il y ait un système de prêt régi par le gouvernement et il ne faudrait pas que ce soit seulement les étudiants nécessiteux ? comme définis par le ministère de la Sécurité sociale ? qui y aient droit. On peut ne pas satisfaire les critères de la Sécurité sociale mais ne pas toujours avoir assez de moyens pour payer les frais d?université. Donc il faudrait, selon moi, revoir le means test. Ou bien, il faudrait avoir un système de bourses pour ceux qui n?ont pas les moyens.
● Et une telle décision devrait être prise par le gouvernement ?</B>
Pas exactement. Le conseil d?administration de l?université est habilité à prendre des décisions de ce genre. Cela dit, nous avons toujours cherché l?aval du gouvernement à chaque fois que nous avons voulu changer des choses parce que le Conseil des ministres nous a déjà fait savoir qu?il serait contre l?introduction de tuition fees.
● <B>Mais ce n?est pas vraiment à eux de décider?</B>
Oui et non parce que notre financement vient du gouvernement et si quelqu?un vous donne de l?argent, il faut bien rendre des comptes. Et cela a toujours été une bonne chose jusqu?à maintenant. Mais laissez-moi vous dire une chose : si l?université n?était pas gratuite, savez-vous combien de gens n?auraient jamais pu accéder à un diplôme ou à une licence ? Les gens que nous formons aident finalement le pays, le système? Surtout le secteur public.
● <B>Parlons de ceux qui ne sont pas admis à l?université parce que vous avez un problème de places? </B>
Ce que vous dites n?est pas tout à fait exact : il y a à peu près 6 500 à 7 000 étudiants qui réussissent aux examens du HSC. L?année dernière, il y avait à peu près 5 000 étudiants qui étaient éligibles à une place à l?université. Sur ces 5 000 postulants, nous avons offert des places à 3 540 élèves mais seuls 2 700 ont répondu positivement. Donc, soit ils sont allés à l?étranger, soit ils ont décidé de ne pas aller de l?avant avec leurs études supérieures. J?ajoute que certains se sont probablement inscrits à des universités qui sont tout sauf des références.
● <B>Puisque nous évoquons le sujet, est-ce qu?un diplôme de l?université de Maurice vaut un diplôme obtenu d?une université étrangère ?</B>
Tout à fait. Un diplôme de l?UoM vaut un diplôme de l?Imperial College, de l?université de Manchester entre autres. Vous savez, toutes les institutions internationales reconnaissent la qualité de notre institution.
● <B>Mais est-ce que les diplômes de l?université de Maurice souffrent d?un problème de perception ?</B>
Pas du tout. En tout cas, ce n?est pas ce que nous disent les compagnies du secteur privé qui emploient nos étudiants. Mais j?admets qu?au début de leur embauche, il y a un petit souci : les Mauriciens en général ont des problèmes à s?exprimer en anglais ou en français et cela peut poser un problème dans le monde du travail. Il y a aussi un problème de développement personnel puisque les élèves de l?université de Maurice sont normalement des enfants gâtés qui vivent chez leurs parents et ont toujours été à l?abri de la vraie vie. Mais je dois dire qu?après quelques semaines, l?étudiant mauricien a une capacité d?adaptation extraordinaire. Il ne faut pas oublier qu?à l?université de Maurice, nous avons les meilleurs élèves du pays.
● <B> Dans quel sens ?</B>
Parce que ceux qui ne sont pas lauréats viennent étudier à l?UoM. Quels parents voudront dépenser autant d?argent et envoyer leurs enfants à l?étranger quand ils peuvent être admis à l?université de Maurice ?
● <B>Des parents qui ont envie que leurs enfants s?épanouissent loin d?eux, deviennent indépendants et apprennent à devenir des adultes dans des circonstances pas toujours roses, peut-être ? </B>
Oui, mais ce n?est pas la même chose. Cela dépend aussi des moyens.
● <B>Vous auriez pu régler ce problème en ouvrant vos portes aux étudiants étrangers?</B>
Oui. Mais nous n?avons pas de halls of residence.
● <B>Pourquoi ne pas en construire ?</B>
Cela fait 30 ans que nous demandons un terrain pour cela ! Nous avons un problème de capital malheureusement. Et les choses étant ce qu?elles sont, si nous voulons accommoder plus d?étudiants étrangers, cela voudra dire que nous aurons moins de place pour les étudiants mauriciens.
● <B>Mais les étudiants étrangers vous apportent de l?argent. Il vous faudra bien faire un choix, vous n?êtes pas une institution charitable, non ? </B>
Mais si, nous le sommes. Nous pouvons faire des profits marginaux que nous devons réinvestir dans l?université. Mais bon, à ce stade, cette question ne se pose pas puisque nous sommes en déficit !
● <B>Revenons au problème d?accès à l?université. Ce ne serait en fait pas un problème et c?est même le contraire qui se passerait? </B>
Tout à fait. Comme je vous l?ai dit, nous ouvrons l?accès, mais à ce stade l?offre dépasse la demande. Mais nous voulons encourager ceux qui travaillent déjà à étudier à temps partiel. Cela fera que nous aurons plus d?argent puisque les étudiants à temps partiel paient les frais d?université contrairement à ceux qui étudient à plein temps.
● <B>Donc il n?y a aucun besoin d?universités privées ?</B>
Les universités privées offrent normalement ce qu?on appelle les soft courses comme le management ou l?informatique, où il n?y a pas besoin de grands investissements. Et le jour où elles ne se feront plus d?argent, elles s?en iront. Cela dit, Maurice s?intéresse aux investissements étrangers et dans ce sens, les universités privées sont importantes.
Publicité
Publicité
Les plus récents