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L?archipel démembré
<B>Par Nad SIVARAMEN</B>
Les Comores sont l?illustration parfaite d?un pays qui a complètement raté son parcours de décolonisation. C?est également une faillite pour les démocraties régionales, incapables jusqu?ici de garantir une stabilité durable dans cet archipel. Aujourd?hui la communauté internationale, de l?Union africaine en passant par la Commission de l?océan Indien, cherche désespérément à prévenir l?embrasement de cet archipel.
Un petit rappel historique des statuts fluctuants des Comores est utile à la compréhension des événements qui se trament aujourd?hui. Nous sommes dans les années 1910. Les trois principales îles, Grande Comore, Anjouan et Moheli sont administrativement rattachées à Mayotte, colonie française de cet archipel situé au nord-est de Madagascar, dans le canal de Mozambique.
Après la Seconde Guerre mondiale, les Comores deviennent territoire d?outre-mer, permettant ainsi le détachement de ces îles Comores de Madagascar, autre colonie française. En 1974, sous la pression indépendantiste des pays du «tiers-monde», les autorités françaises accordent un référendum sur l?indépendance : 64 % de la population de Mayotte vote contre, alors que les autres îles de l?archipel, y compris Anjouan, votent à 95 % pour. L?archipel se voit dès lors amputé de l?île de Mayotte.
Au début du mois d?août 1975, l?indépendance est proclamée. Ahmed Abdallah Abderémane devient président. Cependant, peu après, Ali Soilih renverse ce dernier, avec l?aide des mercenaires du français Bob Denard. Ces coups de feu donnent le ton. Une série de coups d?État s?ensuivront ainsi dans l?archipel.
En 1997, le pays est plongé dans une autre crise politique majeure, avec la sécession d?Anjouan puis celle de Mohéli. Le mouvement séparatiste et la violence se poursuivent jusqu?en 1999 avec la création de l?Union des Comores et l?adoption d?une nouvelle constitution en 2001. Ce nouveau système prévoit que les îles ? Anjouan, Grande-Comore et Mohéli ?, aient chacune leur propre gouvernement semi-autonome et leur propre président. C?est ce que statue l?accord-cadre de réconciliation nationale pour un «nouvel ensemble comorien», qui rappelle également l?appartenance de Mayotte à l?Etat comorien?
Nous nous retrouvons donc avec des constitutions souvent contradictoires (une au niveau de l?Union, une dans chaque île), plusieurs gouvernements et de lourdes entités administratives?Une véritable recette pour un naufrage économique et ainsi cultiver la misère. Les Comores ont toujours été sous perfusion internationale...
Il y a la crise hulanitaire d?un côté et de l?autre, la collectivité départementale de France, Mayotte ? qui doit bientôt accéder au statut de département français ?, occasionnant un autre dilemme a régler pour l?Union des Comores, après la crise anjouanaise. Mayotte, c?est la vitrine du développement, ou par milliers des Comoriens tentent de se rendre, souvent au péril de leur vie.
Cette promesse d?un avenir meilleur par divers acteurs, est pour beaucoup dans la succession de crises politiques qui secoue les Comores. Celle de 2008 confronte deux hommes, deux méthodes de régner : le président de l?Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi et le président autoproclamé d?Anjouan, le colonel Mohamed Bacar. Leurs actes risquent de plonger l?archipel dans un autre bain de sang?
Bacar, peu après avoir refusé de reconnaître l?arrêt de la Cour constitutionnelle des Comores, à la fin de son mandat de cinq années, le 14 avril 2007, avait chargé sa garde prétorienne d?attaquer à coups de mortier et de roquettes le palais de la présidence de l?Union à Anjouan, confisquant véhicules et équipements qui s?y trouvaient. Quelque temps après, ce fut au tour de l?avion qui transportait le président de l?Union des Comores qui venait en visite à Anjouan d?être pris pour cible, obligeant Sambi et sa délégation à rebrousser chemin vers Moroni?
Né le 5 mai 1962, Mohamed Bacar a poursuivi des études supérieures à l?université navale de Brest et à l?École de Gendarmerie de Melun, en France. Rentré au pays pendant une période d?agitation politique, il s?implique activement et tente de déployer une stratégie pour conserver coûte que coûte le pouvoir a Anjouan. Il évoque souvent un projet d?indépendance pour cette île en cas de victoire?.
Alors que Mohamed Bacar continue à défier le gouvernement de l?Union des Comores, à faire fi des directives de la communauté internationale, à marteler qu?il est prêt à se battre jusqu? à la mort, Ahmed Abdallah Sambi, lui, joue au messie. Celui-ci s?est fixé comme mission de libérer le peuple d?Anjouan de l?emprise de Bacar et de reconstruire l?archipel des Comores, y compris en récupérant Mayotte des Français.
Surnommé l?«Ayatollah», Sambi, 50 ans cette année, est un prédicateur musulman qui a étudié les pratiques coraniques en Iran. Il est aussi un redoutable homme d?affaires qui a investi dans la presse, dans la propagation de sa cause et de sa foi. Pour se hisser au pouvoir en mai 2006, il a su cristalliser la colère des Comoriens contre le colonel Azali, qui a gardé le pouvoir durant sept ans après son coup d?Etat. «Je ne suis pas un fondamentaliste mais je suis pour la loi islamique», a-t-il déclaré sur les ondes de Radio France Internationale. L?«Ayatollah» est par ailleurs craint par les autorités françaises, qui redoutent qu?il tente de rapprocher les Comores de l?Iran.
L?Union africaine tente encore, quant à elle, de ramener les deux hommes à la raison, mais en vain pour le moment. Peu importe le vainqueur de cette énième crise, c?est la population de cet archipel démembré qui subit, plus de trente ans après son indépendance, la dictature kaki ?Triste sort pour nos voisins.
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