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La politique monétaire fait jaser
Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rundheersing Bheenick a pris tout le monde par surprise. Nous ne parlons pas de l?insignifiante baisse du Repo Rate de 0,25 %. A la suite à une réunion entre la Banque centrale et les exportateurs réunis au sein de la Mauritius Export Association (MEXA), le régulateur avait annoncé son intention de laisser les forces du marché fixer les taux de change. Quelques semaines plus tard, la BoM adopte une position interventionniste en déclarant que le Banque centrale achètera des devises de tous les bona fide exporters.
Cette annonce a été une douche froide pour les banques commerciales du pays. En effet, pour acheter des devises, la Banque centrale sera contrainte d?acheter des devises à un taux supérieur à celui affiché par les banques commerciales. Si ce n?est pas de l?interventionniste, cela y ressemble et les banquiers ne manquent pas de décrier cette intervention du régulateur sur le marché commercial. La BoM fausse le jeu. Pourtant, certains analystes estiment que cette intervention ne se concrétisera pas et que cette annonce ne sert qu?à calmer les industriels du textile-habillement.
La question qui se pose est : que s?est-il passé entre la réunion avec la MEXA où la BoM avait tenu la ligne dure et le relâchement qu?implique l?achat des devises des exportateurs ? Y a-t-il eu intervention au plus haut niveau malgré l?utopie de l?indépendance de la BoM ?
<B>Crier au loup</B>
Ainsi, pour ne pas pénaliser l?ensemble des consommateurs à travers une roupie compétitive ? un euphémisme pour une roupie dépréciée ? la Banque centrale a choisi de puiser dans ses réserves pour assurer aux exportateurs un meilleur rendement pour leurs devises. C?est un pis-aller.
Cela fait des décennies que le textile-habillement se dope à la dépréciation de la monnaie. Quand la roupie s?est dépréciée de 22 % contre l?euro en 2006, personne n?osait dire mot. Et aujourd?hui que la tendance est renversée, tout le monde crie au loup. C?est à croire que notre industrie du textile-habillement n?est pas compétitive sans une dépréciation de la monnaie. On abat bien les chevaux pourtant?
Avec ses réserves en devises de l?ordre de Rs 51 milliards, la Banque centrale a les moyens de ses ambitions, qui est d?introduire davantage de compétition sur le marché des devises. Le calcul étant que les banques commerciales seront forcées de s?aligner sur les taux de la Banque centrale.
Par ailleurs, la décision du Monetary Policy Committee de se rencontrer d?urgence pour une action sur le taux directeur, est diversement commentée. Les banquiers comme les cambistes estiment qu?il n?y avait pas le feu et qu?on aurait pu attendre la prochaine réunion fixée pour le mois de mars.
Valeur moins attrayante</B>
De plus, nombre d?observateurs jugent la baisse de 0,25 % insuffisante par rapport à la baisse des taux d?intérêts américains qui sont de 3 % contre 9 % pour Maurice. Ce qui laisse un différentiel de 6 %. Une telle marge continuera à attirer des investissements et il n?y a aucune garantie que le pays ne soit pas une destination pour des investissements à court terme, ce qu?on appelle «hot money» dans le jargon de la finance. Le gouverneur Bheenick s?est dit confiant qu?il n?y a pas de «short-term capital flow» sur Maurice. On se souviendra qu?en avril 2007, le gouverneur de la Banque centrale s?était félicité d?un flux de $ 75 millions dans les bons du Trésor.
Si aujourd?hui, les taux sont d?une valeur faciale moins attrayante que lors du premier trimestre de l?année dernière, il demeure que le différentiel joue en notre avantage comparativement au dollar, à l?euro et à la livre sterling.
De plus, les investissements étrangers continuent à affluer sur la Bourse de Maurice. Tout cela pour dire que la définition du terme «short-term capital flows» est crucial dans ce débat. Les investisseurs étrangers sont principalement des investisseurs institutionnels qui ne prennent pas des positions longues pour assurer leurs retraites !
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