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L?illusion d?une roupie forte

10 février 2008, 00:00

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Tout le monde le désire et tout le monde y a droit. Mais pour en bénéficier dès aujourd?hui, il faut commencer par se rendre à la pharmacie du coin et démontrer qu?on a de l?asthme, une maladie de la peau ou une grippe. On parle là d?une baisse des médicaments, corollaire de l?appréciation de la roupie.

« Seulement deux ou trois articles sont jusqu?ici concernés par cette baisse », in-dique toutefois Sanjay Prayag, président de la Pharmaceutical Association of Mauri-tius. « L?inhalateur qui jusqu?ici se vendait à Rs 107 est offert à Rs 85,75. Le sachet de fervex utilisé contre la grippe est passé de Rs 124 à Rs 119. » À la pharmacie Notre Dame des Victoires, à Rose-Hill, la pommade Dermovat est aussi vendue à Rs 191, au lieu de Rs 203.

Même si les officines ont été parmi les premières à annoncer que cette baisse n?est pas un rêve, il ne faut pas se faire d?illusion, et croire que d?autres articles vont forcément emboîter le pas. Une répercussion de l?appréciation de la roupie sur les prix des produits de consommation n?est pas automatique.

La raison est simple. La valeur de notre monnaie n?est pas le seul facteur qui entre en jeu. En effet, le prix que le consommateur paie à la caisse est la somme de tous les facteurs liés au coût d?opération de l?importateur, du distributeur et du détaillant. Ce sont, entre autres, le prix du fret, de la manutention, du transport du produit de la douane au dépôt de l?importateur et du dépôt à destination, la marge de profit de l?importateur, celle du distributeur, et enfin celle du détaillant qui se trouve au bout de cette longue chaîne. Sans parler des commissions sur les cartes de crédit et les sacs en plastique.

L?absence d?un organisme pour examiner l?évolution de ces facteurs rend une baisse tributaire de la seule volonté des importateurs. Mais le recours à un organisme de suivi impliquerait un travail énorme, car il faudrait suivre l?évolution de tous les produits importés, de même que les matières premières achetées en devises étrangères et qui sont utilisées pour fabriquer localement certains articles.

Pourtant, lors d?une récente conférence de presse, Rama Sithanen, le ministre des Finances, a estimé que l?effet de l?appréciation de la roupie devrait se manifester plus tard au niveau d?une baisse des prix à la consommation.

Ne pas s?attendre à des miracles

Nicolas Merven, Chief Operating Officer de la chaîne de distribution Winner?s du groupe Ireland Blyth Ltd a une perception différente des choses. Il ne parle pas de baisse, mais plutôt d?un tassement de la hausse des prix. « D?une manière générale, cette appréciation a servi à atténuer les hausses de prix sur le marché international. » Autrement dit, nous sommes dans une situation caractérisée par des augmentations continues.

« Certains produits devraient coûter moins cher, mais les articles dits de base sont quasiment tous pris dans une spirale de hausses continues. Les baisses auront un impact réduit sur le panier de la ménagère. »

Dans une déclaration à notre confrère Business Magazine dans son édition du 6 au 12 février, Mahmood Cheeroo, se-crétaire général de la Chambre de commerce et d?industrie de Maurice, expli-que pourquoi le consommateur ne devrait pas s?attendre à des miracles. Il déclare qu?il existe trois types de produits de consommation. Le premier concerne les articles dont le prix a significativement augmenté et qui, malgré l?appréciation de la roupie en début d?année, ne baisseront pas. Mahmood Cheeroo évoque ensuite les produits qui n?ont connu qu?une légère hausse.

« Leur prix pourra donc être maintenu ou connaître une petite baisse. »

Le troisième type concerne les articles dont le prix n?a pas augmenté sur le marché mondial et qui devraient connaître une baisse. Là, il précise toutefois que le tarif des articles de première nécessité a augmenté de façon significative et ne baissera pas, en dépit de l?appréciation de la roupie. « C?est pour cette raison que le consommateur ne sent pas la hausse de son pouvoir d?achat. »

Un rôle d?équilibre

Mosadeq Sahebdin, porte-parole de l?Institute for Consumer Protection (ICP) estime qu?en refusant de répercuter sur le prix des produits importés, les effets de cette appréciation, les importateurs « agissent de façon irresponsable ». Il trou-ve inacceptable que lorsque notre monnaie perd de sa valeur vis-à-vis des devi-ses, les importateurs sont empressés de répercuter la note sur les consommateurs. « Une baisse des prix, même si c?est de courte durée est amplement justifiée. Pour-quoi n?adoptent-ils pas une posture pareille lorsque la roupie prend du galon à l?égard des devises étrangères ? », se demande-t-il.

En outre, il faut savoir que la roupie n?est pas seulement une monnaie d?échange, mais elle assume aussi dans l?économie nationale un rôle d?équilibre comparable à celui du balancier d?une pendule. Dès que le balancier penche d?un côté, tout le système risque d?être perturbé. Les deux pôles de la pendule, ce sont l?exportation et l?importation. Une roupie trop forte fera alors le bonheur du consommateur parce que, théoriquement, il achètera les produits importés moins cher. En revanche, si la roupie se déprécie ou ne s?apprécie pas de façon significative par rapport aux monnaies étrangères, ce sont le tourisme, le textile axé sur l?exportation, et le secteur financier qui en profitent, en raison de nos coûts d?opération qui attirent de nombreux hommes d?affaires.

Synchroniser tous ces impératifs

Ainsi, dès que la roupie a commencé à s?apprécier, le secteur textile a tiré la sonnette d?alarme par l?entremise d?Ali Parkar, président du groupe Star Knitwear un des fleurons de l?industrie. Dans l?express du 4 février, il affirme : « Il y a eu une gestion raisonnable de la valeur de la roupie au cours des 25 dernières années ou plus. La dépréciation graduelle a permis aux industries d?exportation d?accorder des augmentations de salaires à leur personnel et a beaucoup aidé au main-tien de la stabilité du secteur. Il n?est pas suffisant que le ministre des Finances dise qu?il va laisser les forces du marché déterminer la valeur de la roupie, notamment à cause de l?impact négatif sur le secteur manufacturier. »

Le danger qu?une monnaie trop forte fait peser sur l?industrie du textile d?exportation est donc réel. Elle va contribuer à neutraliser les effets d?un des facteurs déterminants de notre compétitivité à savoir une roupie faible.

Et quid des consommateurs ? Ayant subi, depuis de nombreuses années, les conséquences d?un régime d?une roupie faible sur leur pouvoir d?achat, ces derniers sont à bout de souffle et sollicitent un répit.

Alors, faut-il une roupie forte ou une roupie faible ? Faut-il empêcher les consommateurs de tirer profit de l?appréciation de notre monnaie ? Doit-on s?abstenir d?intégrer l?apport des devises étrangères dans le circuit monétaire du pays sous prétexte qu?elles ne sont pas liées à une amélioration directe des facteurs fondamentaux de notre économie ? Une roupie faible est-elle indispensable pour assurer la compétitivité des secteurs de l?industrie du textile et du tourisme ?

Les décideurs marchent sur des ?ufs. Le défi consiste à trouver le juste équilibre qui assure la synchronisation de tous ces impératifs.

L?ENVOLEE DE DAME ROUPIE

En janvier 2007, le dollar s?échangeait à Rs 33,62, l?euro à Rs 43,95 et la livre sterling à Rs 66. En décembre de la même année, le dollar valait Rs 29,10, l?euro Rs 42,82 et la livre sterling Rs 58,40.

Et le 8 février, le billet vert s?achetait à Rs 29,47, la livre sterling à Rs 56,90 et l?euro à Rs 42 40. Mais d?où provient cette bonne forme de notre monnaie ?

Cela est dû surtout à d?importantes entrées en devises. Le hic, c?est que la totalité de ces devises n?est pas le fruit de notre travail. Nous n?avons vendu ni produits ni services pour les avoir. C?est ce qui suscite l?inquiétude de certains opérateurs, notamment ceux de l?industrie du textile. « Il nous faut être vigilants », soutient François de Grivel, président de la Mauritius Export Association (MEXA) qui ajoute toutefois que si la situation est préoccupante dans le court terme, on peut penser qu?elle va bientôt se stabiliser.

Ces devises proviennent des dépôts effectués par des investisseurs dans le secteur des Integrated Resorts Schemes, d?une part, et d?autre part des fonds destinés à la mise en place de la réforme dans l?industrie sucrière.

Du jour au lendemain, les banques commerciales se sont retrouvées devant une demande accrue pour la roupie. La logique de la loi de l?offre et de la demande s?impose, résultat : la roupie prend l?ascenseur.

Analysant le contexte dans lequel notre roupie évolue, les rédacteurs de la dernière édition de MCB Focus soutiennent que ce contexte « justifie une intervention sur le marché en vue de prévenir une fluctuation rapide et généralisée de la valeur extérieure de la roupie jusqu?à ce qu?une solution plus permanente soit mise en place ».

Ce n?est pas un hasard si la Banque centrale vient de baisser le repo rate, qui détermine les taux d?intérêt sur le marché. Cette mesure est susceptible d?amener les opérateurs à emprunter en roupies sur le marché local, au lieu d?avoir recours à des devises étrangères, notamment le dollar. On a également assisté à une intervention de la Banque centrale au début de janvier. Elle a acheté pour 7 millions de dollars sur le marché local, soit quelque Rs 203 millions.

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