Publicité

Les années de guerre volées à d?anciens combattants

5 février 2008, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un aspect intéressant du combat exemplaire de France Domingo en faveur des anciens combattants, concerne le refus des autorités mauriciennes de considérer les années de mobilisation et de guerre pour calculer la pension de retraite des fonctionnaires, ayant commis l?erreur, sinon le crime, de répondre favorablement à l?appel de l?engagement volontaire sous les drapeaux, à l?heure du danger, au lieu d?accumuler les années de service comme les planqués, préférant la sinécure d?un emploi dans la fonction publique, plutôt que de risquer perdre la vie, en allant affronter la horde du maréchal Rommel, en Afrique du Nord.

Démobilisés, les anciens combattants cherchent de l?emploi là où cela est possible. Les plus chanceux entrent dans la fonction publique. D?autres se contentent d?un emploi précaire sur les rares chantiers de construction. Les plus malchanceux doivent battre le pavé, en attendant de trouver un emploi, si possible sécurisé. Nombre d?entre eux se retrouvent, 30 ans après, sans pension de retraite car le fonds national de pension arrive trop tard pour qu?ils puissent y contribuer.

Les anciens combattants, entrés dans le service civil, sont victimes du plan de pension des fonctionnaires, voté en 1951 et toujours en vigueur en 1983. Il y est stipulé que les années passées, sous les drapeaux, comme soldats, ne sont pas prises en considération pour calculer la pension due.

Cet abus de pouvoir donne lieu à de nouvelles contestations, venant cette fois de la FSSC où milite désormais Domingo. On feint d?amadouer les syndicats des fonctionnaires, en préparant un recensement, aux fins de compilation de statistiques. Le tout prend ensuite le chemin des oubliettes. Domingo réitère son sentiment de révolte devant la loi régissant la pension des fonctionnaires, toujours en vigueur en 1983 et assez inique pour refuser de tenir compte des années passées sous les drapeaux, dans les années 1940, par les anciens combattants, devenus par la suite fonctionnaires. Il s?agit tout simplement d?un déni de justice.

France Domingo parle du Reabsorption Service, mis sur pied à l?heure de la démobilisation générale, dans le but d?aider à la réhabilitation des anciens combattants et de favoriser leur réinsertion dans la société. Apprécions, au passage, la similitude des expressions entre anciens combattants et anciens prisonniers. Il y a pourtant une différence de taille. Pour les anciens combattants cette aide à la réinsertion s?impose en raison des sacrifices consentis, à la demande de la nation en danger. Celle-ci ne doit rien, en revanche aux anciens prisonniers. Si nous aidons à leur réhabilitation, notre geste n?est pas aussi gratuit qu?il n?en a l?air car il est, en partie, motivé par la crainte qu?un ancien prisonnier non assisté ne devienne un dangereux récidiviste. Aucun risque de la sorte à craindre avec les anciens combattants. On les sait trop disciplinés, discipline justement apprise à l?armée, pour se révolter et troubler l?ordre public. Notre île Maurice se déshonore en obligeant ainsi d?anciens combattants, dont des héros de guerre, à se transformer en mendiants simplement pour survivre.

Le Reabsorption Service est confié aux bons soins du major Jean de Boucherville Baissac. Mais dès 1946, on lui confie la direction de la section de la Pêche au département de l?Agriculture. Cela ne l?empêche toutefois pas de continuer à se préoccuper inlassablement de l?amélioration du bien-être de nos anciens combattants.

Raoul Rivet, alors second député de Port Louis, aide grandement Baissac dans sa noble tâche. Il est la cheville ouvrière de l?initiative, devant créer, en 1946, l?Ex-Servicemen?s Welfare Fund, tout comme nous lui devons, en grande partie, la mise sur pied d?une loterie nationale, connue aujourd?hui comme celle des billets verts. Nul d?entre nous n?a jamais le droit d?oublier, même un seul instant, que l?objectif premier de cette loterie est de générer des fonds, devant assurer le bien-être matériel de nos anciens combattants. Quand certains d?entre eux subissent toujours les affres d?une misère quotidienne et désespérante, cette non-assistance à personne en danger, qu?est l?utilisation des ressources générées par la loterie des billets verts à d?autres fins, constitue le plus ignoble des vols.

Publicité