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L?économie américaine s?abîme entre croissance quasi-nulle et destructions d?emplois

6 février 2008, 00:00

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La perspective d?une prochaine récession aux Etats-Unis se précise. Alors que la croissance s?est installée sur un petit rythme annuel de 0,6 % au quatrième trimestre 2007 ? contre 4,9 % au troisième trimestre ?, ce sont désormais les créations d?emplois qui font défaut.

Selon des chiffres publiés vendredi 1er février, le solde des créations d?emploi a été négatif en janvier 2008 aux Etats-Unis, pour la première fois depuis quatre ans et demi. Pour ce premier mois de l?année, l?économie américaine (hors agriculture) a détruit 17 000 emplois quand les analystes tablaient sur une hausse de 75 000.

Banques avares de crédit</B>

Depuis l?été, les embauches donnaient des signes de faiblesse. Alors que le pays a besoin d?un taux annuel de créations d?emploi de plus de 6 % pour pallier sa croissance démographique naturelle et les départs en retraite des baby-boomers ? ce taux avait atteint 7,5 % en 2006 ?, il n?augmentait plus, depuis septembre, qu?au rythme de 3,5 %.

La crise des sub-primes ? du nom de ces crédits immobiliers à risque accordés aux foyers les plus précaires ? est la grande coupable. D?abord parce qu?elle a fait perdre beaucoup d?argent aux banques et les a incitées à se montrer extrêmement prudentes pour la suite. Conséquence, elles sont avares de crédits. Dans ce contexte, les entreprises investissent et embauchent moins.

La crise des sub-primes a aussi frappé de plein fouet la construction. Ce secteur a perdu 27 000 emplois, son septième recul successif depuis juillet. Les dépenses de construction, qui avaient crû de 10,6 % en 2005 et de 5,3 % en 2006, n?ont augmenté que de 2,6 % en 2007. En janvier, elles ont reculé de 1,1 %. Le taux d?investissement dans l?immobilier s?est effondré de 23,9 % au dernier trimestre 2007, le pire chiffre depuis 1981.

Plus inquiétant, l?industrie a perdu, elle aussi, 28 000 postes et réduit le nombre des heures travaillées par ses salariés. Enfin, si le solde des services reste positif (+ 34 000 emplois), il s?agit de son plus mauvais résultat depuis vingt-sept mois, et sa tendance est également à une réduction régulière du nombre des embauches.

Le ministère américain du travail a indiqué que, compte tenu des difficultés du marché du travail, le salaire horaire moyen n?avait crû que de 0,2 % en janvier, permettant d?enrayer les risques d?inflation.

Envolée des prix</B>

Nombre d?analystes continuent cependant de craindre une envolée des prix, les fabricants rencontrant des difficultés croissantes à préserver leurs marges. En fin de semaine, les marchés attendaient l?annonce assez rapide d?une nouvelle réduction du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed), qui a déjà procédé à une baisse de 2,25 points depuis septembre 2007.

Vendredi, le président George W. Bush, toujours «confiant» dans la capacité de l?économie américaine d?éviter une récession, a admis qu?elle connaissait «des signes inquiétants et sérieux d?affaiblissement» et qu?il fallait «faire quelque chose».

La Maison Blanche a réitéré l?appel à adopter au plus tôt le «plan Bush», un accord signé entre le Trésor et les dirigeants démocrates et républicains de la Chambre afin de permettre une relance de la consommation.

Celui-ci consiste en des crédits d?impôts exceptionnels aux particuliers et aux entreprises d?un montant de 150 milliards de dollars (101,3 milliards d?euros), et a été massivement validé par la Chambre (par 385 voix contre 35). Mais, jeudi, le Sénat a proposé un «contre-plan», réduisant ces crédits fiscaux pour mieux protéger les chômeurs.

Alors que se profilent les primaires dans 22 Etats, mardi, une échéance cruciale pour la désignation des candidats démocrate et républicain à l?élection présidentielle, les deux derniers démocrates en lice, Hillary Clinton et Barack Obama, ont fait assaut de critiques de la politique du gouvernement à l?annonce des chiffres de l?emploi. Tous deux sénateurs, ils ont mis l?accent sur une meilleure protection des chômeurs.

Le plan Bush, destiné à faire face à «l?urgence», pourrait bien s?enliser un temps dans les méandres de la procédure parlementaire.

Sylvain CYPEL </B> <I>© Le Monde 2008</I>

REPERES

<B>Un consortium bancaire pour sauver les «rehausseurs de crédit»</B>

■ Des banques internationales ont formé un consortium pour renflouer les «rehausseurs de crédit», dont une faillite pourrait déstabiliser les marchés, a affirmé, vendredi 1er février, la chaîne d?information financière CNBC.

Selon elle, les discussions n?en sont qu?à un stade préliminaire et diverses solutions sont étudiées. Les britanniques «Royal Bank of Scotland» et Barclays, les américaines «Wachovia» et «Citigroup», la suisse UBS, l?allemande «Dresdner Bank», ainsi que les françaises Société générale et BNP Paribas en feraient partie.

Ces «rehausseurs», appelés assureurs «monoliners», cautionnent les émissions obligataires des emprunteurs ne pouvant pas fournir toutes les garanties aux marchés. Si les émetteurs ne peuvent pas rembourser leur dette, les assureurs se substituent à eux. Pour leur métier, ils ont donc besoin de la note la plus élevée possible des agences de notation.

Apparus vers 1970, ces assureurs américains se sont intéressés au marché des collectivités locales. Ils ont ensuite garanti des produits sophistiqués comme les CDO, composés notamment de créances immobilières risquées. Or ce marché s?est effondré, plongeant les «rehausseurs» dans la tourmente. Certains ont été dégradés par les agences de notation, ce qui menace leur activité.

Si la note d?un «rehausseur» baisse, les émissions qu?il a garanties voient leur note baisser dans les mêmes proportions. Cela oblige les banques ayant souscrit ces titres à en déprécier la valeur dans leurs comptes... Or elles ont déjà perdu des milliards de dollars dans la crise.

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