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Un homme d?ouverture

4 février 2008, 20:00

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Gilbert Espitalier-Noël, 44 ans bientôt, nous reçoit dans son bureau de Mon-Désert-Alma (MDA) qui est attenant à la sucrerie qui a roulé pour la dernière fois en 2007. Il s?exprime avec fougue, passant de temps à autre la main dans une chevelure épaisse qu?il tente de domestiquer.

Cela lui fait quoi de faire partie des grandes fortunes du pays? A cette question, il déroule le plus simplement du monde le parchemin de la généalogie familiale, relativisant les choses au gré de sa réflexion. «Il y a beaucoup d?exagération par rapport à la richesse des possédants de l?industrie sucrière. C?est vrai que je suis issu d?une famille très nombreuse qui possède pas mal de terres. Mais cela ne signifie pas pour autant beaucoup d?argent en liquide. Les compagnies MDA et Savannah sont possédées en partie par un grand nombre de membres de la famille mais aussi par des centaines de petits actionnaires puisqu?elles sont cotées en Bourse. Nous n?avons jamais vécu dans l?opulence, même s?il est aussi vrai de dire que nous avons toujours vécu confortablement.»

Gilbert Espitalier-Noël a trois frères, Hector, Chief Executive Officer (CEO) du groupe, Eric, directeur exécutif de la branche commerciale et industrielle du groupe et Philippe qui est le CEO de Rogers. C?est un hasard qui fait que le père de Gilbert Espitalier-Noël et ses fils arrivent à avoir la plus grande influence dans les affaires familiales.

En effet, le premier Hector Espitalier-Noël, grand-père de notre interlocuteur, meurt très jeune. Hector junior, père de Gilbert Espitalier-Noël, n?a alors que dix ans. Au début des années 70, Jean, Edouard et Philippe Espitalier-Noël, grands oncles de Gilbert Espitalier-Noël, sont aux commandes des affaires du groupe. Les deux derniers meurent sans enfant et ceux de Jean Espitalier-Noël choisissent de ne pas travailler au sein du groupe familial. C?est ainsi que Maurice Espitalier-Noël, oncle de Gilbert Espitalier-Noël, et le père de ce dernier, prennent la direction du groupe. Lorsque son oncle Maurice se retire, c?est Hector, son frère aîné, qui prend la direction du groupe vu que leur père, Hector senior, est mort en 1987.

Gilbert Espitalier-Noël effectue sa scolarité primaire au Couvent de St-Pierre et son cycle secondaire au Collège du St-Esprit. Quand arrive son tour de prendre part aux examens de Form VI, il y a les fameuses fuites dans les questionnaires d?examens de Cambridge. Cela contrarie ses plans. Ce passionné de sciences décide alors de prendre part à l?examen de General Certificate of Education. Ses résultats obtenus, il part en Afrique du Sud et étudie à l?université de Cape Town en vue de décrocher un Bachelor of Science en microbiologie et génétique.

A son retour au pays, Michel de Spéville l?encourage à approfondir ses connaissances en agroalimentaire. C?est ainsi que Gilbert Espitalier-Noël passe un an à la Louisiana State University aux Etats-Unis où il décroche son BSc. Honours en agroalimentaire. A son retour, il intègre le groupe Food and Allied Ltd et agit comme responsable de la production à Maurifoods Ltd. Sentant toutefois que des notions d?économie et de finances ne seraient pas de trop, il part pour la France et fait un Master in Business Administration à l?INSEAD à Fontainebleau.

<I>«Il faut que les gens comprennent mieux l?industrie et ceux qui la possèdent car on a dit et entendu beaucoup de choses qui ne sont pas forcément vraies. L?industrie sucrière a contribué énormément au développement du pays.»</I>

Dans ce cours au cursus condensé et donc d?une «grande intensité», il côtoie des personnes de nationalités différentes et de diverses catégories socioprofessionnels. Cette formation lui donne «une rondeur dans la réflexion que le scientifique que j?étais n?avait pas. Autrefois chez moi, il n?y avait pas de place pour le gris. C?était soit blanc, soit noir. C?était un handicap car souvent, la vraie solution est grise». Le travail et les projets de groupe lui apportent une meilleure gestion des relations humaines. Son unique regret est de n?avoir pu approfondir certains aspects de la finance comme il l?aurait voulu.

Gilbert Espitalier-Noël rentre au pays en 1991 et intègre la direction du groupe FAIL. Il fait partie des plus jeunes directeurs et, après quelques années, il est nommé directeur des opérations du groupe. Une semaine, il travaille sur un dossier hôtelier, l?autre semaine, c?est sur l?élevage de poulets quand ce n?est pas sur les opérations du groupe à Madagascar et au Mozambique. Il reconnaît qu?à force de passer ainsi d?un domaine à l?autre, on court le risque de ne pas être pointu dans ces domaines alors que le monde très concurrentiel actuel l?exige.

Après 17 ans au sein du groupe FAIL, il est convaincu que le groupe ENL a un tournant important à prendre. Le potentiel foncier du groupe est significatif et demande un effort et des ressources humaines importantes pour sa concrétisation. Il décide donc de se joindre au groupe et depuis 12 mois, il travaille avec une équipe sur le développement de plusieurs projets immobiliers.

Au cours de sa carrière, Gilbert Espitalier-Noël a été président du Joint Economic Council et actif au sein de plusieurs autres institutions du secteur privé comme la Chambre d?agriculture. S?il est vrai que l?on a toujours parlé sucre dans sa famille, c?est dans ces instances qu?il a pu suivre certains gros dossiers de l?industrie sucrière. Il dit avoir suivi «de près» les récentes négociations entre la MSPA et l?Etat. Discussions qui ont eu lieu dans un contexte difficile. La difficulté, avoue-t-il, ne le rebute pas. «J?aime quand un contexte est compliqué et demande des discussions. C?est stimulant.»

Appelé à dire ce qu?il aurait fait différemment de son prédécesseur, Patrick d?Arifat, lors desdites négociations, il réplique «rien». Réflexion faite, il avance alors une communication plus soutenue. «J?aurais peut-être davantage communiqué, même si je sais que ce n?est pas toujours évident de le faire quand on est engagé dans des négociations aussi sensibles et complexes que celles qui ont eu lieu en 2007. Les institutions du secteur privé en général ont besoin de communiquer pour qu?il n?y ait pas d?incompréhensions ou de fausses perceptions. La communication informative est, à mon avis, un élément essentiel d?une gestion moderne.»

C?est justement ce qu?il fera durant sa présidence à la MSPA. «Il faut que les gens comprennent mieux l?industrie et ceux qui la possèdent car on a dit et entendu beaucoup de choses qui ne sont pas forcément vraies. L?industrie sucrière a contribué énormément au développement du pays et c?est oublié parfois.»

Hormis son travail dans lequel il avoue «s?éclater», les autres piliers de sa vie sont sa cellule familiale qui comprend Caroline, son épouse et leurs enfants Rebecca, 13 ans, Florence, 11 ans et Maxime, huit ans, de même que sa famille élargie. «Je m?entends très bien avec mes trois frères. Les divergences sont de temps à autre inévitables mais on fait la part des choses pour assurer cette harmonie familiale.» Le sport - le vélo qu?il pratique en compagnie de son épouse et le golf - est un autre élément important de son existence. «Le plus grand stress», confie-t-il, «est de trouver le juste équilibre entre ces piliers-là».

Avec la centralisation, la MSPA aura-t-elle encore un rôle à jouer ? «La MSPA regroupe traditionnellement les usiniers et un certain nombre d?anciens usiniers. L?existence de la MSPA permet des prises de position communes de ses membres. Il est évident, si nous regardons l?année 2007, qu?il aurait été à peu près impossible pour les sucriers et le gouvernement d?arriver à un accord si la MSPA n?existait pas.»

Que fera-t-il lors de son mandat ? «Je m?assurerai, avec l?aide de la direction de l?institution et en concertation avec les autorités compétentes, de l?application rapide des accords du 5 décembre dernier dont certaines questions sont encore sujettes à discussion. Je ferai également de la communication ma priorité pour permettre à la population de voir les choses sous des angles différents?»

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